analyse

Les options contre la Corée du Nord sont diverses, leur efficacité incertaine

Un missile sud-coréen tiré durant un exercice militaire le 4 septembre 2017 ©Photo News

Le sixième essai nucléaire nord-coréen a soulevé pas mal d’inquiétudes dans le monde. Difficile, néanmoins, de trouver la réponse adéquate.

Quelles options envisager contre la Corée du Nord après son dernier essai nucléaire en date? Un essai plus inquiétant que les autres vu la nature de la bombe testée – à hydrogène (et utilisant donc la fusion nucléaire) – et sa puissance qui aurait été de 100 kilotonnes, selon certains experts (soit sept fois celle de la bombe larguée sur Hiroshima en 1945).

On est encore loin de la Tsar Bomba testée par les Soviétiques en 1961 et dont la puissance était de 50.000 kilotonnes. Mais, les Nord-Coréens ont de quoi causer de gros dégâts en Corée du Sud et dans la région.

La réponse de Washington n’a pas tardé. Le secrétaire US à la Défense, James Mattis, a promis dimanche une "réponse militaire massive" si les Nord-Coréens passaient à l’offensive alors que le président Trump répondait "on verra" lorsqu’un journaliste lui a demandé si l’option militaire était sur la table.

La Chine et la Russie, elles, prônent toujours le dialogue tandis que le Conseil de sécurité de l’ONU s’est réuni ce lundi pour discuter de nouvelles sanctions contre la Corée du Nord. Quasi chaque option a ses avantages et ses inconvénients.

1/ La frappe militaire préventive

"Il n’y a pas d’option militaire réaliste s’il s’agit de frapper la Corée du Nord car cela provoquerait probablement une guerre à grande échelle."
Mark Fitzpatrick

C’est l’option la plus risquée et sans doute la moins probable, comme l’indiquait à l’AFP Mark Fitzpatrick, directeur du bureau américain de l’International Institute for Strategic Studies: "Il n’y a pas d’option militaire réaliste s’il s’agit de frapper la Corée du Nord car cela provoquerait probablement une guerre à grande échelle."

Une réaction en chaîne serait en effet inévitable et des villes comme Séoul pourraient être rayées de la carte. C’est ce qui avait déjà dissuadé les Etats-Unis d’agir dans les années 90, lorsque l’administration Clinton avait envisagé l’option militaire contre Pyongyang.

2/ La dissuasion militaire

Le président sud-coréen Moon Jae-in va sans doute préférer renforcer le bouclier antimissile américain Thaad.

Les Etats-Unis et leurs alliés dans la région pourraient déployer de nouvelles forces de frappe (non) conventionnelles capables de toucher la Corée du Nord. Ce lundi, le journal sud-coréen Donga Ilbo estimait par exemple que la Corée du Sud devrait envisager de se nucléariser (ce qui lui est interdit en vertu d’un accord passé avec Washington) ou de s’entendre avec les Etats-Unis pour qu’ils déploient à nouveau des armes nucléaires sur son territoire (après les avoir retirées en 1991).

Une telle option pourrait mener à une escalade, elle aussi. Le président sud-coréen Moon Jae-in va sans doute préférer renforcer le bouclier antimissile américain Thaad dont deux lance-missiles ont déjà été déployés mais dont quatre restent à installer (une "formalité" qu’il a jusqu’à présent reportée, lui qui privilégie le dialogue).

©MEDIAFIN

3/ Les sanctions économiques

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Les Nations unies ont adopté pas moins de sept batteries de sanctions contre la Corée du Nord depuis son premier essai nucléaire en 2006.

Les Nations unies ont adopté pas moins de sept batteries de sanctions contre la Corée du Nord depuis son premier essai nucléaire en 2006. Au début, ces sanctions étaient cantonnées au domaine militaire. Puis, elles se sont étendues à l’économie. Le 5 août dernier, le Conseil de sécurité décidait encore de nouvelles sanctions visant à interdire les exportations nord-coréennes de charbon, de fer, de plomb et de produits de la mer.

Tout cela n’a servi à rien, ne fût-ce que parce que la Chine, qui dispose d’un droit de veto au Conseil de sécurité, s’est jusqu’à présent opposée aux sanctions les plus douloureuses. Le Conseil de sécurité s’est réuni ce lundi pour discuter de nouvelles sanctions comme l’interdiction de fournir du pétrole au régime nord-coréen. Les Etats-Unis ont déposé une nouvelle résolution allant sans ce sens, ont-ils annoncé. Ils espèrent qu’elle sera adoptée d’ici lundi prochain.

4/ La pression sur la Chine

Sans le soutien commercial de la Chine, cela ferait longtemps que la situation de la Corée du Nord serait devenue intenable.

Sans le soutien commercial de la Chine, cela ferait longtemps que la situation de la Corée du Nord serait devenue intenable. C’est pour cela que Washington tente depuis belle lurette de convaincre Pékin de lâcher Pyongyang. Plusieurs sanctions visant certaines banques ou individus chinois traitant avec le régime nord-coréen sont jusqu’à présent restées sans effet, même si la Chine condamne, elle aussi, les essais de la Corée du Nord.

Mais elle n’ose pas aller plus loin de peur des répercussions qu’aurait, chez elle, un effondrement de son voisin nord-coréen et de crainte de voir l’influence américaine croître dans la région. À la Maison-Blanche, on envisagerait désormais de passer à la vitesse supérieure en fermant le marché américain à quiconque ferait affaire avec la Corée du Nord, ce qui serait une catastrophe pour Pékin. Mais pour les Etats-Unis aussi, la Chine étant son premier fournisseur mondial.

5/ Le dialogue avec la Corée du Nord

"La Corée du Sud s’aperçoit, comme je le leur ai dit, que leur discours d’apaisement avec la Corée du Nord ne fonctionnera pas, ils ne comprennent qu’une seule chose."
Donald Trump

Le dialogue reste l’option favorisée par la Chine et la Russie. Ce lundi encore, le vice-ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Rubakov décochait une flèche à l’encontre des Américains et de leurs menaces de sanctions en déclarant qu’on "pourrait influencer la Corée du Nord si on faisait des propositions de dialogue réaliste".

Le dialogue, c’est aussi ce qu’a jusqu’à présent prôné le nouveau président coréen, au grand dam de Donald Trump. "La Corée du Sud s’aperçoit, comme je le leur ai dit, que leur discours d’apaisement avec la Corée du Nord ne fonctionnera pas, ils ne comprennent qu’une seule chose", tweetait dimanche le président américain qui, dans un autre registre, menace de mettre un terme à l’accord de libre-échange entre les Etats-Unis et la Corée du Sud (une poussée protectionniste qui tombe au plus mauvais moment).

Quoi qu’il en soit, la Suisse s'est proposée ce lundi pour jouer les médiateurs entre les grandes puissances et la Corée du Nord.

6/ La chute du régime

On a vu dans le passé qu’une intervention extérieure contre un régime dictatorial n’avait rien de la solution idéale.

De prime abord, "LA" solution serait la chute du régime nord-coréen. Mais Kim Jong-Un écarté, qui le remplacerait? On sait ce qu’on a, on ne sait pas ce qu’on aura. Puis, comment l’écarter? On a vu dans le passé qu’une intervention extérieure contre un régime dictatorial n’avait rien de la solution idéale.

La Libye en est le meilleur exemple. Mieux vaudrait donc que cela vienne de l’intérieur. Mais à quel prix pour la population et pour la stabilité dans la région que l’on cherche justement à préserver? C’est certain, il n’y aura pas de solution facile dans cette crise.

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