analyse

La fièvre nord-coréenne entre dans une phase critique

©AFP

Jusqu’où ira l’escalade entre Washington et Pyongyang? Alors que le régime des Kim utilise l’Amérique pour conserver son assise, la crise perpétuelle entre dans l’ère Trump.

L’actualité donne parfois l’impression d’une étincelle courant sur la mèche d’un tonneau de poudre. Reprenons dans l’ordre. La semaine dernière, à la veille d’une rencontre entre les présidents américain et chinois, Pyongyang opère un tir de missile. Ce week-end, les Etats-Unis annoncent avoir diligenté un porte-avions vers la péninsule coréenne.

Les médias d’État nord-coréens jugent l’opération "insensée" et clament que le pays est prêt à la guerre. Et voici que le Président américain lâche dans un tweet qu’il est prêt à "régler le problème" sans la Chine si nécessaire – c’est-à-dire en abandonnant la voie diplomatique. La crise nord-coréenne, qui progresse en dents de scie depuis l’arrêt des hostilités, en 1953, semble entrée dans une phase des plus instables.

"La Corée du Nord a réussi son calcul de lier son destin à une confrontation entre les États-Unis et la Chine."
Bruno Hellendorff
Chercheur au Grip

La Corée du Nord a-t-elle changé d’attitude?

"Dans le chef de ce régime, on est dans la constance, même si on assiste à une certaine accélération de sa stratégie", considère Bruno Hellendorff, chercheur au Group of Research and Information for Peace and Security (Grip). Le 5 avril, le tir d’un missile de moyenne distance a porté à sept le nombre de tests balistiques cette année, parmi lesquels un missile intercontinental (ICBM) capable de toucher les Etats-Unis.

©AFP

Une série qui succède à deux essais nucléaires l’an dernier et un premier tir de missile sous-marin. Quant au fait que le régime de Pyongyang se dise prêt à la guerre, cela mérite à peine d’être relevé tant c’est un invariant dans sa communication depuis des décennies. "Le régime Nord-Coréen n’a pas d’autre choix que de jouer la carte de la provocation pour exister. Les États-Unis sont le point central de sa diplomatie, alors qu’il vise toujours la réunification de la péninsule et considère le gouvernement de Séoul comme laquais de Washington", poursuit le chercheur.

Comment interpréter le registre de Trump?

Des membres du corps de Marines américain en exercice à Pohang, au sud-est de Séoul. ©EPA

Après avoir ordonné la projection d’un porte-avions et son escadre vers la péninsule coréenne, le Président américain a lancé un avertissement limpide sur le réseau Twitter: "La Corée du Nord cherche des ennuis. Si la Chine décide d’aider, ça serait formidable. Sinon, nous résoudrons le problème sans eux!" Signé: USA. Le ton est radicalement différent de celui adopté par Barack Obama, porteur de la doctrine de la "patience stratégique".

Après avoir châtié le régime de Bashar al-Assad pour son utilisation d’armes chimiques, le nouvel occupant de la Maison-Blanche répète que "toutes les options sont sur la table" s’agissant de Pyongyang. Pour autant, il ne faut pas surinterpréter la moindre des sorties du Président américain, tempère Bruno Hellendorff: "L’administration Trump ne peut pas être jugée sur ce qu’elle dit", souligne-t-il. D’autant qu’à ses yeux, la Maison-Blanche n’a pas de stratégie claire face à la question nord-coréenne – "ce dont on est sûr, c’est qu’on n’est sûr de rien"

Pourquoi la Chine se fait-elle si discrète?

L’escalade intervient juste après une rencontre entre Donald Trump et son homologue chinois Xi Jinping. L’Américain, qui s’est notamment fait élire sur la promesse de réduire l’empreinte de la Chine sur l’économie américaine, avait alors lié cette question économique au cas nord-coréen: "J’ai expliqué au Président chinois qu’un accord commercial avec les États-Unis serait bien meilleur pour [les Chinois] s’ils résolvent le problème nord-coréen", a-t-il dit. Il semble en être resté pour ses frais.

©REUTERS

Pékin, qui entretient une proximité distante avec Pyongyang, n’approuve pas les provocations nord-coréennes. Elle participe d’ailleurs aux sanctions économiques contre le pays: en février, elle a suspendu ses achats de charbon au régime. Et les relations entre Pékin et Pyongyang se sont fortement dégradées après l’assassinat, probablement par le régime nord-coréen, de Kim Jong Nam, beau-frère du dictateur de Pyongyang et maillon clé de la communication entre les deux régimes.

Mais l’attitude de la puissance régionale face à son petit voisin totalitaire reste mesurée pour deux raisons essentielles. D’abord, la Chine redoute que l’éclatement du régime ne résulte en un déversement de millions de réfugiés coréens sur son territoire. Ensuite, elle n’a aucun intérêt à voir la péninsule se réunifier pour former un allié américain plus puissant que jamais à ses portes. La relation avec Séoul est des plus délicates: en réaction aux essais de Pyongyang, les Etats-Unis ont commencé le mois dernier à déployer en Corée du Sud un système antimissile Thaad malgré l’hostilité de la Chine, qui y voit un arsenal capable de neutraliser ses propres armes. Dans la foulée, Pékin a pris une série de mesures perçues par Séoul comme des sanctions économiques. En somme, observe Bruno Hellendorff: "La Corée du Nord a réussi son calcul de lier son destin à une confrontation entre les Etats-Unis et la Chine."

→ Ce mercredi matin, le président chinois Xi Jinping a plaidé pour une solution pacifique de la crise autour du programme nucléaire nord-coréen, lors d'un entretien téléphonique avec  Donald Trump. Lors de cet entretien, "Xi Jinping a souligné que la Chine (...) plaide pour apporter une solution au problème par la voie pacifique", a indiqué la chaîne CCTV sur son site internet.

Lire également

Publicité
Publicité
Publicité
Publicité

Contenu sponsorisé

Partner content