"Tu prends l'avion? Jusqu'à Marseille?"

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Un mouvement s'étend sur les réseaux sociaux et fait peur aux pontes de l'aviation. C'est le flight shaming, ou la honte de prendre l'avion, pollution oblige. L'ampleur du phénomène devient telle que le secteur aérien réagit.

Cherchez #flightshaming sur Twitter. Ou #flygskam. On vous parlera de ce mouvement encore récent autour de la honte de prendre l'avion. Honte que vous éprouvez vous-même ou que l'on vous inflige. À vous aussi, on vous a déjà reproché: "Tu prends l'avion? Jusqu'à Marseille!!! Et le train, c'est pour les chiens?"

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Le secteur aérien représente environ 2% des émissions mondiales de CO2 selon l'Organisation de l'aviation civile internationale

Pendant ces dernières décennies, on a glorifié les globe-trotteurs et cette envie de découvrir de nouvelles cultures, d'aller "à la rencontre de l'autre." Ou juste de s'offrir un city-trip pour déconnecter. Mais, on commence à penser autrement. Pas que ce soit désormais "mal" d'aller voir ailleurs. Mais on sait maintenant que l'avion est l'un des champions de la pollution. Or la plupart des voyages lointains se font en avion. 

L'Iata s'inquiète

Le mouvement de flight shaming est né en Suède, le pays de Greta Thunberg. Il incite les voyageurs à privilégier tout autre moyen de transport que l'avion. Et il commence à faire peur dans les milieux de l'aviation

Alexandre de Juniac, le directeur général de l'Association internationale du transport aérien (Iata), s'en est inquiété ce week-end, lors de l'assemblée générale de l'institution. Pour rappel, le secteur du transport aérien a revu à la baisse de 21% ses prévisions de bénéfices pour 2019, en raison d'un ralentissement marqué du fret aérien dû aux guerres commerciales et du prix élevé du fioul qui représente un quart des dépenses de fonctionnement. Notamment. Les menaces sur l'environnement font aussi partie des défis.

En Suède
Déjà des conséquences sur le trafic? 

Au premier trimestre 2019, le nombre de passagers a reculé de 4,4% dans les 38 aéroports suédois. Impossible d'affirmer qu'il s'agit déjà d'une conséquence directe du flygskam. La tendance doit être confirmée et d'autres éléments, comme une grève, ont pu influencer ce chiffre. 

"Si on ne lui apporte pas de réponse, ce sentiment (d'inquiétude par rapport aux émissions de l'aviation, NDLR) va grandir et s'étendre", a ainsi constaté Alexandre de Juniac. Il est inquiet. Arrêter de prendre l'avion ou réduire les déplacements "aurait de graves conséquences pour l'emploi et l'économie partout dans le monde. Ce serait un recul vers une société isolée qui serait diminuée, plus pauvre et avec plus de contraintes", craint-il.

5% du réchauffement climatique

Depuis plusieurs mois, l'aviation est en effet sous le feu des critiques pour ses émissions de dioxyde de carbone (CO2) qui, selon des chiffres de l'Agence européenne de l'environnement, dépassent largement celles des autres modes de transport (avec 285 grammes par passager-kilomètre). "Une fois tous ses effets pris en compte" (traînées de condensation, oxydes d'azote, etc.), le secteur aérien "est responsable de 5% du réchauffement climatique", affirme Réseau Action Climat, qui regroupe des associations qui luttent contre le changement climatique.

Le secteur cherche des solutions

"Le secteur subit une pression assez importante. Ce qui nous surprend, c'est que beaucoup ne savent pas ce que nous faisons déjà" depuis 2009, se défend Alexandre de Juniac. Le secteur s'est en effet engagé à améliorer son efficacité énergétique de 1,5% par an entre 2009 et 2020 et à stabiliser ses émissions de CO2 à partir de 2020 pour viser une réduction en 2050 de 50% par rapport au niveau de 2005. Une course contre la montre puisque, selon les projections de l'Iata, le nombre de passagers devrait doubler au cours des deux prochaines décennies pour atteindre 8,2 milliards en 2037.

Comment faire? Les compagnies misent sur des avions de nouvelle génération moins polluants, mieux remplis, plus légers (sièges, fibre de carbone, tablettes remplaçant la lourde documentation des pilotes...), volant avec des biocarburants, suivant des trajectoires plus directes, desservant des aéroports moins congestionnés...

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38% des Belges envisagent de modifier leur mode de vacances afin de réduire leur empreinte écologique, selon le baromètre des vacances d'Europ Assistance

Philippe Plouvier, directeur associé au cabinet de conseil Boston Consulting Group, explique que "le renouvellement continu de la flotte est un élément majeur". Mais avec les moyens existants "on peut combler environ 30% du problème. Pour combler les 70% qui restent il faut soit faire appel à des carburants bio, soit faire appel à de l'électrique". Mais l'aviation full électrique, ce n'est pas pour tout de suite.

En attendant, de plus en plus de voyageurs réfléchissent à un autre mode de transport ou à des vacances différentes. La France envisage d'interdire les vols intérieurs pour lesquels le même trajet serait réalisable en train dans une durée raisonnable. 

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