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Où sont nos résolutions sur le climat?

Rédacteur en chef adjoint

Le débat sur la sortie du nucléaire est plus large qu'un marchandage avec la taxe sur la plus-value et la loi sur l'IVG.

Tempête de neige à Denver, canicule et incendies en Californie, les aléas climatiques s’amplifient et ne cessent encore ces derniers jours de nous étonner. Mais où sont nos belles résolutions? Où est passé notre sentiment d’urgence? Tout cela a-t-il disparu dans le maelström du coronavirus? C’est humain: s’assurer d’un revenu financier suffisant prévaut sur l’inquiétude de voir se détraquer le climat. Les fins de mois sont plus vitales que les fins de siècle. Et comme le soulignent chez nous certains esprits cyniques, si la petite Belgique ne remplit pas ses obligations en matière de réductions de gaz à effet de serre, cela n’aura pas un bien grand impact dans le monde.

Sauf que le calcul est mauvais. La marche pour le climat ne se fait pas que dans la rue. La semaine prochaine, la Commission européenne va probablement annoncer dans le cadre de son «green deal» une accélération des réductions de gaz à effet de serre à l’horizon 2030. Un effort estimé à plusieurs centaines de milliards d’euros. La démarche est d’autant plus compliquée que les prix des énergies fossiles rendent le renouvelable peu concurrentiel; que ce renouvelable a montré ses limites, en Californie justement qui durant tout l’été aura vécu plusieurs épisodes de blackout; que la technologie verte repose majoritairement sur des produits chinois, une source qui comme la crise l’a mis en évidence s’est montrée peu fiable.

Le débat sur la sortie du nucléaire s’expose à un marchandage du type: si tu gardes ton nucléaire, je taxe les plus-values, lui peut avoir la peau du projet sur l’IVG…

Rendre notre économie plus verte demande donc réflexion, timing, stratégie, avec des paramètres exogènes comme les avancées< technologiques (notamment sur le stockage de l'énergie et la gestion des déchets nucléaires), la géopolitique, les marchés financiers et… la météo. Une réflexion dont l'issue aura un coût, comme nous le rappelle dans ces pages l'économiste de l'environnement Christian Gollier, un coût auquel nous ne couperons pas. Notamment en Belgique. Or qu’y voit-on? Que l’une des pierres d’achoppement dans les négociations politiques en cours est le point cardinal de notre politique énergétique: la sortie du nucléaire en 2025 (autant dire demain). Un point isolé de son contexte global et jeté sur la table des discussions, avec le risque qu’il s’expose à un marchandage du type: si tu gardes ton nucléaire, je taxe les plus-values, lui peut avoir la peau du projet sur l’IVG… Tout ce qu’une stratégie énergétique digne de ce nom doit éviter.

La politique climatique de notre pays vaut mieux que cela. Nos enfants valent mieux que cela. Car oui, la fin du siècle importe et ce, dès aujourd’hui. À propos, on annonce des températures à plus de 30°C la semaine prochaine. Un potentiel nouveau record.

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