Le printemps social sera chaud, mais pas bouillant

Marie-Hélène Ska ne plaide pas pour des actions plus dures, comme celles menées par la CGT en France. ©BELGA

Ce 30 avril, les syndicats des services publics fédéraux donnent le top départ d’un mois de mai ou refleuriront les bannières syndicales rouge, verte, bleue. Avec le gros bouquet lancé le 16 mai, déclaré jour de manifestation nationale.

"Des grèves, on en fait déjà trop. Ça ne fait pas bouger les gens, ça les fait seulement chier."

 Ce témoignage d’un jeune étudiant, il a été recueilli à Louvain-la-Neuve, et diffusé mardi soir, lors d’un débat autour du thème "Les syndicats au XXIe siècle, persister, évoluer ou mourir", organisé par le KotCitoyen, avec en guest star, la patronne de la CSC, Marie-Hélène Ska.

Tout le monde ne partage pas son avis. Comme cet autre étudiant, qui estime qu’avant de diaboliser les syndicats, il faut essayer de comprendre. Et qu’au final, "on sera peut-être un jour tous contents qu’ils se soient battus pour nos droits sociaux".

Les syndicats doivent continuer à exister, mais doivent changer leur fusil d’épaule.
Herman Craenincks
Avocat, Stibbe

Les avis divergent, les coups de boutoirs anti-syndicaux ne cessent pas, mais le mouvement de protestation contre la politique du gouvernement Michel n’est pas prêt de stopper non plus. Dès lundi, les syndicats ouvrent à nouveau une période mouvementée au niveau social. Un printemps "chaud". De saison. Mais pas bouillant non plus.

Ce 30 avril, veille du 1er mai, Fête du travail, la CSC, la FGTB et la CGSLB démarrent doucement. Seuls les fonctionnaires fédéraux ont déposé un mot d’ordre de grève. Il ne touchera même pas la SNCB ou bpost. Ni l’enseignement ni les services publics régionaux. Uniquement les administrations fédérales et leurs OIP, comme l’Onem par exemple. Soit un bon 150.000 fonctionnaires pouvant potentiellement être à l’arrêt pour dénoncer la politique de leur ministre de tutelle, Steven Vandeput (N-VA): mise en place de l’intérim dans la fonction publique, réduction des jours de congés, fin du système du "pot" pour maladie… Tout dépendra du taux de participation dans un secteur ou un peu plus d’un fonctionnaire sur deux est syndiqué.

Un 1er mai syndical

Le mouvement de protestation ne s’arrêtera pas à cette action (très) ponctuelle. Dès le lendemain, on verra fleurir les roses rouges remplies d’épines aux tribunes du 1er mai. Tribunes politiques comme syndicales. Un rendez-vous incontournable pour la FGTB, qui a fait revivre l’Action commune PS-Solidaris-FGTB depuis l’entrée en piste de Michel 1er.

Nous voulons mener nos actions au grand jour, et donc, dans la rue…
Marie-Hélène Ska
CSC

Le prochain gros rendez-vous social, ce sera le 16 mai, avec une grande manifestation nationale annoncée contre la réforme des pensions. Entre-temps, les syndicats pourraient mener des actions ponctuelles dans les régions, notamment afin de sensibiliser les gens sur la question de la pénibilité des métiers. Et enfin, du côté de la FGTB, les congrès (régionaux et fédéral) qui se tiennent fin mai viendront clôturer en fanfare ce printemps syndical.

Les actions ponctuelles. Elles se sont multipliées depuis une bonne année maintenant, alors que les grands rendez-vous démontrent à chaque épisode que le mouvement contestataire s’essouffle.

Pour Herman Craeninckx, avocat fondateur du cabinet Stibbe, et spécialisé dans les restructurations, la bataille syndicale est à l’image de la bataille des Ardennes. Dépassée. "La guerre est finie, un nouvel environnement (économique social) se crée, et les syndicats doivent y coopérer", expliquait-il mardi face à Marie-Hélène Ska.

Changement de stratégie

Poussés dans le dos par une opinion publique de plus en plus difficile à séduire, les syndicats ont changé leur fusil d’épaule. La FGTB, comme la CSC et la CGSLB, multiplient les capsules de sensibilisation sur les grands thèmes comme les pensions, les salaires, la pauvreté, le droit des femmes, les travailleurs malades. Et en inonde les réseaux sociaux. Sur les pensions, ils ont unis leurs forces pour éditer un mini-journal détaillant toute la réforme et ses implications (négatives).

Mais il n’ont pas pour autant laissé tomber l’option de la manifestation. Devant le public réuni mardi soir à Louvain-la-Neuve, la leader de la CSC explique que les syndicats ont bien tenté d’autres méthodes. "On a essayé les actions symboliques, y plaçant une pointe d’humour. Comme les visites au domicile des ministres. Non seulement on a constaté que certains n’habitaient pas à l’adresse officielle. C’est illégal. Mais c’est nous qui avons été attaqué en justice pour violation de la vie privée. En attendant, les visites domiciliaires dans le cadre du contrôle des chômeurs, ça, ça ne pose pas de problème en termes de respect de la vie privée. Ou est la différence? Il y a deux poids deux mesures", proteste la syndicaliste.

Marie-Hélène Ska ne plaide pas pour des actions plus dures, comme celles menées par la CGT en France. "On pourrait bloquer les boîtes mails de la FEB, la CGT a bien débranché l’électricité au Medef. Mais non, nous voulons mener nos actions au grand jour, et donc, dans la rue… Pas comme les employeurs qui, au travers de leurs avocats, font pression de manière opaque dans les cabinets ministériels pour obtenir des avantages pour des groupes restreint de personnes."

On n’abandonne pas le combat de la rue

Manifestations et grèves resteront donc l’arme syndicale par excellence. "Mais il faut que les syndicats soient aussi clairs sur leurs revendications, enchaîne à ses côtés Jean Hindriks (Itinera Institute). Aujourd’hui, ils doivent aussi lutter pour l’adhésion. Comme le politique d’ailleurs." L’économiste estime que la défiance envers le politique est plus forte que celle contre les syndicats. "Dans toutes les réformes, on sent un nivellement par le bas du politique. Sur les pensions, on a raté la concertation sociale, pour des raisons idéologiques et bassement politique. Or, il est indispensable d’impliquer les partenaires sociaux dans les réformes."

Itinera Institute et les syndicats sont, sur ce point, sur la même ligne. Même Herman Craenincks le concède, "les syndicats doivent continuer à exister, mais doivent changer leur fusil d’épaule".

La mort des syndicats ou de leur combat, ce n’est pas pour aujourd’hui. Ni pour demain.

©BELGA

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