Entre les deux Corée, le tourisme de guerre froide

La zone démilitarisée qui sépare les deux Corée est le dernier vestige de la guerre froide. C'est aussi devenu une attraction touristique. Malgré le regain de tension avec Pyongyang, la vie à Séoul continue normalement.

Alors que la rhétorique guerrière résonne tant à Pyongyang qu'à Washington, l'atmosphère est on ne peut plus calme à la frontière entre les deux Corée. La preuve avec ces dizaines de cars de touristes qui se rendent tous les jours dans la zone démilitarisée qui sépare les deux pays depuis 64 ans.

La DMZ. La zone démilitarisée (DMZ), c'est une bande de 4 km de large qui traverse la péninsule coréenne de part et d'autre du fameux 38e parallèle. Au nord 700.000 soldats nord-coréens. Au sud, 400.000 soldats sud-coréens assistés d'une division américaine. Séoul et ses 14 millions d'habitants sont à moins de 60 km, à portée de tir des missiles nord-coréens.

Parti de Séoul au petit matin, notre car longe la rivière Imjin qui sépare en certains endroits les deux pays. La rivière est bordée par un mur surmonté de barbelés. Le mur a été édifié après l'interception en 1968 d'un commando nord-coréen qui avait franchi la rivière avec pour mission d'assassiner le président sud-coréen.

• Echange de prisonniers

©JPB

Nous arrivons à un barrage où un militaire sud-coréen contrôle les passeports. L'homme est en nage car en ce mois d'août, la chaleur est accablante et l'air très humide. Ensuite direction le Pont de la Liberté qui enjambe la rivière Imjin par où se sont effectués les échanges de prisonniers de guerre après l'armistice de 1953. La route est bordée de triangles rouges. "C'est pour prévenir de la présence potentielle de mines", indique notre guide. Mais les mines ne datent pas toutes de la guerre. Le 4 août 2015, deux militaires sud-coréens furent grièvement blessés par une mine nord-coréenne dont il s'est avéré qu'elle était de fabrication récente. L'affaire fit grand bruit car c'était la preuve que les Nord-coréens font des incursions au-delà de la ligne de démarcation.

• Tunnel d'agression

Il existe probablement une vingtaine d'autres tunnels d'agression qui n'ont pas encore été découverts.

La deuxième étape nous amène au tunnel dit numéro 3. Il s'agit d'un tunnel creusé par les Nord-coréens découvert par hasard par des sentinelles sud-coréennes en 1978 à 1,8 km au sud de la ligne de démarcation. L'ouvrage devait permettre d'acheminer par 73 mètres de fond 30.000 hommes ainsi que des chars en moins d'une heure. Aujourd'hui les touristes peuvent descendre à pied jusqu'au mur en béton qui bouche le tunnel à hauteur de la ligne de démarcation. Les 14 degrés qui règnent sous terre contrastent avec les 35 degrés en surface. Par endroits les parois du tunnel sont tapissées de poussière de charbon. Pris la main dans le sac, les Nord-coréens ont essayé un peu maladroitement de faire croire qu'il s'agissait d'une mine de charbon abandonnée alors qu'il n'y a pas de charbon dans la région.

Au total, quatre tunnels dits "d'agression" ont été découverts par les Sud-coréens. Tous convergent vers Séoul et on nous assure qu'il en existe probablement une vingtaine d’autres qui n'ont pas encore été découverts.

• L'Observatoire

©JPB

La troisième étape, c'est un observatoire d'où on peut contempler la zone démilitarisée. Une clôture de barbelés serpente à travers les collines. L'endroit est paisible, mis à part le bruit assourdissant des cigales très actives en été. En l'absence de toute activité humaine, la nature est luxuriante. Au loin on distingue le village de Panmunjom où fût signée la convention d'armistice en 1953. Au nord de la clôture, on aperçoit le complexe industriel abandonné de Kaesong où, entre 2004 et 2016, 50.000 ouvriers nord-coréens venaient tous les jours travailler dans des usines construites et financées par la Corée du Sud. C'était le résultat de la "sunshine policy" initiée par le président sud-coréen Roh Moo-hyun. Cette période de détente a pris fin au moins provisoirement l'an dernier lorsqu'il s'est avéré que la Corée du Nord utilisait les recettes de cette activité industrielle pour financer son programme nucléaire. "Mais nous espérons bien un jour relancer le processus. Être à nouveau réunis est notre rêve le plus cher", assure notre guide presque mécaniquement.

• Une gare, pas de trains

La dernière étape nous conduit à la gare ferroviaire de Dorasan. La gare semble neuve. Et pour cause puisqu'elle a très peu servi. Inaugurée en 2002, elle est reliée au réseau sud-coréen et est censée être la porte d'entrée vers la Corée du Nord une fois rouverte la frontière entre les deux pays. Aujourd'hui un train arrive deux fois par jour de Séoul. Il transporte des touristes qui sont obligés de prendre un billet aller retour. Dans la salle des guichets, le visiteur se retrouve face à une porte menant au quai d'embarquement vers le nord. Mais la porte est fermée.

La visite se termine et nous laissons derrière nous la DMZ, dernier vestige de la guerre froide dont chacun espère qu'elle ne dégénère pas en guerre tout court. Même s'il fait les grands titres de la presse sud-coréenne, le sujet est rarement évoqué dans les conversations à Séoul où on est depuis longtemps habitué à vivre avec une épée de Damocles au dessus de la tête.

• "Ce type est fou"

Ce type est fou mais il ne nous empêchera pas de vivre normalement.
Cho Kyu Bong
habitant de Séoul


Cho Kyu Bong, 71 ans, habite un quartier résidentiel de Séoul. Il en a vu d'autres. " Chaque année, nous recevons des menaces. Ce type est fou mais il ne nous empêchera pas de vivre normalement. Je ne suis pas inquiet." Le même sentiment de détachement se dégage du micro-trottoir réalisé jeudi dernier par la chaîne d'information coréenne MBC.

Pour l'heure, les habitants de Séoul redoutent moins les missiles de Kim Jong-il que la chaleur estivale. Ils se réfugient dans les grands magasins pour y trouver un peu de fraîcheur et pour s'adonner à ce qui reste leur sport favori, le shopping.

La gare de Dorasan avec une porte close vers l'embarquement pour Pyongyang. ©Aude Vanlathem

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