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2015, l'année où les Belges ont "peu" fait grève

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L’ONSS a publié les chiffres complets du nombre de jours de grève en 2015. Comparé à 2014, on assiste à une forte baisse des actions: 207.563 jours de grève recensés, contre 760.297 en 2014.

En 2015, le nombre de jours de grève a chuté: 207.563 jours de grève ont été comptabilisés par l’ONSS sur l’ensemble de l’année. On est loin des 760.297 jours de 2014 qui avait vu la naissance du gouvernement Michel. Cette année là, les syndicats avaient propulsé les statistiques  des grèves dans le haut du panier, avec 661.810 jours sur le seul 4e trimestre de 2014, frôlant le record (jamais égalé) de l'année 1993 et de la contestation du Plan global de Jean-Luc Dehaene.

Voilà donc comment de simples statistiques peuvent tuer une impression générale de gréviculture en Belgique. La grève n’est pas (ou plus) l’arme de contestation la plus utilisée par les syndicats. En tout cas, elle ne l’a pas été en 2015, bien que les syndicats soient toujours aussi remontés contre le gouvernement Michel.

207.563
Le nombre de jours de grève comptabilisés en 2015.

Après l’année record de 2014 (où 87% des grèves s’étaient concentrées à la fin de l’année, après l’arrivée du gouvernement Michel), tout le monde attendait les résultats de 2015. Les chiffres complets montrent ce que l’on pressentait déjà: après leur démonstration de force de la fin de l’année 2014 (trois grèves provinciales ponctuées d’une grève générale et d’une manifestation nationale), les syndicats ont ralenti le rythme de la contestation des mesures prises par le gouvernement étiqueté "de droite". Ou en tout cas, ils ont choisi d’autres voies que l’arme fatale de la grève…

  • Sur le plan géographique, notons une Wallonie qui affiche deux fois plus de jours de grève que le reste du pays (101.699 contre 49.860 à Bruxelles et 56.015 en Flandre). En 2014, c'était la Flandre qi détenait le record avec plus de 100.000 jours de grève en plus qu'en Wallonie. 
  • Sur le plan sectoriel: Les statistiques montrent que ce sont les secteurs du métal et des transports qui ont connu le plus grand nombre de grèves. Les ouvriers ont été aussi les plus nombreux à débrayer: 140.000, contre 61.000 employés et 6.500 fonctionnaires.

L’année 2015 a connu deux moments forts: au 2e trimestre d’abord, avec un pic à 59.216 jours de grève (le quart de l’année 2015). C’est à ce moment que les syndicats, souvent divisés sur le modus operandi, organiseront différentes journées d’action, mais plus souvent sous forme de manifestations. Le 22 avril, la CGSP-Services publics mènera aussi une grève générale. Même si la CSC décide de ne pas embrayer, la mobilisation sera bien suivie. C’est d’ailleurs dans le transport, l’administration et l’enseignement que l’on trouvera un nombre élevé de jours de grève durant ce trimestre.

 

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Explosion au 4e trimestre

Le deuxième moment fort de l’année, ce sera le dernier trimestre 2015: 107.307 jours de grève (dont la moitié dans l’industrie). C’est 50% du total de l’année. Que s’est-il passé? À cette époque, on vivra un remake (allégé) de la contestation de l’automne 2014: une grande manifestation nationale est organisée en front commun le 7 octobre pour "fêter" les 1 an du gouvernement Michel. Cela étant, on ne parle plus de grève générale, comme l’année précédente. Or, c’est typiquement ce genre d’action qui fait gonfler les statistiques. "Dans ces occasions de grève générale, les syndicats sont capables de mobiliser des travailleurs n’appartenant pas à leur base traditionnelle", explique Ianis Gracos, auteur d’un Courrier du Crisp sur les grèves et conflits en 2015.

"Dans ces occasions de grève générale, les syndicats sont capables de mobiliser des travailleurs n’appartenant pas à leur base traditionnelle."
Ianis Gracos
Auteur d’un Courrier du Crisp

Malgré le sursaut de la fin de l’année, 2015 a donc été une année relativement calme, bien que la capacité de mobilisation des syndicats – quand ils le veulent – demeure importante (les 661.810 jours de grève de la fin 2014 le prouvent).

Les raisons de la colère syndicale n’ont pourtant pas disparu: saut d’index, réforme des pensions, mesures d’économies, tout est toujours sur la table. Mais les syndicats sont retournés négocier… Des discussions ont eu lieu au sein du Groupe des dix, une concertation a été lancée sur la réforme des pensions ou du travail faisable. On a même vu naître certains accords: d’abord sur l’assouplissement des mesures de prépensions et de crédit-temps, ensuite un accord interprofessionnel (partiel, car pas signé par la FGTB), et un accord sur le 2e pilier de pension. Or on ne négocie pas sous la pression de la grève…

Les syndicats ne sont plus toujours sur la même longueur d’onde quant aux modalités des actions à mener.

Ne vous y trompez pas, les syndicats n’ont pas baissé les armes. Mais ils ne sont plus toujours sur la même longueur d’onde quant aux modalités des actions à mener. La CSC, dont l’aile flamande est plus proche du CD&V au pouvoir, préfère tenter la carte du dialogue et de la concertation… et des actions plus symboliques.

La manifestation nationale du 7 octobre aurait pu être le point de départ d’une relance d’un mouvement plus musclé. Même du côté de la CSC, déçue par le tax shift né durant l’été. Ce sera sans compter avec les attentats de Paris. Cet événement mettra un couvercle sur la remobilisation syndicale. Jusqu’à ce qu’il ne soit rouvert cette année… Pour en voir l’ampleur, il faudra attendre les premiers chiffres de l’année 2016. Mais au vu des événements de ces dernières semaines, les stats risquent de gonfler à nouveau…

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