Guéguerre flamando-wallonne sur nos objectifs climatiques

Au sommet européen de Sibiu, les dirigeants de huit pays de l'UE (Belgique, Danemark, Espagne, France, Luxembourg, Pays-Bas, Portugal, Suède et Lettonie) ont lancé un appel commun pour "agir maintenant" contre le réchauffement climatique. ©BELGA

Charles Michel plaide, au niveau européen, pour une société climatiquement neutre d'ici 2050. Geert Bourgeois n'est pas content: le Premier ministre n'a pas de mandat pour prendre de telles initiatives. Jean-Luc Crucke, ministre wallon du Climat, épingle la mauvaise volonté du ministre-président flamand.

"La Flandre est quand même la Région la plus exposée à la montée des eaux et à la sécheresse, qui y sévit déjà alors que l'été n'a pas encore débuté."
Jean-Luc Crucke
ministre wallon du Climat

Faire de l'Union européenne une "société climatiquement neutre" d'ici 2050, c'est la volonté affichée jeudi lors du sommet européen par le Premier ministre Charles Michel, ainsi que sept autres dirigeants européens. Ceux-ci ont lancé un appel afin que l'Union européenne respecte l'objectif "d'atteindre zéro émission de gaz à effet de serre net d'ici 2050 au plus tard" en proposant d'inscrire cette ambition à l'ordre du jour du sommet européen de fin juin à Bruxelles.

Cela n'a pas plu du tout au ministre-président flamand, Geert Bourgeois. Pourquoi? "Ce n'est pas à un gouvernement en affaires courantes d'engager les prochains gouvernements avec ces engagements importants ayant de lourdes conséquences, sans la moindre concertation avec les entités fédérées les plus importantes", râle celui qui est aussi tête de liste N-VA pour les élections européennes.

→ La réponse de Jean-Luc Crucke

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Au sud du pays, par contre, on soutient l'appel des huit dirigeants européens d'"agir maintenant" contre le réchauffement. "Nous nous réjouissons que la Belgique rejoigne le groupe des États membres de l'UE les plus ambitieux en matière de climat", assure  le ministre wallon du Climat, Jean-Luc Crucke (MR), qui, au passage, commente aussi la position de la Flandre. "Nous ne comprenons pas la position de la N-VA. La Flandre est quand même la Région la plus exposée à la montée des eaux et à la sécheresse, qui y sévit déjà alors que l'été n'a pas encore débuté. Par ailleurs, les entreprises belges, et notamment celles installées en Flandre, nous demandent un cadre clair pour favoriser les investissements. Vouloir freiner cette transition alors que des milliers de scientifiques nous appellent à faire le contraire crée de l'insécurité et est contre-productif." "Il a été difficile de travailler sur la question de l'ambition avec la N-VA ces cinq dernières années car elle cherche systématiquement à réduire au maximum l'ambition au niveau européen. Cela nous a conduits à des positionnements proches de ceux des anciens pays de l'Est - dont l'électricité est encore produite au charbon -, alors que nos pays voisins sont eux dans une dynamique positive. Cela doit changer", a-t-il ajouté.

My2050.be - Défis d’une transition vers une société bas carbone à l'horizon 2050

Et concrètement, la neutralité carbone en 2050, c'est réalisable? "En Wallonie, le décret Climat fixe déjà un objectif de réduction des émissions à l'horizon 2050 de -95%", rappelle Jean-Luc Crucke. Soit quasiment la neutralité carbone. Mais ce n'est encore qu'un objectif... Pour rappel, récemment, l'économiste Philippe Defeyt s'était clairement inquiété des possibilités, pour notre pays, d'atteindre ses objectifs climatiques. "En 2020, nos émissions auront été réduites de 12% par rapport à 2005, alors qu'il faudrait une baisse de 15%. En 2030, avec les mesures actuellement en place, la baisse serait de 15%... alors que l'objectif est de -35%", rappelait-il dans cet article.  

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