En Europe, une inertie qui tue

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n Europe, si la politique agricole tue les insectes, c’est (au moins en très grande partie) la faute à l’Union, où cette politique est commune.

EUn grand marché, qui pousse les producteurs à chercher les prix les plus bas, des normes environnementales qui n’empêchent pas les modes de production de détruire la biodiversité, et des subsides agricoles qui encouragent la production intensive. En Europe, l’utilisation de pesticides ne cesse d’augmenter depuis 1996 – les ventes annuelles atteignaient 400.000 tonnes en 2015. Parallèlement, l’agriculture biologique reste une niche. À l’échelle de l’UE, elle ne représente que 7% environ des terres cultivées (6% en Belgique).

"Chacun fait le minimum pour ne pas mettre ses agriculteurs en difficultés dans la compétition avec ceux des pays voisins."

Dire que rien n’est fait pour faire évoluer le modèle serait faux. Des intrants chimiques sont régulièrement interdits. En 2009, une directive sur l’utilisation des pesticides a été mise en place pour encourager les États membres à tendre vers une utilisation des pesticides en dernier ressort uniquement. Mais elle est mal appliquée dans la majorité des États, constate la Commission européenne. Et la demande de pesticides est restée stable.

"Dans les institutions européennes, il y a une vraie conscience de la magnitude du problème. Mais la Commission ne veut plus être perçue comme celle qui impose les restrictions, et elle renvoie la balle aux États membres", observe Jabier Ruiz Mirazo, responsable politique au bureau européen du WWF. L’Europe aurait pourtant besoin de fixer des objectifs quantitatifs clairs, dit-il: "Réduire de 20% l’utilisation des pesticides à une date donnée."

"Une des raisons pour lesquelles le niveau d’utilisation de pesticides dangereux ne baisse pas est que les règles européennes ne sont pas mises en œuvre correctement", confirme Jytte Guteland, eurodéputée libérale suédoise et auteure d’un rapport sur le sujet. Pour autant, la législation en place n’est pas suffisante, juge-t-elle. En pleines discussions sur la réforme de la politique agricole commune, elle plaide pour que les aides agricoles soient directement liées à la réduction des pesticides. "Mon espoir est que l’on arrive à une situation où les soutiens aux fermiers sont liés à la durabilité de leur exploitation."

Car au-delà des mesures réglementaires, le levier central de l’Union est bien dans ces carottes données aux agriculteurs. Historiquement, rappelle Jabier Ruiz Mirazo, la PAC a encouragé les agriculteurs à suivre la voie de l’intensification, "et même s’il y a une prise de conscience, on est toujours dans cette tendance. Une inertie qui tient au mode de calcul des aides: un système plus productif reçoit plus d’argent par hectare". La politique européenne a évolué, intégrant à partir des années 1990 des éléments correctifs, des soutiens aux agriculteurs qui réduisent leur utilisation de pesticides… "Mais ce sont des éléments accessoires qui ne parviennent pas à corriger la tendance: on n’a pas encore changé de cap." Il faudrait à ses yeux réserver la moitié du budget de la PAC dans chaque État membre à une agriculture plus durable. "Sans ça, on reste dans un nivellement par le bas: chacun fait le minimum pour ne pas mettre ses agriculteurs en difficultés dans la compétition avec ceux des pays voisins."

Membre de la commission Agriculture du Parlement, le Belge Marc Tarabella (PS) plaide pour une "PAAC" – "une politique agricole et alimentaire commune, qui intégrerait production, santé et environnement et qui doit être au service des citoyens européens avant de penser aux exportations". Pour Jabier Ruiz Mirazo, c’est l’objet même de la PAC qui devrait changer: "Au lieu de vouloir à tout prix être compétitifs sur les marchés mondiaux, la politique agricole européenne devrait servir à changer, orienter l’agriculture dans une autre direction."

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