carte blanche

Les frustrations envers l'immobilisme face au climat sont entièrement justifiées

Le transport international n’était pas inclus dans l’accord de Paris, alors que c’est un des principaux leviers susceptibles de changer les choses.

Si nous poursuivons notre politique actuelle, nous ne pourrons pas respecter l’Accord de Paris sur le climat. La transition énergétique des entreprises et des secteurs a pris du retard. Les citoyens sont très inquiets et l’extrémisme climatique augmente. Les frustrations envers cet immobilisme sont justifiées et continuent à être sous-estimées par les élites.

Huit ans après la séparation du groupe de rock R.E.M., son leader Michael Stipe a sorti son premier titre solo, "Your Capricious Soul". Chaque fois qu’on le passe à la radio, le speaker rappelle aux auditeurs que les revenus de cette chanson sont intégralement versés à Extinction Rebellion (ER). C’est sympathique à première vue, et cela rend les actions d’ER plus acceptables. Même en tant que "pro-climat", et "pro-Michael Stipe", on peut estimer qu’Extinction Rebellion n’est pas un mouvement sympathique, mais extrémiste. Son objectif ultime est certes noble ("sauver le climat"), mais la voie défendue par ses membres pour y arriver ressemble à celle des soviets et du communisme radical. Tout d’abord, ils veulent que le gouvernement décrète l’état d’urgence. Ensuite, que l’on forme des comités de citoyens pour œuvrer à l’objectif de neutralité climatique en 2025. Ces comités de citoyens ne sont qu’une façade démocratique pour ces idéologues qui souhaitent "collectiviser les moyens de production" et "abolir la propriété privée" d’une main de fer. Les exigences d’ER ne sont ni plus ni moins qu’un manifeste marxiste.

Geert Noels ©BELGAIMAGE

La semaine dernière, l’historien et leader d’opinion néerlandais Rutger Bregman a plaidé dans "De Correspondent" en faveur d’une économie climatique radicale organisée comme l’économie de guerre dans les années 1940 aux Etats-Unis. Or, de telles mesures se traduisent par un dérapage de la dette et la centralisation de la gestion de l’économie. Même s’il ne soutient pas le marxisme, Bregman réserve un rôle autoritaire aux pouvoirs publics. Et s’il évite soigneusement toute connexion avec Extinction Rebellion, il les mentionne cependant comme étant des "activistes" et non des "extrémistes".

Le radicalisme s’infiltre dans le mouvement climatique et nos politiciens ne semblent pas l’avoir compris. Il est sympathique d’applaudir Greta Thunberg aux Nations Unies et de prendre des "selfies" en sa compagnie. Mais il serait plus courageux de prendre ses responsabilités au lieu de brûler les jeunes, comme ce fut le cas avec Jeanne d’Arc dans un passé lointain. Ceux qui applaudissent Greta aujourd’hui applaudissent en réalité leur propre incompétence dans le passé et leur incapacité à changer les choses dans le futur.

Certains pays ont pris de l’avance

Au moment de sa signature en 2015, l’Accord de Paris sur le climat a suscité un énorme enthousiasme de tous côtés. Je ne partageais pas cette euphorie pour deux raisons. Tout d’abord, le transport international n’était pas inclus dans l’accord, alors que ce secteur est précisément un des principaux leviers susceptibles de changer les choses à l’échelle mondiale. Ensuite, l’accord sur le climat a été présenté de telle sorte que tout sentiment d’urgence a disparu auprès des politiciens. C’était comme si tout était déjà fait, alors que tout restait encore à faire. Plusieurs pays, dont les Pays-Bas, ont pris les choses en mains. Après un avoir trouvé un accord sur l’énergie en 2013, nos voisins du nord disposent aujourd’hui également d’un plan climatique structuré qui permettra de réduire les émissions de 50% à l’horizon 2030 par rapport à l’année de référence 1990. Les pays qui se montrent ambitieux aujourd’hui récolteront plus tard les fruits économiques de leurs efforts. Les Pays-Bas, le Danemark, la Scandinavie semblent avoir pris de l’avance. La Belgique suit loin derrière.

Jolien Noels ©rv

Cet immobilisme suscite de nombreuses frustrations auprès de la population et nourrit l’extrémisme, comme celui d’Extinction Rebellion et ce processus est auto-renforçateur. Cette insatisfaction est compréhensible, tout comme l’étaient les injustices sociales ayant mené aux révolutions aux siècles passés parce que les élites restaient sourdes aux frustrations justifiées.

Ce processus est encore renforcé par les prophètes de malheur d’une part, et les climato-sceptiques d’autre part. L’inaction du monde politique est seule responsable de cette polarisation. Plusieurs politiciens doutent même encore ouvertement de l’impact des gaz à effet de serre sur le climat, de la nécessité de limiter la hausse des températures à 1,5 à 2 °C (par rapport à l’année de référence) et s’inquiètent des conséquences économiques. Résultat: les décisions sont différées et les frustrations ne font que s’exacerber. Pire encore, nous passons à côté de l’opportunité de devenir un des pays leaders en technologie climatique, un secteur voué à devenir une source de richesse.

Le respect de l’accord de Paris est en soi devenu très ambitieux étant donné que nous sommes en train de nous en éloigner. De vives critiques se font entendre lorsque Trump annonce la sortie de son pays de l’accord de Paris. En Belgique, nous le faisons en silence. Le populisme et l’extrémisme fleurissent sur un terrain fertile en fausses promesses, reports de mesures indispensables et déni d’urgence. Nous lançons donc un appel aux politiciens pour qu’ils prennent les défis climatiques au sérieux et, comme nos amis néerlandais, qu’ils mettent en œuvre et soutiennent un plan climatique ambitieux.

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