Les politiques peinent à convaincre sur l'enjeu climatique

Charles Michel, Premier ministre en affaires courantes, s’exprimait au palais royal ce mardi. ©BELGA

Le Premier ministre tient un discours volontariste en soulignant les risques économiques. La N-VA continue de décrédibiliser le mouvement citoyen de lutte pour le climat. Les étudiants demandent une réorientation des budgets vers la transition écologique.

Les 70.000 manifestants qui ont défilé dimanche dans les rues de Bruxelles pour réclamer une réelle prise en compte des enjeux climatiques demandent des actes de la part de la classe politique. Depuis deux jours, le pouvoir lui répond au compte goutte par la liste des actes déjà posés par les différents gouvernements du pays et par un torrent de mots et d’engagements divers et variés. Et parfois par une forme de condescendance, voire de paternalisme, que ces nouveaux engagés apprécieront sans doute. S’en souviendront-ils quand, dans 5 ans, ils seront appelés à voter pour la première fois? Alors que les élections, celles de 2019, approchent, les partis politiques verdissent leur discours.

Après la médiatisation planétaire des mouvements environnementalistes citoyens survenus en Belgique, il n’est plus un discours qui ne fasse l’impasse sur la crise climatique. Les vœux du Roi Philippe aux autorités du pays, organisés mardi au palais royal de Bruxelles, n’ont évidemment pas fait exception. "Les jeunes montrent de l’ambition, alliée à de profonds sentiments d’authenticité et de solidarité, a indiqué le roi. Ils ont une conscience aiguë des besoins de notre planète. Donnons-leur la place qu’ils méritent et établissons avec eux le socle solide sur lequel ils pourront s’appuyer." Comprenez, il ne faut pas balayer le mouvement d’un revers de la main.

"Ce qui doit aussi nous encourager, c’est la mobilisation citoyenne qui illustre bien la vitalité de notre société et le souhait de contribuer à forger ensemble notre avenir, poursuivait-il. Nos démocraties restent porteuses d’idéaux et de valeurs irremplaçables comme celles de l’écoute et du dialogue. Les divers mouvements auxquels nous assistons expriment une volonté d’action collective. Ils demandent une nouvelle dynamique économique et sociale, plus équitable. Et une adaptation fondamentale de nos modes de vie afin d’éviter un dérèglement irréversible de notre planète. Rassemblons toutes ces énergies dans un projet qui crée de nouvelles opportunités pour tous nos concitoyens. Un projet et une vision qui se traduisent dans des avancées concrètes." Traduisez, il faut impliquer cette jeunesse mobilisée à la prise de décision mais également que ces décisions ne pénalisent personne.

Une difficile équation qui appelle au réalisme a, en quelque sorte, rappelé Charles Michel dans son discours. "La lutte contre le réchauffement climatique est certainement la bataille de ce siècle, admet le Premier ministre. Elle suppose une transformation dans notre façon de consommer, de produire, de nous déplacer ou encore de travailler… Notre message est résolument optimiste: l’humanité dispose de suffisamment de ressources intellectuelles et d’ingéniosité pour garantir un avenir durable." Et de citer les éoliennes offshore installées en mer du Nord, les green bonds dont l’émission a été décidée par le gouvernement pour encourager les investissements dans la transition écologique, ou encore la relance du chantier RER et le plan climat, validé à la fin de l’an dernier. "L’appel est limpide: faire plus, plus vite et plus fort!, a toutefois admis le Premier ministre. Mais la proclamation d’une ambition ne suffit pas." Charles Michel a plaidé pour un "green deal" et estime qu’il faudra évaluer l’impact des mesures qui seraient prises à l’avenir pour les citoyens. Pour lui, c’est le Bureau du plan qui doit faire ce boulot.

Les bêtises de Bracke braquent

Toujours ce mardi, la N-VA a une nouvelle fois marqué sa différence. Sur un ton moins catégorique que Bart De Wever, le président de la Chambre, Siegfried Bracke, déclarait ceci: "Si on suit le mouvement vert des jeunes, on va créer plus de gilets jaunes. Il faut sans doute résoudre le problème climatique, mais qui va payer?" "Les jeunes ont le droit de s’exprimer même si ce n’est pas totalement juste, ajoutait-il alors qu’il était interrogé par La Première. Moi aussi j’ai dit des bêtises quand j’étais jeune. Il ne faut pas se moquer d’eux; nous devons prendre ça au sérieux mais sans arriver à une révolution qui coûtera des milliards et des milliards d’euros."

"Nous ne faisons que crier ce que disent les scientifiques."
Adélaide Charlier
Coordinatrice du mouvement YouthForClimate

"Certains ne nous prennent manifestement pas au sérieux, réagit Adélaide Charlier, coordinatrice francophone des manifestations étudiantes du jeudi. Nous ne disons pas de bêtises, nous ne faisons que crier ce que disent les scientifiques. Notre but n’est pas de créer des gilets jaunes, notre but n’est pas d’instaurer de nouvelles taxes mais de réorienter les budgets. On met énormément d’argent dans les aéroports par exemple, alors qu’on pourrait mettre cet argent dans les transports publics. Les avions et les voitures ne sont pas notre futur."

À Charles Michel égrenant les politiques fédérales, "ce que nous voyons, c’est que nous sommes toujours les mauvais élèves de l’Europe en matière de transition écologique, réplique-t-elle. Ce n’est donc pas suffisant. Monsieur Michel dit qu’il ne faut pas sacrifier le développement et les jobs. Nous ne voulons pas du tout nous en prendre aux plus défavorisés. L’administration fédérale a sorti une étude qui dit qu’on peut créer 80.000 emplois grâce à la transition écologique. Tout le monde vit sur cette planète…"

Les manifestations du jeudi seront poursuivies, prévient Adélaide Charlier. "On est bien parti pour aller jusqu’aux élections", assure-t-elle, pas fort convaincue par la réponse politique délivrée depuis deux jours.

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