interview

Jean-François Tamellini "Je ne lâcherai rien"

©Dieter Telemans

Interview | Jean-François Tamellini remplace Marc Goblet, le numéro 2 de la FGTB, qui est incapacité de travail pour raison de santé. Dans ses premières sorties médiatiques, il a directement visé les employeurs en affirmant qu’ils rédigeaient eux-mêmes les projets de loi.

Etait-ce une bonne stratégie de braquer directement les patrons alors que vous êtes en pleine négociation?

Je comprends leurs réactions mais j’assume mes propos. J’ai été agréablement surpris par le patron de la Sonaca, Bernard Delvaux qui m’invitait au dialogue. Je suis tout à fait prêt à discuter. D’ailleurs, on a mis une proposition sur la table lors de la dernière réunion du G10. Je signale également que la vision du désert économique n’est pas la mienne. On ne peut pas créer du social sur un désert économique. Je crois en l’économie circulaire mais c’est un bon dialogue entre patrons et syndicats qui permettra d’en créer les bonnes bases.

Vous estimez que votre première sortie médiatique est un appel au dialogue? Eric Domb a jugé que c’était du populisme…
Je ne pense pas que c’est du populisme. Peut-il certifier que l’accord du gouvernement n’est pas orienté par une vision patronale? D’ailleurs, les patrons se contredisent. Ils disent: on est super content que le gouvernement fasse ce qu’on demande. Et de l’autre côté, ils affirment que c’est du populisme de dire que le gouvernement fait ce que demandent les patrons.

Vous pouvez prouver que les employeurs rédigent les textes de loi?

J’ai des éléments qui le prouvent. Je les garde car ils mettent en difficulté les personnes qui me les transmettent. Mais globalement, dire que le Voka est le bureau d’étude de la N-VA, ce n’est pas un scoop. Actuellement, l’équilibre est complètement rompu. Le gouvernement ne tient compte que de l’avis des patrons. Quand je fais deux colonnes avec les + et les -, je constate qu’il n’y a rien de positif pour les travailleurs. Nous demandons un rééquilibrage. C’est ça le message que je veux faire passer. Sur la forme, je signale que je n’agresse personne. Mon boulot c’est de défendre les intérêts des travailleurs, c’est tout.

Vos tweets ne sont pas non plus passés inaperçus. Vous avez la gachette facile?
La polémique n’est pas mon but. Twitter, c’est un exutoire. J’assume tous mes propos. Mais dans la période actuelle, je serai un peu plus modéré. Je ne veux pas que la polémique parasite le message syndical.

Le Soir a analysé vos premières sorties médiatiques. Un expert estime que votre communication s’apparente à une "hedebouwisation". Qu’en pensez-vous?
Qu’est-ce que ça veut dire ça "hedebouwisation"? Je suis exactement sur la même ligne que Marc Goblet. On n’a pas le même accent. Je parle sans doute plus vite. Mais sur le fond, on est les mêmes. C’est lui qui m’a donné des leçons de syndicalisme. Et je répète que ce n’est pas la communication qui compte mais le fond.

Quels sont vos liens avec le PTB?
Je n’ai aucun lien avec aucun parti. Mon nom de famille, c’est FGTB. Et quand on m’invite à des réunions, j’y vais pour donner le point de vue de la FGTB. J’ai fait ce travail-là pour les pensions. J’ai été voir les représentants du PS, du PTB, d’Ecolo, du cdH. Je suis prêt à rencontrer tout le monde. Même le MR. Et même la N-VA, s’ils m’invitent. Mais je ne crois pas que ça va arriver.

Que pensez-vous de la réforme de l’impôt des sociétés de Johan Van Overtveldt? Je n’ai pas tous les détails mais ce que je constate en premier, c’est qu’il n’y a aucun lien établi avec l’emploi. Aucune création d’emplois n’est prévue. Et par ailleurs, on dit que cette réforme sera budgétairement neutre mais il y a des économies à faire pour le prochain conclave. Il va donc falloir les trouver ailleurs. Et je crains que ce soit de nouveau le citoyen qui passe à la caisse.
Que contient la proposition que vous avez mise sur la table au G10?

Le projet de loi sur le travail faisable est pour nous, comme pour les patrons, inacceptable. Les patrons veulent aller plus loin. Nous, on n’est pas contre la flexibilité. Elle répond aussi à une demande des travailleurs. Mais on veut ouvrir la négociation là où il y a des demandes et des besoins et surtout là où on peut donner des contreparties. On peut déterminer les thèmes sur lesquels discuter au niveau interprofessionnel mais les secteurs doivent aussi avoir des marges de négociation. On veut deux niveaux de négociation: interprofessionnel et sectoriel. C’est ça, notre proposition: on est d’accord de discuter mais pas sans contreparties. Le problème, c’est le timing. On doit sortir de l’échéance du 31 décembre – date à laquelle le projet de loi sera automatiquement applicable – pour laisser le temps aux secteurs de négocier.

Quelles contreparties réclamez-vous?
On n’est pas encore dans cette discussion-là. Pour le moment, on veut simplement savoir si notre proposition de négocier des contreparties est acceptée sur le principe. On ouvre la porte. La balle est dans le camp des employeurs.

Vous avez affirmé vouloir mieux communiquer avec les étudiants et les indépendants. Comment? Que voulez-vous leur dire?
Je me suis fait braquer lors d’un piquet de grève à Frameries. Un indépendant a sorti son pistolet sur moi. Le barrage était filtrant. On laissait passer mais on expliquait pourquoi on faisait grève en disant que lorsqu’on défend le pouvoir d’achat, c’est pour avoir plus d’argent pour consommer chez eux. Il y a une mauvaise compréhension entre nous. Or, si on pouvait revendiquer des choses ensemble, tout le monde aurait à y gagner. Même chose pour les étudiants. On doit mieux expliquer pourquoi on fait telle ou telle action. 50% de nos revendications sont pour eux. Pour leur créer des perspectives d’avenir. On doit les prévenir de nos actions et voir avec eux comment faire pour que cela se passe le mieux possible. Mais je défendrai le droit de grève jusqu’au bout. C’est le rapport de force ultime.

Si la CSC décide de ne pas soutenir la grève générale du 7 octobre, vous allez la maintenir? Ou le front commun est indispensable, d’après vous?
Je plaide pour un front commun car plus on est nombreux, plus on aura un poids. Maintenant, on verra ce que décideront les différentes instances le 6 septembre. La CSC a la même pression que nous. Si le patronat ferme la porte sur les négociations et que le gouvernement ne tient pas compte de nos propositions, je ne vois pas comment elle pourra tenir cette pression. Personnellement, dans ce cas, je plaiderai pour le rapport de force. On ne doit rien lâcher. C’est d’ailleurs ce que Marc Goblet m’a dit: ne lâche rien.

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