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La fin des privilèges

Journaliste

Grève dans le secteur public.

Il n’est jamais facile d’abandonner des acquis. Personne n’apprécie de lâcher l’équivalent de 2% de salaire sur sa carrière à cause du saut d’index. Ni vous, ni moi. Ni les salariés, ni les fonctionnaires. Le recul de l’âge de la pension fait aussi hurler, à raison dans le cas des professions dites pénibles.

Mais hier, c’est le service public qui a de nouveau débrayé le plus vite, crié le plus fort. Au point de se retrouver seul dans la rue. Oui, en effet, les fonctionnaires vont perdre plus d’acquis que l’ouvrier de chez Audi ou l’infirmière de Saint-Luc. Dans sa réforme des pensions du secteur public, le gouvernement leur impose en effet de laisser tomber la valorisation de leurs années d’études dans le calcul de la pension. On revoit aussi le mode de calcul des montants. Bref, on harmonise le dispositif face au secteur privé. Et c’est cela qui fait (beaucoup) hurler dans les administrations, à côté des craintes d’une pression accrue due au non-remplacement de quatre fonctionnaires sur cinq.

On a juste envie de se lancer dans une grève de la "compréhension". Car leur action a des relents corporatistes puissants.

Pour faire court, un prof qui a fait 4 ans d’études devra travailler 2 ans de plus. Il perd la "bonification" de 6 mois par année d’étude. Cela n’existe pas dans le privé. Une infirmière qui a étudié 5 ans n’y a pas droit. Mais ces différences de traitement (ces privilèges?) se justifient-ils? On pose la question. Tout comme on juge utile de relativiser l’impact. Quoi que les syndicats ou l’opposition en disent, tout le monde ne devra pas travailler jusqu’à 67 ans. Il y a des exceptions, et la pension anticipée existera toujours. La pension à 67 ans concernera une minorité de gens (souvent très motivés), tout comme la pension à 65 ans, aujourd’hui, ne concerne que 10% des travailleurs (la majorité part avant).

Alors, face aux syndicats qui semblent prôner le maintien d’une "inégalité" entre les travailleurs, on a juste envie de se lancer dans une grève de la "compréhension". Car leur action a des relents corporatistes puissants. Si toute la population est invitée à faire un effort, pas de raison que les fonctionnaires ne s’y mettent pas aussi. D’autant qu’à entendre les grévistes, c’est moins la mise en danger de la qualité du service public qui est mise en avant que la perte des spécificités de leur statut.

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