Le cdH fait encore du pied au CD&V

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Le président du parti cdH a confirmé ce vendredi sur les ondes de La Première le rapprochement en cours de sa formation politique avec celle des chrétiens démocrates flamands du CD&V. Un pas de plus vers une possible entrée au Fédéral pour la prochaine législature, mais sans la N-VA.

Ce n'était un secret pour personne, le cdH est en train de se rapprocher du CD&V. Dans la perspective d'un éventuel retour au Fédéral, le patron des humanistes a rappelé dans la matinale de la Première (RTBF) que son parti et celui de Wouter Beke ont "des points très communs, que l'on veut défendre si jamais un jour on retourne au Fédéral".

Pour Benoît Lutgen, "qu'il y ait un rapprochement, un axe plus fort - ce qui est en train d'être fait - entre le CD&V et le cdH, bien sûr!" n'empêche pas aux députés fédéraux du cdH de mener une opposition "constructive" actuellement au parlement. Il a reconnu aussi que le gouvernement MR-N-VA avait pris de bonnes mesures, d'autres mauvaises.

"Ne comptez pas sur moi pour dire (d'une mesure) 'c'est stupide' parce que c'est le gouvernement MR-N-VA qui la décide."
Benoît Lutgen
Président du cdH

Plus tard dans la matinée, le CD&V a confirmé un rapprochement avec le parti humaniste francophone. Les présidents Wouter Beke et Benoît Lutgen "entretiennent des contacts réguliers". "Nous croyons en cette collaboration au centre, c'est là la voie à suivre", a commenté le porte-parole du CD&V, Steffen Van Roosbroeck, interrogé par l'agence Belga. 

Les chrétiens-démocrates flamands ne se positionnent toutefois pas sur une éventuelle montée du cdH au gouvernement fédéral, que le Premier ministre Charles Michel (MR) avait d'ailleurs écartée immédiatement après l'appel du 19 juin de Benoît Lutgen à former des gouvernements sans le PS dans les entités fédérées.

Pas toujours les meilleurs amis du monde

Historiquement, la famille sociale-chrétienne fut la première des trois grandes familles politiques belges à se scinder sur le front communautaire en 1968, avant les libéraux et les socialistes dans les années '70.

Ces dernières années encore, les relations entre le CD&V et son parti-frère francophone ont été au plus bas. Lors du premier gouvernement Verhofstadt (libéraux, socialistes, écologistes) dont les sociaux-chrétiens (CVP et PSC) avaient été exclus, le PSC alors déjà présidé par Joëlle Milquet n'avait pas bloqué les accords de réforme de l'État de 2001 (Lambermont), en échange de concessions en faveur de l'enseignement libre, ce que le CVP (ancêtre du CD&V) avait considéré comme une trahison.     

Quelques années plus tard, Joëlle Milquet, présidente d'une formation devenue le cdH, avait plombé en 2007 les rêves du leader du CD&V Yves Leterme de former un gouvernement fédéral orange-bleu, acquérant au passage son surnom de "Madame Non" et permettant au PS de revenir dans le jeu. La formation francophone craignait à l'époque un virage à droite trop marqué et les réflexes autonomistes flamands du CD&V, qui se traduisaient notamment par sa proximité avec les indépendantistes de la N-VA.    

Et en 2014, lors de la campagne préparant le méga-scrutin - Joëlle Milquet avait déjà cédé la présidence du parti à Benoît Lutgen plus ancré au centre-droit -, c'est avec le MR de Charles Michel que le président du CD&V Wouter Beke s'était tourné pour affirmer l'existence d'un axe socio-économique entre les deux formations. 

"Pas question aujourd'hui de négocier avec la N-VA"

Pour le président Lutgen, la sortie du jour était aussi l'occasion de se démarquer une nouvelle fois des socialistes francophones. "Ne comptez pas sur moi pour dire (d'une mesure) 'c'est stupide' parce que c'est le gouvernement MR-N-VA qui la décide". Et Benoît Lutgen de prendre en exemple l'extension du délai de garde à vue en cas d'infraction terroriste, pour laquelle son parti a soutenu la majorité gouvernementale. "Il y a de bonnes mesures qui ont été prises au gouvernement fédéral, d'autres mauvaises que je dénonce".

Wouter Beke tout sourire devant Benoît Lutgen à la Chambre ©Photo News

Quant à la possible ouverture du cdH à la N-VA, telle qu'elle avait été évoquée puis démentie par Maxime Prévot lors d'une journée au CD&V, "je vous confirme que ce slogan 'résiste et mords' (que Benoît Lutgen avait cité en 2014 lorsqu'il avait refusé de négocier avec le président des nationalistes flamands Bart De Wever, NDLR) est le même aujourd'hui, et il n'est pas question aujourd'hui de négocier avec la N-VA", a-t-il indiqué, refusant de dire si ce ne serait jamais le cas.

Enfin, la situation dans les entités fédérées, où l'appel du cdH à gouverner sans le PS n'a abouti qu'en Wallonie, est loin d'être un échec pour Benoît Lutgen. "Quand on défend ses convictions, ses valeurs et ses projets, on n'est pas dans l'échec", a-t-il lancé. Contraint de continuer à gouverner avec le PS à Bruxelles et en Fédération Wallonie-Bruxelles, il a confirmé que son parti tenterait d'associer MR et Ecolo aux réformes, tandis qu'il stigmatisait une nouvelle fois DéFI, "fusionné au PS".

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