Composez vous-même les nouvelles coalitions francophones

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Pour réussir son coup de poker et éjecter le Parti socialiste des trois majorités gouvernementales, le cdH a besoin du MR en Wallonie et en Fédération Wallonie-Bruxelles et de DéFi à Bruxelles. Un pari qui n’est pas forcément gagné!

Le président du cdH a donc lancé un appel au MR, à Ecolo et à DéFI, afin de mettre en place de nouvelles majorités "positives" en Wallonie, à Bruxelles et à la tête de la Fédération Wallonie-Bruxelles.

L’annonce de Benoît Lutgen a pris tout le monde par surprise. Elle aurait même un côté inédit. "À ma connaissance, un renversement de majorité en cours dans les entités fédérées est inédit", explique Jean Faniel, le directeur du Crisp. "C’est d’autant plus surprenant que dans deux des trois gouvernements (à Bruxelles et en Wallonie), Rudi Vervoort et Paul Magnette sont les ministres-présidents qui en interne au sein du PS se sont montrés enclins à un véritable changement."

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Pas d’élections anticipées

Voilà pour le coup de théâtre. Et maintenant? À l’inverse du Fédéral, les Parlements wallon et bruxellois ne peuvent être dissous "anticipativement". La Constitution belge ne prévoit pas d’élections anticipées pour les entités fédérées. Les prochaines échéances électorales sont donc toujours maintenues au printemps 2019.

Voici donc ce qui va se passer. Une assemblée régionale qui souhaiterait renverser sa majorité ou remanier son exécutif doit faire adopter une motion de "méfiance constructive". Cette motion proposant une alternative (nouvelle équipe exécutive ou nouvelle coalition de partis) doit être approuvée par la majorité des députés.

Cette contrainte oblige le cdH à se trouver dare-dare de nouveaux partenaires en vue de former des majorités alternatives dans les trois assemblées à Bruxelles, en Wallonie et en Communauté française. "Le cdH doit obligatoirement trouver une majorité alternative. Dans le cas où il ne réussirait pas son pari, le PS va se retrouver avec un partenaire démissionnaire et doit trouver quelqu’un d’autre pour poursuivre les affaires", explique Jean Faniel.

Vers la fin de l’asymétrie?

Avant de se lancer dans les scénarios possibles, examinons la situation actuelle.

En Wallonie et en Fédération, le cdH était en coalition avec le seul PS. À Bruxelles, il l’est en plus avec DéFI et, côté flamand, l’Open Vld, le sp.a et le CD&V.

Avec l’annonce de l’éjection du PS, le MR se retrouve par la force des choses incontournable en Wallonie et en Fédération, (mais pas à Bruxelles). Une montée au pouvoir des libéraux dans ces entités fédérées traduirait, avec trois ans de retard, la forte progression du MR dans les urnes en 2014.

Cette position centrale met le MR au cœur des négociations et lui permet "d’avoir la main" pour nouer les premiers contacts. En termes de rapport de forces, le MR pourrait même obtenir la ministre-présidence de la Région wallonne et de la Fédération Wallonie-Bruxelles.

Reste le problème des castings. L’arrivée des libéraux au Fédéral en 2014 a déjà posé quelques soucis au niveau du recrutement du personnel au sein des cabinets ministériels. Le choix de certains ministres MR a également donné lieux à des problèmes de casting. L’arrivée des libéraux au sein de trois nouveaux exécutifs ne sera donc pas si simple à organiser pour autant que le MR juge opportun une montée dans les attelages gouvernementaux à deux ans des élections.

Il faudra également voir comment les nouvelles majorités arriveront à mettre en œuvre leurs réformes d’ici les élections de 2019. On pense en particulier à la réforme des structures publiques. En Wallonie, et dans une moindre mesure à Bruxelles, la grande majorité de toutes ces structures est aux mains des socialistes.

Pas évident en Wallonie

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D’un point de vue arithmétique, voici ce que pourraient donner les nouvelles majorités. En Wallonie, le Parlement est composé de 75 députés. La majorité est donc fixée à 38 sièges. À lui seul, le PS dispose de 30 députés. Le cdH en a 13, MR 25, Ecolo 4, le PTB 2 et J’existe 1.

Le cdH et le MR peuvent donc faire affaire ensemble. À eux deux, ils auraient 38 sièges.

Mais voilà, comme le souligne Jean Faniel du Crisp, une alliance MR-cdH n’est pas si simple. "En 2014, on avait évoqué une majorité bipartite MR-cdH mais ensemble ces deux partis n’avaient pas de majorité au niveau des commissions du Parlement de Wallonie."

Un troisième parti est donc nécessaire pour disposer d’une majorité plus confortable. Mais qui? Il reste Ecolo (4 sièges), le PTB (2 sièges) et enfin le siège unique de J’existe. S’il semble exclu pour les libéraux de s’allier avec le PTB, pour Ecolo, une arrivée dans une coalition centre-centre droit n’est pas plus naturelle. On ne voit pas non plus comment Ecolo pourrait renoncer au décumul intégral en se ralliant aux thèses du MR et du cdH.

L’arrivée d’Ecolo ne règle pas non plus le problème de majorité au sein des commissions parlementaires car, avec 4 députés, les verts ne forment pas un "groupe" au Parlement. Leurs voix ne sont pas délibératives. à l’inverse, le PS disposera d’une minorité de blocage.

Tripartite à la Fédération Wallonie-Bruxelles

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En Fédération Wallonie-Bruxelles, la majorité est fixée à 48 sièges. Simple? Avec ses 16 sièges, le cdH doit attirer le MR (30), ce qui n’est pas gagné vu les frictions entre eux sur un dossier comme le Pacte d’excellence. En outre, il manquera encore deux sièges. La prochaine majorité devra donc s’ouvrir à Ecolo (6 sièges), à DéFI (2 sièges) ou au PTB (2 sièges).

DéFi en position pivot à Bruxelles


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À Bruxelles, il faut 45 sièges pour former une majorité. À l’instar du MR en Wallonie, DéFi occupe ici une position pivot. Le problème se posera surtout pour la majorité dans le groupe linguistique francophone. Il faut obtenir plus de 36 sièges. Sans le PS, une majorité avec le MR (17) ne peut passer que par une quadripartite avec le cdH (8), Ecolo (8) et DéFI (12) ou une tripartite très étroite MR-DéFI-cdH ou MR-DéFI-Ecolo. DéFi est donc incontournable mais s’est déjà empressé pour tacler la manœuvre du cdH.

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