"Ceux qui s'opposent à la loi climat ne préparent pas l'avenir économique"

François Sana (CSC) et le président de la Coalition climat Nicolas Van Nuffel (CNCD-11.11.11). ©Saskia Vanderstichele

La Coalition climat sera reçue ce mardi au cabinet du Premier ministre pour poursuivre un dialogue entamé en janvier. À court terme, la priorité reste à leurs yeux l’adoption de la fameuse loi spéciale climat. "La transition écologique est créatrice nette d’emplois, on a tout intérêt à s’y aventurer, même d’un point de vue purement économique", plaident-ils.

La Coalition climat remonte au créneau. Alors que les partis s’écharpent sur l’atterrissage – ou l’enterrement – de la "loi climat", la coupole qui réunit associations et syndicats rappelle la demande portée par des dizaines de milliers de manifestants: de l’action climatique, avant les élections. Son président Nicolas Van Nuffel (CNCD-11.11.11) et le représentant du banc syndical François Sana (CSC) font partie de la délégation qui sera reçue ce mardi au cabinet du Premier ministre pour poursuivre un dialogue entamé en janvier. À quelques jours de la "grève mondiale" pour le climat, ce vendredi, ils appellent plus que jamais à une politique visionnaire.

À court terme, la priorité reste à leurs yeux l’adoption de la fameuse loi spéciale climat, malmenée par le Conseil d’État la semaine dernière et au cœur d’une nouvelle fracture politique. Pour la haute autorité, la loi spéciale qui fixerait un nouveau cap de réduction d’émissions à la Belgique – et donc aussi à ses entités fédérées – ne peut être adoptée sans adaptation constitutionnelle. Lundi, les partis de l’ex-coalition suédoise ainsi que le cdH ont défendu l’idée de régir la politique climatique du pays au travers d’un accord de coopération entre entités. Les partis verts, les socialistes et DeFI plaident au contraire pour une révision de la Constitution qui permettrait l’adoption de la loi. La Coalition climat plaide pour cette seconde formule – "un accord de coopération, c’est extrêmement difficile à obtenir", souligne Nicolas Van Nuffel. Loi ou accord de coopération, le cap de long terme n’est qu’une étape nécessaire mais insuffisante, poursuit-il. "Il faut fixer une bonne fois pour toutes le cap, qu’on n’en discute plus dans les trente ans qui viennent. Derrière ça, il faudra avancer très pratiquement." Et la pratique se traduit dans le plan national énergie-climat, dont la Belgique remettait un brouillon fin 2018 à la Commission européenne. Une lasagne de mesures qui se place dans une logique de réduction de 35% des émissions en 2030, loin d’être en cohérence avec les objectifs de l’Accord de Paris… "On est de nouveau en train de perdre des mois et des mois en disant que, de toute façon, ce sera pour le prochain gouvernement. Au lieu de ça, une instruction pourrait être donnée à tous les niveaux de pouvoir pour dire: préparez des propositions qui cadrent avec l’Accord de Paris." Mais veut-on vraiment avancer, s’interroge-t-il. "Est-ce qu’aujourd’hui, après des mois de mobilisation, on a des partis politiques qui ont la volonté d’envoyer un premier signal?"

"Est-ce qu’aujourd’hui, après des mois de mobilisation, on a des partis politiques qui ont la volonté d’envoyer un premier signal?"
Nicolas Van Nuffel
Président de la Coalition climat


L’addition (des emplois)

Le doute s’instille chez François Sana, du syndicat chrétien (CSC), quand il entend le Premier ministre insister sur "l’addition" qu’il y aurait à payer d’une loi climat, et qui risquerait de se retrouver sur le dos des gens modestes. "La transition écologique est créatrice nette d’emplois, on a tout intérêt à s’y aventurer, même d’un point de vue purement économique, plaide-t-il. Le bureau Climact a fait des scénarios macroéconomiques qui montrent qu’on crée 80.000 emplois à l’horizon 2030 si on crée une Belgique bas carbone. Et l’agence européenne Eurofound a étudié l’impact d’une mise en conformité de nos politiques avec l’Accord de Paris: parmi les pays de l’Union européenne, celui qui en bénéficierait le plus au niveau de l’emploi, c’est la Belgique."

Pourquoi ne met-on pas en place des mesures win-win-win, qui profitent tant au climat qu’au social et aux comptes publics, s’interroge-t-il? "Si on met aujourd’hui un milliard dans la rénovation énergétique des 10% des bâtiments les moins bien isolés, on le récupère dans les trois ans par la baisse des dépenses de santé que la mesure occasionnera!" Mais c’est vrai: à court terme, il faut bien débourser, et quelqu’un doit le faire.

Pour aller chercher les moyens, Nicolas Van Nuffel dégaine le pacte finance-climat de Pierre Larrouturou et Jean Jouzel: d’une part, faire tourner la planche à billets pour soutenir la transition comme on l’a fait pour soutenir les banques, et d’autre part demander une contribution aux plus grandes entreprises au travers d’un impôt européen sur les sociétés. "Il y a énormément d’argent à aller chercher et ça ne toucherait pas les plus précarisés. Cela ne se décide pas au niveau belge, mais Charles Michel est poussé par sa population, qu’il mette ce sujet à l’ordre du jour du Conseil européen!"

Les erreurs du passé

Pour Nicolas Van Nuffel, la question qui se pose aux dirigeants politiques est aussi celle d’un choix industriel historique. "Qui est-ce qu’on écoute? Les quelques secteurs qui font énormément de profits dans l’économie du pétrole, ou les autres? Est-ce qu’on fait comme les politiques ont fait avec la sidérurgie et les charbonnages wallons, c’est-à-dire essayer de faire durer le plaisir le plus longtemps possible et rater la transition économique? Ou est-ce qu’on a maintenant une vision de ce que doit être l’économie belge en 2050, débarrassée du pétrole, et qu’on engage un processus volontariste pour accompagner ce secteur et ses travailleurs? Ceux qui s’opposent à la loi climat sont plutôt dans une optique de statu quo économique que de préparation de l’avenir. Or on a besoin d’un monde politique visionnaire."

Et de conclure sur cette fracture qui sépare à ses yeux, non pas les partis, mais la classe politique dans son ensemble: "Il y a une partie du monde politique qui attend désespérément que ça se tasse, qui fait le gros dos. Mais dans chaque parti politique, il y a des gens qui sont passés au XXIe siècle, qui ont la haute conscience du fait que ça doit être un aspect central de leur mode de pensée politique. Ils ne vont pas être d’accord sur la façon de faire, mais sur le cap, il ne devrait plus y avoir de discussion."

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