analyse

Ecolo dégaine le premier sur la loi climat, mais les jeux ne sont pas faits

La présidente de Groen Meyrem Almaci et le co-président d'écolo Jean-Marc Nollet (ici le 19 janvier). ©BELGA

Les manifestations pour le climat poussent les partis verts dans le dos à l'approche du "méga-scrutin" de mai et Ecolo sait se montrer réactif pour rester sur le devant de la scène politique. Mais il est encore beaucoup trop tôt pour en tirer des conclusions électorales.

Des dents ont grincé quand Ecolo et Groen ont pris la balle de la loi climat au bond. Déposer (quasiment) telle quelle la proposition législative présentée vendredi par des universitaires (Saint-Louis, UCLouvain, Ugent, UHasselt) pour appeler ensuite les autres partis à s'y rallier, ce n'était pas la manière la plus fair-play d'ouvrir un débat parlementaire, a-t-on entendu.

"Ecolo et Groen ont été au plus vite pour montrer qu'ils ont de l'avance sur ces sujets et parce qu'ils estiment qu'ils auraient perdu beaucoup en visibilité en acceptant d'attendre que d'autres veuillent bien les rejoindre."
Pierre Verjans

D'un point de vue stratégique, c'était pourtant la meilleure chose que le parti vert et son alter ego flamand avaient à faire, estime Pierre Verjans, politologue à l'Université de Liège (Uliège). "Ils ont été au plus vite pour montrer qu'ils ont de l'avance sur ces sujets et parce qu'ils estiment qu'ils auraient perdu beaucoup en visibilité en acceptant d'attendre que d'autres veuillent bien les rejoindre." Note pour le carnet de campagne: well done.

De fait, les autres partis sont depuis vendredi après-midi dans la réaction.CDH, PS, Défi, PTB et MR ont tous embrayé, forcés de se positionner face au texte mis sur la table, pour dire leur volonté d’avancer sur le dossier pour voter si possible une loi climat avant la fin de la législature. Alors qu’une telle loi spéciale doit recueillir au moins la moitié des voix dans chaque groupe linguistique, les intentions étaient moins clairement affichées côté néerlandophone, remarque de son côté le politologue Dave Sinardet, à la Vrije Universiteit Brussel (VUB).

Retrouvez notre édito: "La fracture climatique"

Le schisme flamand

Le malaise y est patent parmi les partis traditionnels. "Le CD&V réalise qu’il a un problème de concurrence avec Groen et pâtit de la mauvaise image de sa ministre de l'environnement Joke Schauvliege, souvent critiquée par les manifestants", remarque le politologue Dave Sinardet, à la Vrije Universiteit Brussel (VUB). Au nord comme au sud, les bleus se sont aperçus sur le tard qu'ils ne s'étaient pas assez profilé sur ces sujets, au risque de voir partir une partie de leur électorat – "libéral mais en même temps très préoccupés par l'écologie". Mais tout en défendant le respect des engagements belges, l’Open VLD refuse une loi climat qu’il dépeint comme faisant trop de place à l’État  – parce qu’elle prévoit la création d’une institution au-dessus de la mêlée des niveaux de pouvoir. Une évolution qui semble s'inscrire dans le sillage d'un autre acteur: la N-VA. Elle a fait figure d’exception parmi les grands partis: plutôt que de suivre la vague verte, elle avance son propre label, l’"écoréalisme". "Elle réussit ainsi à être l’un des deux acteurs politiques qui sont actifs dans ce débat d’une façon claire et proéminente", souligne Sinardet.

Moisson incertaine

À quatre mois du "méga-scrutin", les partis verts peuvent-ils déjà savourer une victoire promise  contre ceux qui les suivent sur leur terrain de prédilection? Pas si vite. Bien sûr, de la même manière que les périodes où la sécurité tient le haut du récit public sont propices à la droite, celles où l'environnement tient le haut du pavé ont tendance à renforcer les verts, concède Dave Sinardet. "Un exemple frappant est la crise de la dioxine qui a éclaté en 1999, en pleine campagne électorale et dont Ecolo et Agalev (ex-Groen) ont certainement su bénéficier - personne n'imaginait avant ces élections qu'un gouvernement arc-en-ciel en résulterait."

Mais pour rester sur cet exemple, la crise s'était déclenchée dans la phase finale de la campagne. À quatre mois du scrutin, le climat va-t-il rester le sujet phare de la campagne? "Si la pression ne continue pas, il est fort possible que dans quinze jours on n’y pense déjà plus: la vitesse d'oubli de la mémoire collective est extrêmement rapide", abonde de son côté Pierre Verjans.

Les sujets socio-économiques pourraient refaire surface avec la grève générale du 13 février, et d’autres événements pourraient éclipser complètement le climat juste avant le scrutin – "On court toujours après le dernier développement, c’est une certaine hystérie du débat public", reprend le politologue de la VUB. Et puis, ce n’est pas parce qu’il y a des manifestations pour le climat que tout le monde pense la même chose sur le sujet...

"Il y a un sentiment d'impuissance y compris au niveau institutionnel et politique. C'est intéressant de voir que c'est peut-être à ces moments-là que la jeunesse porte le plus la question de l'intérêt général."
Pierre Verjans

Pierre Verjans rappelle les manifestations monstres des années 1980 contre l'installation de missiles américains en Belgique: "C'étaient des mobilisations de 100 à 300.000 personnes, notamment des milieux catholiques, ce qui ne les a pas empêchés après de voter pour le CVP (ex-CD&V) qui avait pourtant pris la décision d'implanter ces armes", rappelle le politologue de l'ULiège.

Pour les missiles, en pleine guerre froide, le gouvernement belge était solidaire de l'Otan et n'avait pas l'impression d'avoir une marge de manoeuvre - "ici, c'est un peu la même chose: il y a un sentiment d'impuissance y compris au niveau institutionnel et politique. C'est intéressant de voir que c'est peut-être à ces moments-là que la jeunesse porte le plus la question de l'intérêt général." Mais ça ne veut pas dire pour autant, conclut-il, que dans l’isoloir, l’électeur va lui aussi vouloir changer le monde.

Les partis se positionnent avec plus ou moins de fracas, mais dans les quartiers généraux, les spin-doctors, eux, savent que c’est sur les trois dernières semaines de la campagne qu’ils devront concentrer leurs efforts.

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