interview

"Je veux discuter d'une réforme de la formation des salaires" (Pieter Timmermans)

©SISKA VANDECASTEELE

La rentrée sociale est là, avec l’annonce d’une nouvelle hausse des températures sur le front de la concertation sociale. L’administrateur délégué de la FEB, Pieter Timmermans, appelle à négocier autour de la table plutôt que de descendre dans la rue.

Il a la mine reposée de celui fraîchement rentré de vacances. Mais la rentrée sociale est déjà là, et l’administrateur-délégué de la Fédération des entreprises de Belgique tient à délivrer son message alors que doivent se conclure deux négociations essentielles: la finalisation du pacte pour l’emploi (jobsdeal) et l’accord interprofessionnel 2019-2020. Pieter Timmermans a entendu la colère des syndicats et les appels à la mobilisation de la FGTB. Il en appelle à d’abord s’asseoir autour de la table.

La FGTB a été à deux doigts de déclarer une grève générale pour le 2 octobre. Elle se limitera à des actions de mobilisation. Cela vous soulage?
C’est une sage décision. D’autres leaders syndicaux appellent d’ailleurs à négocier. On doit négocier des accords importants, et faire grève et négocier en parallèle, ça ne va pas ensemble. Moi je suis pour la concertation, pas pour le conflit social. Et je veux avoir face à moi un partenaire avec lequel négocier en toute confiance, dans le but de créer de l’emploi. Il faut avancer et prendre encore des mesures, rester sur un statu quo, c’est une position conservatrice.

Il y aura quand même des actions…
C’est leur décision. Mais je le dis souvent, il y a plus à obtenir autour de la table que dans la rue.

"Ce jobsdeal doit être exécuté, le plus vite et le plus intégralement possible."
Pieter Timmermans
Administrateur-délégué de la FEB

Et que pourront obtenir les syndicats dans la négociation interprofessionnelle? Des hausses de salaire?
Il est trop tôt pour le dire, on ne connaît pas la marge possible. Mais je ne vais pas faire un accord coûte que coûte, qui augmenterait le handicap salarial. On n’a pas fait des efforts, on n’a pas décidé d’un Tax shift pour le neutraliser maintenant à travers un accord déraisonnable. Moi, je veux discuter de la formation des salaires. Discuter de savoir si la hausse doit être générale ou pas.

Vous suivez le gouvernement qui, dans le jobsdeal, demande à revoir les hausses barémiques liées à l’ancienneté?
Oui, il y a la révision des barèmes, mais je veux surtout plus de diversité au niveau de la formation des salaires. Regardez, pour un jeune travailleur, une hausse de salaire est sans doute indiquée, mais pour un travailleur de plus de 55 ans, qui approche doucement de la pension, il serait sans doute plus opportun d’augmenter sa pension complémentaire par exemple…

Vous voulez fixer des critères pour déterminer comment le salaire doit évoluer?
Il doit évoluer davantage en fonction des défis sociétaux, comme la mobilité, la démographie, le vieillissement, ou encore en fonction du mérite.

Cet AIP, pourquoi est-il fondamental?
C’est une opportunité unique pour les partenaires sociaux de marquer un coup, le gouvernement est en période préélectorale, les partenaires sociaux peuvent occuper le terrain. Mais encore plus important, il faut passer un accord. Voyez ce qui s’est passé en 2015 et 2017, on a passé un accord, modéré, et soutenu par les mesures du gouvernement. Et résultat, il n’y a pas eu de tensions sociales dans les entreprises. Le cadre était clair. Et grâce à cela, le handicap salarial a été réduit de 16 à 10%.

"Si le jobsdeal est un échec, les entreprises n’auront plus que deux choix: engager des étrangers ou partir à l’étranger."

L’accord de l’été sur le jobsdeal, c’est un bon accord?
Je ne vais pas dire que c’est le "nec plus ultra", mais on ne peut pas dire qu’il ne représente rien. Il contient la dégressivité des allocations de chômage, l’inscription plus rapide chez Actiris ou au Forem, les soutiens à la formation pour les emplois en pénurie. Mais je veux lancer un message…

Lequel?
Il y a des élections qui s’annoncent, fédérales, régionales, ce jobsdeal doit être exécuté, le plus vite et le plus intégralement possible.

