Les objectifs de l'accord de Paris plus que jamais compromis

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Capgemini publie son observatoire annuel mondial des marchés de l’énergie. D’après l’étude, les objectifs climatiques fixés lors de la COP21 ne seront probablement pas atteints. Le rapport cite la hausse de la consommation mondiale d’énergie et des émissions de gaz à effet de serre comme principales causes.

"Sans mesures plus ambitieuses, le monde ne peut que faillir aux objectifs de l’Accord de Paris." C’est sans équivoque que Capgemini ouvre son 21e observatoire mondial des marchés de l’énergie. L’étude, publiée annuellement, pointe en effet le retard accumulé par le monde sur l’objectif de limitation de l’augmentation de la température globale sous les deux degrés d’ici 2050.

En cause, le rapport pointe d’abord la forte croissance de la consommation énergétique mondiale. Sur l’année 2018, celle-ci a crû de 2,3%, soit "près de deux fois le taux de croissance annuel moyen depuis 2010", signale le rapport. Là où le bât blesse, c’est que 75% de cette augmentation résultent de la consommation de pétrole, de gaz et de charbon. Ce dernier, particulièrement polluant, a vu sa consommation grimper de 4% en un an.

+2%
Les émissions de gaz à effet de serre ont crû de 2% à l’échelle globale en 2018.

Par conséquent, les émissions de gaz à effet de serre se trouvent, elles aussi, en nette hausse. L’étude note une croissance des émissions de 2% en 2018, contre 1,6% l’année précédente. La faute principalement à la Chine, dont les émissions grimpent de 2,3%, aux Etats-Unis (+3,4%) et à l’Inde (+6,4%).

L’Europe, bon élève

Au (maigre) rang des bonnes nouvelles, il est à noter que l’Europe se maintient en termes de croissance de la demande énergétique (+ 0,2%). De la sorte, le rapport estime que le continent est en bonne route pour remplir deux de ses trois objectifs climatiques fixés pour 2020, à savoir la réduction de 20% des émissions de gaz à effet de serre par rapport à 1990 et l’atteinte des 20% de représentation des énergies renouvelables dans le mix de production d’énergie (18% en 2018). En ce qui concerne les objectifs de réduction des gaz à effet de serre pour 2030 (diminuer les émissions de 40% par rapport à 1990), "cela reste un défi difficile à relever", estime le rapport.

A ce sujet, Colette Lewiner, conseillère en énergie chez Capgemini, estime que "l’Europe est le bon élève mais la classe n’est pas bonne". En effet, si les émissions de gaz à effet de serre stagnent en Europe, le continent est loin d’exercer une influence suffisante sur les autres régions du monde.

Le rapport préconise, entre autres, que le prix du carbone soit augmenté suffisamment pour dissuader les investissements lourds en émissions de gaz à effet de serre. Aussi, il est recommandé qu’une part plus importante des recettes des taxes environnementales soit dédiée aux projets de transition énergétique (moins de 50% aujourd’hui).

Les Etats-Unis se retirent de l'accord de Paris 

Le gouvernement américain a officiellement informé ce lundi les Nations unies de sa décision de quitter l'accord de Paris sur le climat, promesse du président Donald Trump. Cette étape est la première d'un processus de retrait qui devrait durer un an et s'achever le 4 novembre 2020, lendemain de la prochaine élection présidentielle américaine.

La Chine, déterminante

Ce qui apparaît également évident à la lecture du rapport, c’est le rôle déterminant joué (et à jouer) par la Chine. Comme l’explique Colette Lewiner, "la Chine est un acteur majeur de la transition énergétique. Elle construit énormément de panneaux solaires, elle domine le marché des batteries et des véhicules électriques et elle répond à 95% de la demande mondiale en métaux rares utilisés dans les applications high-tech. Elle compte aussi développer sa technologie nucléaire et en exporter son énergie."

Un rôle aussi important qu’ambigu puisque la Chine, qui doit — au même titre que l’Inde — veiller à fournir de l’électricité à l’ensemble de sa gigantesque population, reste fortement dépendante de ses centrales au charbon et demeure, par conséquent, l’un des plus gros émetteurs de gaz à effet de serre au monde. D’après Colette Lewiner, le constat est d’autant plus inquiétant lorsque l’on sait que "les émissions par habitant sont, pour l’instant, deux fois moindre en Chine qu’aux Etats-Unis." Celles-ci sont donc amenées à croître, à mesure que le niveau de vie s’améliore dans l’Empire du milieu.

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