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analyse

Un accord européen sur le climat jugé peu ambitieux

Le Premier ministre polonais Mateusz Morawiecki (au centre de l'image) voulait des garanties sur les aides financières que son pays obtiendrait en échange du verdissement de son économie. ©AFP

Les Vingt-Sept se sont accordés sur une réduction d'au moins 55% de leurs émissions de gaz à effet de serre d'ici 2030, par rapport au niveau de 1990. Déjà, l'accord est critiqué pour son objectif peu ambitieux et certaines concessions.

Les Vingt-Sept ont conclu, ce vendredi matin, un accord pour réduire d'"au moins 55%" leurs émissions de gaz à effet de serre d'ici 2030 par rapport au niveau de 1990. L'objectif actuel est une diminution de 40%.

"Une politique climatique ambitieuse créera des opportunités économiques que la Belgique devra saisir."
Alexander De Croo
Premier ministre

Ce qui est présenté comme une réussite par les chefs d'État et de gouvernement s'avère insuffisant pour les militants du climat. La Suédoise Greta Thunberg a raillé des "objectifs lointains et hypothétiques". Les ONG environnementales regrettent que la réduction de 55% soit "nette", incluant le CO2 absorbé par les puits naturels de carbone comme les forêts, ce qui réduit la baisse réelle. Greenpeace pointe la porte laissée ouverte aux financements verts pour le gaz ou le nucléaire.

"Au moins, c'est un accord", tempère le climatologue Jean-Pascal van Ypersele, professeur à l'UCLouvain, "même si ce ne sont pas les 60% avancés par le Parlement européen et encore moins les 65% qui étaient pourtant possibles comme l'ont montré de nombreux ONG et think tanks, ou l'étude Climact.

Objectif: neutralité carbone

Plusieurs pays avaient posé leurs conditions. La Pologne voulait ainsi des garanties sur les aides financières qu'elle obtiendrait en échange du verdissement de son économie et les négociations ont donc traîné. La Belgique, elle, insistait sur la balance coût-efficacité. "On va regarder quels pays ont encore suffisamment de marges pour une réduction d'émissions", a expliqué le Premier ministre Alexander De Croo. La flexibilité était aussi importante pour la Belgique, afin de "donner beaucoup de possibilités pour réaliser les objectifs".

"On va regarder quels pays ont encore suffisamment de marges pour pouvoir faire une réduction d'émissions."
Alexander De Croo
Premier ministre

Pour la présidente de la Commission Ursula von der Leyen, cet accord ouvre "la voie à la neutralité carbone à l'horizon 2050." Pour le climatologue Jean-Pascal van Ypersele, c'est bien "un pas dans la bonne direction" mais l'effort européen ne suffira pas. En effet, l'objectif de neutralité carbone doit être pris pour tout le globe. "Or, toute une partie du monde n'atteindra la neutralité carbone que bien après l'Union européenne. Nous devrions donc nous donner comme ambition d'atteindre cet objectif avant 2050."

Cet accord intervenu au Sommet européen n'est qu'une étape.  Il doit être coulé dans une loi climat. Les modalités et détails du plan doivent encore être discutés par les co-législateurs. Selon un diplomate, le Conseil européen devra se pencher à nouveau sur le changement climatique au cours du premier semestre de l'année prochaine.

"Il faut s'attaquer fortement à toute une série d'habitudes: mieux isoler les bâtiments, manger et produire moins de viande..."
Jean-Pascal van Ypersele
Climatologue, UCLouvain

Gros changements?

Néanmoins, si cet accord en déçoit beaucoup, il impliquera des changements à tous les niveaux puisque le CO2, principal gaz à effet de serre et donc élément clé du problème climatique, est émis par l'essentiel des activités humaines. "Il faut s'attaquer fortement à toute une série d'habitudes: mieux isoler les bâtiments, manger et produire moins de viande, surtout la viande rouge. Cesser de prendre l'avion pour un oui ou pour un non. Ne plus changer par souci de mode d'appareil électronique... Il faut décarburer les transports, grâce au vélo, aux transports en commun", énumère Jean-Pascal van Ypersele.

De l'avis d'Alexander De Croo, "une politique climatique ambitieuse créera des opportunités économiques que la Belgique devra saisir. Les énergies renouvelables, la technologie de l’hydrogène ou encore l’innovation dans le domaine du climat constituent une chance unique pour tous les citoyens de notre pays d’être à la pointe de la technologie. Il s’agit des emplois du futur."

Les émissions de CO2 ont baissé de 7% grâce au confinement

Les émissions de CO2 d'origine fossile ont connu une baisse record de 7% en 2020, selon le bilan annuel du Global carbon project (GCP). On parle de 2,4 milliards de tonnes. Du jamais vu. Mais cette chute est bien sûr étroitement liée aux mesures de confinement prises contre l'épidémie de Covid-19. Au plus fort du confinement au printemps, elles ont même chuté d'environ 17% comparé à 2019.

La diminution des émissions en 2020 n'est pas égale:
• -12% aux États-Unis;
-11% dans l'UE des 27;
• -9% en Inde;
• -1,7% en Chine, où les mesures de restriction ont été prises au début de l'année et ont été plus limitées dans le temps. Et où les émissions avaient augmenté de 2% en 2018...

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