Vous avez des craintes qu’il ne le soit pas?
Je n’ai pas de craintes, mais je ne veux pas que ça tarde trop. Les mesures complémentaires régionales doivent encore être prises, et le tout doit former un ensemble cohérent. Mais si le jobsdeal est un échec, les entreprises n’auront plus que deux choix: engager des étrangers ou partir à l’étranger. Et ça, je veux l’éviter à tout prix, je veux garder nos entreprises ici. Alors quand on parle de 140.000 emplois vacants, faisons tout notre possible pour relever le défi.

Qu’attendez-vous des régions?
Qu’elles viennent avec leurs idées. Elles sont compétentes pour l’enseignement, la formation, l’accompagnement des demandeurs d’emploi. La réorientation professionnelle est l’une des pistes à explorer, mais il faut aussi donner une meilleure information aux jeunes qui sortent d’humanités sur le marché du travail. Les orienter vers des études où il y a des emplois, et pas seulement leur dire de "choisir avec le cœur", comme on l’entend toujours.

La dégressivité des allocations de chômage, c’est vraiment cela qui va remettre les gens au travail, et dans ces métiers en pénurie?
La situation actuelle, elle fonctionne bien? Je ne crois pas. Pourquoi est-ce que ce qui est possible à l’étranger ne le serait pas chez nous? Expliquez-moi pourquoi dans les pays scandinaves, qui ne sont quand même pas des républiques bananières, c’est possible… J’attends maintenant les analyses de l’Onem, mais il ne faut pas faire peur aux gens alors qu’il n’existe pas de proposition concrète sur la table.

Vous pensez aux syndicats, qui disent: "On va pousser les gens dans la pauvreté"?
Oui, je ne suis pas du tout d’accord. Y a-t-il quelque chose de plus social que de dire aux gens qui n’ont pas d’emploi qu’on va leur offrir un emploi? Sortir les personnes du chômage, c’est aussi lutter contre la pauvreté. Pousser les gens dans la pauvreté, que ce soit clair, je suis tout à fait contre. Je rappelle d’ailleurs qu’il y a l’enveloppe de liaison des allocations au bien-être, négociée tous les deux ans, pour lutter contre la pauvreté. Mais il faudrait aussi accepter que la répartition de l’enveloppe bien-être soit davantage orientée vers la pauvreté. La répartition actuelle est trop linéaire. La FEB a proposé que l’on cible sur les catégories ayant vraiment un problème. Comme les très basses pensions, là où il y a un vrai risque de tomber dans la pauvreté.

Les chômeurs de longue durée, ont-ils vraiment le profil des jobs en pénurie?
Oui, plus d’un tiers des postes vacants sont des métiers où on ne demande pas de formation, pas de diplôme, pas d’expérience. Je ne suis pas pour la chasse aux chômeurs. Je suis pour un système d’allocations de chômage correct et juste.

Il n’y a pas aussi un problème de piège à l’emploi?
Oui. Regardez, un exemple, un chômeur qui a deux enfants, il a des coûts supplémentaires s’il perd son allocation et gagne un salaire minimum. Il faut travailler là-dessus, la différence entre le salaire net et l’allocation de chômage est trop faible.

Les phrases clés

"Je ne vais pas faire un accord coûte que coûte, qui augmenterait ce handicap salarial. On n’a pas fait des efforts, on n’a pas décidé d’un Tax shift, pour le neutraliser maintenant à travers un accord déraisonnable."

"Je veux surtout plus de diversité au niveau de la formation des salaires."

"Il y a des élections qui s’annoncent, fédérales, régionales, ce jobsdeal doit être exécuté, le plus vite et le plus intégralement possible."

Et pour résoudre ce problème, selon vous, il faut baisser les allocations de chômage, comme le prévoit la dégressivité?
Non! Vous voulez toujours me faire dire que je veux faire baisser les allocations, non! Je veux réformer le système, en augmentant certaines allocations, et puis une dégressivité accrue pour inciter les gens à accepter des emplois. Je ne plaide pas pour une baisse mais pour un système plus efficace, orienté vers l’emploi.

Ne faudrait-il pas rendre ces métiers peu qualifiés plus attractifs?
Un emploi est un emploi. Il y a un salaire minimum qui existe. Il y a des règles pour cela. Pour la FGTB, il n’y a que le salaire qui compte. Quand on peut sortir du chômage en acceptant un emploi, pourquoi ne le ferait-on pas?

Les syndicats disent que trop d’emplois sont précaires…
80% des empois créés ces dernières années sont des emplois en CDI, à plein temps. Ce sont les chiffres de l’ONSS.

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