La CGSP appelle à "faire tomber le gouvernement"

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Manifestation de masse, cheminots en grève surprise, conflit des gardiens de prison dans l'impasse... Le climat social se détériore rapidement en Belgique, en particulier du côté francophone où le syndicat socialiste ne cache plus son intention de mener la vie dure aux libéraux francophones du gouvernement fédéral, quitte à faire exploser la majorité gouvernementale.

Après les discours prononcés ce mardi lors de la manifestation nationale qui a rassemblé quelque 60.000 personnes opposées aux réformes insufflées par le Fédéral, il n'y avait plus de doutes quant aux desseins des représentants des travailleurs: faire tomber le gouvernement Michel. Le chef de file de la FGTB, Marc Goblet, avait devant les manifestants prié l'exécutif fédéral de "respecter le travail ou de s'en aller."

La fracture entre les syndicats et le gouvernement se marque et s'aggrave à chaque nouveau conflit social. A ces grèves sectorielles, il faut ajouter la contestation plus générale de la politique d'un gouvernement clairement à droite, arrivé au pouvoir en octobre 2014. Depuis lors, les partis d'opposition, comme le PS ou le cdH, et les syndicats soulignent de concert que Charles Michel et ses ministres mettent à mal le modèle belge de concertation entre représentants du patronat et des salariés.

Plusieurs grèves avaient rythmé l'automne 2014 après une manifestation géante à Bruxelles, à laquelle 120.000 personnes avaient participé, du jamais vu en plusieurs décennies en Belgique.

'Faire tomber le gouvernement'

Dès son arrivée au pouvoir, le gouvernement avait hérissé les partenaires sociaux avec des mesures comme le gel temporaire des salaires ou le report de 65 à 67 de l'âge de la retraite à l'horizon 2030, contre lesquelles les syndicats annoncent une série d'actions (grèves générales, manifestations...) jusqu'à l'automne prochain.

"Le mot d'ordre est clair: il faut faire tomber ce gouvernement."

La prochaine journée d'actions, le 31 mai, devait être se traduire par une manifestation des services publics couplée à une grève des cheminots. Mais elle pourrait prendre une plus grande ampleur, à la fois en terme de secteurs touchés et de durée. La branche wallonne du syndicat socialiste de la fonction publique CGSP a appelé jeudi "l'ensemble des secteurs" du service public en Wallonie à "entrer en actions continues" à partir du 31 mai.

Le communautaire n'est jamais très loin

"L'inclinaison singulière de la Belgique francophone pour la grève me laisse penser qu'il s'agit de grèves politiques dirigées contre le gouvernement. Ceci est très inconséquent et très dangereux. Je ne peux qu'espérer que cela s'arrête."
Bart De Wever
Président de la N-VA

Le pendant flamand de la CGSP, l'Acod, a toutefois déploré une "initiative prise en solo". "Nous n'appelons en aucun cas à la grève", a fait savoir le patron du syndicat néerlandophone, Guido Rasschaert. Cette différenciation des postures syndicales se remarque également dans les autres dossiers chauds du moment, comme la grève des gardiens de prison.

Il n'en faut pas plus à la N-VA, premier parti de la coalition gouvernementale, pour rallumer la mèche de la discorde communautaire. Bart De Wever, patron du parti nationaliste, est vite monté au créneau. "L'inclinaison singulière de la Belgique francophone pour la grève me laisse penser qu'il s'agit de grèves politiques dirigées contre le gouvernement", a-t-il réagi ce jeudi. "Ceci est très inconséquent et très dangereux. Je ne peux qu'espérer que cela s'arrête", a encore souligné l'homme fort des nationalistes flamands.

Pour le président de la N-VA, il n'y a pas d'alternative. "Il revient à ce gouvernement de nous sortir des problèmes, nous devons avancer". Selon lui, les grèves mettent douloureusement au jour ce qui constitue un des écueils de la Belgique, "une Wallonie à dominance socialiste qui freine toutes les réformes et qui pense que nous pouvons encore accumuler les dettes pendant des siècles".

Ca se chamaille aussi au Parlement

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Interpellé jeudi après-midi devant la Chambre des députés par les partis d'opposition, le Premier ministre Charles Michel a dénoncé la "désinformation" visant selon lui l'action de son gouvernement. "Nous allons continuer à prendre des décisions, réformer et agir", a-t-il lancé en mettant en avant les effets du "tax shift" sur le pouvoir d'achat, les recettes en hausse de la lutte contre la fraude fiscale ou encore l'augmentation de la création nette d'entreprises. En réponse, l'opposition l'a accusé de surdité à l'égard de la grogne sociale qui enfle.

Le chef du gouvernement dément tout mépris à l'égard de la concertation sociale. "Nous souhaitons donner de la marge", a-t-il affirmé. Dans le cadre du débat sur l'annualisation du temps de travail, un texte sera remis aux partenaires sociaux et "un espace sera donné" pour l'améliorer.

Côté opposition, tous les partis ont stigmatisé l'action du gouvernement. "Il est temps d'admettre ses erreurs et de corriger le tir", a demandé Frédéric Daerden (PS). Aux yeux de Catherine Fonck (cdH), le gouvernement enterre la concertation sociale avant même qu'elle n'ait commencé. "Vous restez sourd et aveugle à ce qui se passe dans le pays", a accusé pour sa part Georges Gilkinet (Ecolo). "La colère est profonde au sein de la population. Où veut aller ce gouvernement? Il n'écoute plus les partenaires sociaux. Il n'écoute plus la population. Il fonce à travers tout", a lancé Raoul Hedebouw (PTB) tandis qu'Olivier Maingain (DéFI) concédait qu'un débat devait être mené sur le temps de travail mais pas selon la méthode du gouvernement.

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Côté majorité, les libéraux flamands se sont plu à rappeler que certaines mesures dénoncées, en particulier l'annualisation du temps de travail, figuraient déjà dans l'accord du gouvernement précédent. "Vous n'êtes plus au gouvernement, il y a d'autres partis. C'est ça votre problème!" s'est écrié Egbert Lachaert (Open Vld) avant de déposer sur le banc de Laurette Onkelinx (PS) l'accord du gouvernement Di Rupo. Les chrétiens-démocrates, qui comptent dans leurs rangs le ministre de l'Emploi Kris Peeters et celui de la Justice Koen Geens, ont appelé les partenaires sociaux à saisir l'offre "courageuse" du dialogue social que leur faisait le gouvernement.

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