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"Je suis juste une messagère et pourtant je reçois toute cette haine"

Greta Thunberg, le 23 janvier, à la gare de Zurich ©EPA

Elle était une jeune Suédoise anonyme l’été dernier, elle est devenue une icône mondiale de la lutte contre le réchauffement – Greta Thunberg prend la parole ce jeudi à Bruxelles aux côtés du Président de la Commission européenne. En tournée en Belgique, puis en France, aux Pays-Bas et en Allemagne, elle soigne ses apparitions et se protège du tourbillon médiatique avec l’aide de professionnels.

Greta Thunberg est en tournée. L’initiatrice des grèves scolaires pour le climat prend la parole ce jeudi à Bruxelles aux côtés du Président de la Commission européenne, puis donne une conférence de presse avec ses émules: Anuna De Wever, Adelaïde Charlier et l’Allemande Luisa Neubauer. Elle devrait ensuite reprendre le train – pas question de monter dans un avion – pour la France, les Pays-Bas puis l’Allemagne.

Du haut de ses seize ans, la Suédoise est passée en quelques mois de l’écolière anonyme à l’icône charismatique du mouvement pour la lutte contre le réchauffement climatique. Tout a commencé avec la grève scolaire pour le climat qu’elle a décidé seule, et contre l’avis de ses parents, de mener à partir du 20 août dernier. Son message – à quoi bon aller à l’école s’il n’y a pas de futur – a apporté un souffle nouveau à la mobilisation pour le climat. Mais il était alors encore relativement confidentiel. Qui se souvient que la Suédoise était venue à Bruxelles en octobre et qu’elle avait donné un discours sur la place du Luxembourg lors d’un rassemblement de "Rise for climate"? L’équipe locale de Greenpeace l’avait aidée à chercher des contacts média pour donner de la résonance à son message, mais le succès fut mitigé: une seule interview pour une émission de télé pour enfants.

"Je suis juste une messagère et pourtant je reçois toute cette haine."
Greta thunberg

Contraste aujourd’hui, où les demandes d’interview sont tombées par dizaines sur l’adresse de contact pour médias de Greta Thunberg. Dans l’intervalle, deux prises de parole l’ont fait passer sous les feux des projecteurs mondiaux. À la conférence de Katowice sur le climat, elle prononce un discours caustique: "Vous n’êtes pas assez matures pour dire les choses comme elles sont: même ce fardeau vous le laissez à nous, les enfants."

Ce terrible "J’accuse" lance la machine médiatique. Greta et ses parents, Svante Thunberg et Malena Ernman, ne peuvent plus gérer l’afflux des demandes de journalistes, et des associations comme Avaaz, Every Breath Matters ou Greenpeace viennent en appui, explique-t-on dans son entourage.

Son discours et sa démarche font des émules. Le 10 janvier, le mouvement des grèves scolaires est lancé en Belgique à l’initiative d’Anuna De Wever et Kyra Gantois – il se poursuit depuis tous les jeudis. Le mouvement s’étend à la Suisse, l’Allemagne, les Pays-Bas et le Royaume-Uni, notamment. Et Greta Thunberg enfonce le clou. Fin janvier, un groupe de scientifiques installe un "camp de base arctique" à Davos et invite la Suédoise à y prendre la parole. Ici non plus elle ne prend pas de gants face à son auditoire: "Quelques personnes, quelques entreprises, quelques décideurs en particulier, savent exactement quelles valeurs inestimables ils sacrifient pour continuer à faire des montants inimaginables d’argent. Et je pense que beaucoup d’entre vous ici aujourd’hui appartiennent à ce groupe de personnes."

La famille de Greta Thunberg a été inondée de centaines de demandes d’interview à l’occasion du forum économique de Davos et décide de professionnaliser la gestion des médias.  Elle l’est désormais par un professionnel de la communication au GSCC Network. Une organisation sans but lucratif basée à Bruxelles qui fournit des services de communication pro bono à des acteurs qui n’ont pas les moyens de faire de la gestion média.

Mais la collaboration est purement technique, assure-t-on. Greta Thunberg dit les choses sans ambages, et doit gérer les conséquences de son engagement: son discours mobilise toute une génération, mais il attire aussi des trombeaux d’attaques. "Je suis juste une messagère, et pourtant je reçois toute cette haine", déplore-t-elle dans un long message de mise au point sur Facebook, le 2 février. La rumeur la dit influencée par ses parents? "Ils étaient aussi éloignés que possible de l’activisme climatique avant que je leur fasse prendre conscience de la situation", lui répond-elle.

On évoque l’emprise d’ONG? Elle coopère avec plusieurs d’entre-elles – "mais je suis absolument indépendante et je ne représente que moi", précise-t-elle. "Et oui, j’écris mes propres discours. Mais comme je sais que ce que je dis va atteindre beaucoup beaucoup de gens, je demande souvent des contributions."

Diagnostiquée Asperger, Greta Thunberg disait récemment au New York Times avoir été toute sa vie "la fille invisible dans le fond qui ne dit rien". Du jour au lendemain, les gens se sont mis à l’écouter. "C’est un contraste bizarre. C’est dur."

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