La fin de la période d'essai a fait chuter les ruptures de contrat

©Martijn Beekman/Hollandse Hoogte

Une étude d’Acerta analyse l’impact de la suppression de la période d’essai sur les ruptures de contrats. Dans les six premiers mois, on compte 30% de licenciements et démissions en moins qu’avant 2014.

Voilà une nouvelle étude tombée du camion qui va conforter les syndicats dans leur volonté de maintenir la période d’essai au fond de la corbeille à papier de la concertation sociale… D’après l’analyse des données de 40.000 employeurs réalisée par Acerta, la fin de la période d’essai a entraîné une baisse de 30% des ruptures de nouveaux contrats de travail au cours des six premiers mois de l’engagement. On parle aussi bien des licenciements que des démissions.

Avec l’harmonisation des statuts ouvriers et employés entrée en vigueur en 2014, la période d’essai a été supprimée, avec un allongement en parallèle des délais de préavis (pour faire court, les délais de préavis sont rallongés pour les ouvriers et les employés sur le court terme, mais raccourcis pour les employés sur le long terme).

Durant les 6 premiers mois de l’engagement, il est donc dorénavant plus difficile pour l’employeur de se séparer de son collaborateur si celui-ci ne convient pas. Les frais de licenciement ont grimpé en flèche, explique Acerta. Et cette nouvelle donne se répercute dans les chiffres. Avant 2014, 18,7% des contrats prenaient fin au cours des six premiers mois (durant la période d’essai donc). Depuis, ce pourcentage est descendu à 13,4%, soit une baisse de 28%.

3.552 euros
Le licenciement d’un employé entre le 3e et le 6e mois coûte à l’entreprise 3.552 euros, contre 888 euros avant le statut unique.

Les ruptures de contrat sur le court terme restent plus fréquentes dans les PME (17,4% après 2014) que dans les grandes entreprises (7%). "Les patrons de PME engagent plus souvent sans passer par une procédure de sélection approfondie. Ils engagent au feeling, explique Benoît Caufriez, manager multi RH chez Acerta. Le risque qu’ils se trompent et choisissent un travailleur qui, au final, ne conviendra pas, est donc plus élevé. "Beaucoup de patrons de PME s’imaginent que passer par une procédure de recrutement plus professionnelle, menée par un bureau externe, va coûter cher. Mais la bonne question qu’ils doivent se poser est: combien cela me coûtera-t-il si je me trompe?"

Prenons un exemple simple: un employé engagé avec un salaire de 2.500 euros brut par mois. Avant l’arrivée du statut unique, le coût du licenciement pour l’employeur (durant la période d’essai) était de 888 euros (soit une semaine de préavis). Depuis que le statut unique est entré en vigueur, ce coût s’élèvera à 3.552 euros s’il est licencié entre le 3e et le 6e mois (soit 4 semaines de préavis). "Le licenciement coûtera donc 400% de plus, dit Benoît Caufriez. A cela, il faudra ajouter le coût de l’investissement dans la formation du travailleur, le temps passé pour le recrutement (même non professionnel), les éventuelles répercussions d’un mauvais choix sur l’activité, les clients de l’entreprise,…"

Davantage de démissions que de licenciements…

Dans son étude, Acerta a également constaté que les travailleurs sont plus souvent à la manœuvre pour rompre le contrat de travail qu’auparavant. Aujourd’hui, la décision est prise par le travailleur dans 34,6% des cas, contre 30,6% pour l’employeur. "Avant, la tendance était inverse, dit Benoît Caufriez. Raison de plus pour que l’entreprise ne survende pas la fonction pour laquelle elle embauche, et soigne sa procédure de recrutement. Le feed-back donné au travailleur, et l’évaluation régulière, y compris durant les six premiers mois, est aussi importante", ajoute le spécialiste RH.

Selon lui, une des raisons de la baisse du nombre de ruptures de contrat durant les six premiers mois est aussi le fait que les employeurs ne sont plus contraints d’évaluer le travailleur avant la fin de la période d’essai. Cette évaluation était faite dans le but de savoir si la fonction convenait au travailleur, et si son employeur pouvait s’engager sur le long terme et confirmer le CDI. Cette absence de date butoir, et d’évaluation liée, expliquerait aussi la baisse du nombre de ruptures de contrat (licenciement ou démission). "Les travailleurs restent parfois plus souvent occupés dans des fonctions qui ne leur conviennent pas."

À lire ces conclusions, on comprend mieux les raisons qui poussent aujourd’hui les fédérations patronales à réclamer la réintroduction de la période d’essai… Les entreprises y auraient en effet tout à gagner: le coût des licenciements de court terme baisserait, mais les préavis resteraient réduits sur le long terme pour certaines catégories de travailleurs.

Le dossier est actuellement sur la table du Conseil national du travail. Un premier avis, réclamé par le ministre de l’Emploi Kris Peeters aux patrons et syndicats, devait être remis ce mercredi. Ce ne sera pas le cas. Les partenaires sociaux ont préféré mettre ce dossier explosif au frigo pour se concentrer sur la non moins explosive négociation de l’accord interprofessionnel. Une étude visant à objectiver les effets de la suppression de la période d’essai sur l’économie et l’emploi a également été demandée au CNT et au SPF Économie. Elle ne sortira qu’à la mi-2017.

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