"La Belgique ratera ses objectifs climatiques"

©Jonas Lampens

La Belgique semble bien loin de fournir tous les efforts nécessaires pour respecter les objectifs climatiques. La Commission européenne pointe nos lacunes et l'économiste Philippe Defeyt argumente.

"Sans mesures additionnelles, la Belgique ratera ses objectifs climatiques de 2020 et de 2030"
La Commission européenne

Voici ce qu'assène le dernier rapport de la Commission européenne sur la Belgique, dont Le Soir a pris connaissance. Ce sont les émissions de gaz à effet de serre dans les secteurs non industriels qui sont mises en cause: transport, logement, agriculture, secteur tertiaire...

Quels sont les chiffres qui prouvent cet échec annoncé? En 2020, nos émissions auront été réduites de 12% par rapport à 2005, alors qu'il faudrait une baisse de 15%. En 2030, avec les mesures actuellement en place, la baisse serait de 15%... alors que l'objectif est de -35%.

©Jonas Lampens

Nos efforts ne sont pas suffisants et, côté énergies renouvelables, la Belgique n'est pas du tout une championne. Au contraire. En 2017, le renouvelable représentait 9,1% de l'énergie consommée, alors que la moyenne européenne était de 17,5%. L'objectif, pour notre pays, est d'atteindre les 13% en 2020. Ça va être difficile...

La Belgique a pourtant son Pnec, le plan national énergie-climat... Celui-ci devrait permettre de réduire les émissions de 0,9 Mt par an jusqu'en 2030. Mais pour réellement arriver à la décarbonisation en 2050, il faudrait en réalité réduire les rejets totaux de gaz à effet de serre de 3,7 à 5,1 Mt par an dès 2030.

Et l'économiste de l'IDD (Institut pour un Développemement Durable), Philippe Defeyt ne cache pas son scepticisme face aux mesures concrètes du Pnec. "Tout indique que, malgré les mesures volontaristes qui sont intégrées dans le Projet du Plan National intégré Énergie Climat Belge 2021-20302, la baisse de l'intensité en émissions de gaz à effet de serre sera moindre d'ici à 2030."

Pourquoi? L'économiste pointe deux facteurs:

  • l'augmentation des émissions de CO2 découlant des adaptations dans le système de production d'électricité 
  • de très faibles progrès (comparés au passé) des réductions d'émissions du secteur industriel.

Parmi les mesures qui l'interpellent, il y a d'abord la promesse de construction, en Wallonie, de 15.000 logements par an d'ici 2030, avec une grande qualité énergétique. Or, on n’y est pas. Il s'inquiète aussi de la baisse promise des émissions liées au transport routier, qui semble exiger la conjonction de nombreuses conditions.

Il pointe encore les émissions liées à l'aviation, en hausse continue. Et "l'effet rebond": si un ménage gagne en pouvoir d'achat grâce à son combat dans l'efficience énergétique, il risque de le réinvestir dans une activité... polluante, un billet d'avion par exemple. Et Philippe Defeyt regrette encore que les statistiques ignorent certaines émissions, comme celles liées à la nourriture du bétail.

Bref, oui, la Belgique semble bien loin de fournir tous les efforts nécessaires pour respecter les objectifs climatiques.

L'analyse démontre l'ampleur du défi au vu des progrès insuffisants du découplage des émissions de gaz à effet de serre par rapport à la croissance économique. ©Thierry du Bois

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