Jean-Claude Goblet: "Ces syndicats sont devenus des terroristes"

Jean-Claude Goblet.

Le frère aîné de Marc Goblet, Jean-Claude, un patron de PME wallonne, sort de sa réserve, excédé par "les excès de la FGTB". "Aujourd’hui, je ne peux plus me taire, on est en train de mettre la Wallonie dans le trou".

Si chez les blancs bonnets et les bonnets blancs, c’est du pareil au même, chez les Goblet, en revanche, Rouge Goblet et Goblet Bleu, ne peuvent pas se voir. Même en peinture.

Dans la famille Goblet, donc, je demande Jean-Claude, le frère. Aussi libéral que son frère est syndicaliste. "Vous voyez, chez nous, c’est un peu comme chez les Lutgen. Il y en a un qui est entrepreneur et libéral et l’autre qui colle toujours au Parti socialiste", souffle Jean-Claude Goblet (66 ans) en guise de zakouski.

La trame est posée.

Et la marque de fabrique familiale est bien là: on ne mâche pas ses mots dans la famille Goblet. Et c’est un euphémisme.

=> Lire ici notre interview de Marc Goblet: "Je n'ai jamais vu pareille volonté de nuire aux syndicats"

"Je suis toujours resté discret et silencieux, mais aujourd’hui, je ne peux plus me taire. Ce que la FGTB est en train de faire, mon frère en tête, c’est une honte. En empêchant les gens d’aller travailler, en saccageant les biens publics, ils se comportent plus comme des terroristes qu’autre chose. Je ne peux plus me taire. Qu’on leur colle une personnalité juridique!".

"Ils ont bien eu Staline, ils finiront bien par t’avoir aussi."

Le travail, Jean-Claude, fils aîné d’une fratrie de quatre, il (ne) connaît (que) ça. La famille Goblet grandit à Herve, le père Simon est syndicaliste (déjà). Et rouge (déjà). Mineur, il est de la centrale métallo, la reine des centrales. Jean-Claude est turbulent, il quitte l’école à 14 ans et entre en apprentissage. Plus jamais il ne quittera le monde du travail. Et ce sera la viande – comme marchand. Il a le sens du commerce, "je suis sociable, je suis bavard", dit-il en parsemant son soliloque d’expressions wallonnes.

Son frère, Marc, 8 ans plus jeune que lui, et ses deux sœurs, ne comprennent pas le chemin qu’il emprunte. "Très vite, dans les réunions de famille, on m’a fait passer pour le capitaliste. Une fois, deux fois, ça va, mais cent fois, c’est pesant, surtout que je suis tout sauf un capitaliste. J’ai toujours travaillé dur de 6h du matin à 22h le soir."

La potée liégeoise de Cools

Son père est une icône du monde de la gauche à Liège et alentours. Il fréquente Edmond Leburton, ne rechigne pas à aller avaler une potée liégeoise avec Marcel Cools. "Mon père était un syndicaliste qui comprenait que le bien des ouvriers passait par une économie qui fonctionne. C’est tout le contraire de ce qu’on voit aujourd’hui. Sans cesse, je dois entendre des critiques contre le patronat, contre les patrons, regrette celui dont la PME emploie aujourd’hui 25 personnes. Dans le commerce de la viande, une parole est une parole. On n’a pas de syndicaliste chez nous dans l’entreprise. On travaille bien et on aime ce qu’on fait."

Un jour, son père lui tint à peu près ce discours: "Tu peux être patron! Tu vas être un homme seul face à tes responsabilités, Jean-Claude". Il avait vu juste: "Un patron est un homme assez seul. J’avais encouragé Marc à lancer sa propre affaire, il était chauffagiste. Il a préféré faire du syndicalisme". En 1987, lors d’un congrès de la FGTB, on fête le départ de son père à la retraite. "J’étais le seul indépendant dans toute la salle. Mais j’y allais. Depuis, le syndicalisme est resté figé."

Marc, Jean-Claude, Jean-Claude-Marc. En 2009, le voilà qui écrit à son frère. "Je lui ai dit entre autres de se méfier de Thierry Bodson. Marc m’a dit que celui qui allait le dégommer n’était pas encore né. Je lui ai répondu: ils ont bien eu Staline, ils finiront bien par t’avoir."

Il réfléchit, avale son café d’un trait. "Vous savez, dans le fond, ce qu’a dit Marie-Hélène Ska de la CSC à propos de mon frère est exact." La patronne de la CSC s’était lâchée dans "Le Soir" en juillet, dressant un portrait au vitriol de son alter ego socialiste.

Deux ans de psychanalyse lui ont été nécessaires pour comprendre pourquoi il a sauté du côté patronal de la barrière. "J’ai même fait de la psychanalyse sous hypnose, ça m’a fait un bien fou. J’ai fait des gestes d’ouverture vis-à-vis de mon frère, dit-il. Je n’appartiens à aucun parti, je n’ai pas de carte, mais les bâtons qu’on met dans les roues des PME et des indépendants en Wallonie, ça n’est plus possible."

"Dans l’assistanat"

L’aîné Goblet a donc pris ses cliques et ses claques, a transmis sa PME à son fils et est parti monter une seconde entreprise au Luxembourg. "Comment voulez-vous qu’on survive en Wallonie? Les syndicats sont en train de mettre les entrepreneurs dans le trou et de l’autre côté, au Luxembourg, au niveau des charges sociales et de la TVA, on offre des avantages incomparables."

Il assure que sa boîte luxembourgeoise n’a rien d’un montage fiscal – d’ailleurs, il y réside. "Avec le frère que j’ai, vous pensez bien qu’on ne me raterait pas s’il y avait quoi que ce soit d’irrégulier."

Jean-Claude Goblet. ©Olivier Polet

Il soupçonne la FGTB de l’avoir placé sur liste noire pour lui faire perdre certains marchés. "Tiens, je faisais le barbecue de Willy Demeyer depuis des années, c’est brusquement fini." Et il compatit pour le secteur horeca qui voit ses charges exploser. "Il faut se rendre compte dans quelle société on vit: d’un côté, ceux qui travaillent comme des fous et de l’autre, certaines personnes qui font des fêtes pour célébrer leurs 25 ans de chômage."

On le chambre.

Il assure: "Je l’ai vu de mes yeux. Il faut faire travailler les chômeurs, mais honnêtement quand quelqu’un n’a rien fait pendant deux ans, c’est trop tard, on ne peut pas le récupérer. Quand Marc parle des 800.000 chômeurs qui restent sur carreau, je lui dis: Mais tu ne défends pas les ouvriers, tu les maintiens dans l’assistanat".

Là, on ne se refait pas, il digresse et disserte sur l’évolution de la qualité de la viande Holstein à travers les années. "C’est une bonne vache, mais c’est une laitière."

La cravate est toujours soigneusement nouée. Il va regagner ses pénates luxembourgeois après être passé dire bonjour à son fils à Verviers.

Et il lâche en guise d’au revoir: "Quand je vois comment on caricature mon frère aujourd’hui, je me dis que c’est l’honneur de mon père qui est en jeu, je ne peux plus me taire. Ce n’est pas de la rancune, je dis juste que ce syndicat fonctionne encore comme il y a cent ans. Il n’évolue pas, quelle tristesse".

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