La note climatique belge est dégradée

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La baisse d’ambition wallonne en matière de renouvelable et le combat de la Belgique pour affaiblir le système d’échange de quotas d’émission sont pointés du doigt à Marrakech.

Sous les tentes nomades de la Conférence climatique plantées à Marrakech, les négociations sur le climat ont pris une allure de dromadaire. Alors pendant que les négociateurs forgent patiemment les pièces de la grande machine onusienne de réduction des émissions, les politiques se succèdent pour réaffirmer leur engagement. Alors que la Belgique n’espère pas ratifier l’Accord de Paris avant juin prochain, les ministres belges sont tous venus exposer leur verre à moitié plein. Pour l’essentiel: des engagements pour soutenir les pays du sud, premières victimes du réchauffement (le Fédéral débloque ainsi 300.000 euros pour soutenir des pays du Sud dans l’élaboration de leurs stratégies climatiques).

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Mais le verre est aussi à moitié vide, souligne la société civile. Selon une étude de l’organisation Germanwatch, menée avec un réseau de 280 experts du monde associatifs, la politique climatique belge est sur le déclin. Elle recule de cinq places dans le Climate Change Performance index (CCPI), qui compare les performances climatiques de 58 pays responsables de 90% des émissions de CO2.

Ce recul à la 12e place du classement des gros pollueurs reflète essentiellement deux mouvements de reculs, explique Noé Lecocq, spécialiste énergie chez Inter-Environnement Wallonie qui a participé au volet belge du rapport:

-> la réduction de l’ambition wallonne en matière d’énergies vertes et
-> le lobbying de la Belgique au niveau européen pour relâcher la pression sur les industries les plus polluantes.

Ambitions à la baisse

Premier grief, donc: cette décision prise à l’automne dernier par la Wallonie de repousser de dix ans, à 2030, son objectif d’atteindre une part de 20% de production d’énergie renouvelable. "On mène une politique énergétique qui n’est pas ambitieuse et qui est chère", estime Noé Lecocq.

"Le danger avec des ambitions démesurées, c’est qu’il ne faut pas perdre de vue ce que nos concitoyens peuvent vraiment payer", rétorque le ministre wallon de l’Énergie Paul Furlan (PS). Il reconnaît que les ambitions affichées par la Wallonie ne suffisent pas à rencontrer les objectifs de Paris et à faire face à une sortie du nucléaire en Belgique. "Mais qui va payer?" interroge-t-il. Il a sa petite idée, sur laquelle il n’a aucune emprise: "Il faut que l’Europe mène une réflexion sur un grand plan d’investissement pour le climat."

"Le danger avec des ambitions démesurées, c’est qu’il ne faut pas perdre de vue ce que nos concitoyens peuvent vraiment payer."
Paul Furlan
Ministre wallon de l’Énergie

La seconde critique faite à la Belgique est plus subjective. Germanwatch lui reproche de vouloir dégrader le système d’échange de quotas d’émissions par lequel l’Europe tente de pousser les grandes industries polluantes à réduire leur empreinte carbone – le système "ETS". Aujourd’hui, l’Europe met 57% de ces quotas aux enchères sur le marché et redistribue le produit de cette vente aux pouvoirs publics pour qu’ils financent des projets de réduction d’émissions. Le système est en cours de renégociation, et la Belgique plaide pour augmenter la part de ces quotas qui sont distribués gratuitement aux entreprises. Le taux de quotas mis aux enchères, plaident les Belges, devrait passer de 57% à 52%. Un non-sens selon Noé Lecocq: "Ca aurait des répercussions financières considérables: de l’ordre de 10 à 20 milliards d’euros pour l’Union et de 500 millions pour la Belgique: autant d’argent en moins pour mener des politiques climatiques."

Pour la ministre fédérale Marie-Christine Marghem (MR), le but du système ETS ne doit pas être de financer des politiques, mais de pénaliser les pollueurs et récompenser les bons élèves. "Ce système ETS ne fonctionne pas", souligne-t-elle. Elle annonce d’ailleurs l’ouverture d’un "débat national" sur la question le 25 janvier.

L’Europe marque le pas

La Belgique n’est pas le seul pays à être "dégradé" dans le Climate Change Performance Index. Pour la première fois, le Danemark a perdu le lead après avoir annoncé son intention de revoir à la baisse ses ambitions en matière suppression du charbon, et la Hongrie a reculé de 17 places en un an. Dans l’ensemble, "l’Europe semble avoir abandonné son rôle de leader", regrette le rapport.

Pour Jan Burck, son coordinateur, l’Union européenne dans son ensemble se montre beaucoup moins proactive dans le processus international que dans les années 2000. "L’objectif de réduction des émissions de 20% pour 2020 était beaucoup trop faible en regard des recommandations des scientifiques du GIEC et l’Union n’a pas été capable d’augmenter cet objectif après l’avoir atteint en 2014. Et à présent on la voit se fixer une ambition trop faible pour 2030: 40% de réduction des émissions alors que pour atteindre l’objectif de Paris, il faudrait que l’UE réduise ses émissions de 55% d’ici quinze ans." Encore un verre à moitié vide.

Car si l’Union dans son ensemble n’est plus le fer de lance de la lutte contre le réchauffement qu’elle a été, ce sont toujours ses membres qui occupent la tête du classement – la France, la Suède et le Royaume Uni forment le trio de tête, loin devant les États-Unis et le Japon. Encore un verre à moitié plein.

Big Business | L'avertissement des multinationales américaines à Trump

Une grande partie du big business américain a appelé Donald Trump à respecter l’Accord de Paris, mercredi. Plus de 360 entreprises, dont le chimiste DuPont, le géant de l’agroalimentaire General Mills, ou des grandes marques comme Nike, Mars, Gap et Hewlett Packard se sont fendues d’une lettre au président élu dans laquelle ils estiment que renoncer à "mettre en place une économie bas-carbone mettra en danger la prospérité américaine".

"Nous voulons que l’économie américaine soit efficace sur le plan énergétique et basée sur une énergie bas-carbone", insistent-ils, tout en considérant que "agir maintenant créera des emplois et renforcera la compétitivité" des Etats-Unis. L’arrivée au pouvoir de Donald Trump, l’homme qui considère le réchauffement comme un canular et qui a juré de rompre l’Accord de Paris, crée une incertitude sans précédent sur l’avenir du processus de décarbonation de l’économie mondiale.

"Mon expérience de la vie politique m’a appris que certains problèmes apparaissent un peu différemment quand on est en campagne et quand on entre effectivement en fonction", a déclaré le secrétaire d’Etat américain John Kerry, à la tribune de Marrakech au cours d’un discours de près d’une heure en forme de testament climatique.

Trump s’est notamment prononcé pour la relance de l’exploitation du charbon aux États-Unis et considère que Washington n’a pas à financer des programmes internationaux de réduction des émissions. À Marrakech, la question du financement de l’adaptation aux changements climatiques dans les pays du sud, premières victimes des effets du réchauffement, est au cœur des discussions, alors que les pays développés se sont engagés à mobiliser 100 milliards de dollars par an d’ici 2020. "Le soutien des Etats-Unis est essentiel", a indiqué le négociateur chinois Liu Zhenmin, alors que la voix du premier pollueur mondial, dont l’alliance stratégique avec les Etats-Unis a permis l’Accord de Paris, est plus écoutée que jamais.

 

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