Les socialistes ont envahi les pouvoirs publics

©Belga

Depuis le temps qu’ils sont au pouvoir, les socialistes se retrouvent à tous les étages à Bruxelles, en Wallonie à et la Communauté française. Incontournables. Impossible de nommer tous les organismes concernés, mais en voici un bel aperçu.

Si cela va sans dire, cela ira encore mieux en le disant. Ce n’est pas parce que le Parti socialiste risque de valser dans l’opposition à Bruxelles, en Wallonie et à la Communauté française, sorte de trait d’union entre les deux premiers, qu’il y perdra tout relais de pouvoir.

Au contraire. En des décennies de participation – 28 ans à Bruxelles et 38 ans dans les deux autres entités –, il en a eu du temps, le PS, pour placer ses pions. Non seulement à la tête des administrations, mais aussi aux commandes des innombrables organismes d’intérêts public (OIP), sociétés de droit public et autres ASBL qui pullulent dans le sillage du pouvoir et de l’action publique.

Bien sûr, à l’heure actuelle, cela ne peut plus guère se faire à la hussarde. Il y a des règles, même si ces dernières relèvent parfois plus de la théorie que de la pratique. Et que dit-elle donc, la théorie? Que, rêvé à partir de 1999 et mis en application entre 2003 et 2007, le système du mandat prévaut un petit peu partout. Pour les fonctions dirigeantes, s’entend bien, à savoir secrétaires généraux, directeurs généraux et, partiellement, inspecteurs généraux – soit les deux premiers rangs, ainsi qu’une partie du troisième. On est d’accord: on synthétise et on simplifie. Pour faire bref, des tests de sélection sont organisés, débouchant sur la constitution d’un pool dans lequel le politique peut piocher.

"Auparavant, les personnes placées étaient indéboulonnables", souligne Marie Göransson, codirectrice du master en administration publique de l’ULB et auteur d’une thèse sur les mécanismes de responsabilisation des hauts fonctionnaires. À présent, ces mandats s’accompagnent de règles d’évaluation, dictant comment ils peuvent ou doivent être révoqués, ou prolongés, c’est selon.

En attendant, la durée "standard" de ces mandats, c’est celle de la législature. Autrement dit, si de nouveaux ministres poussent en Belgique francophone, ils seront forcés de travailler avec les personnes en place, tant que durent les mandats en question. "À moins de créer un cimetière d’éléphants, comme l’ont fait les Régions durant les années 80 pour les fonctionnaires fédéraux qu’on leur détachait", ironise Michel Legrand, président du Gerfa, le Groupe d’étude et de réforme de la fonction administrative. Impensable par les temps qui courent, et impayable.

Cercle vicieux

Voilà pourquoi un changement de majorité risque de se révéler plus ardu et complexe que prévu. "Le gouvernement risque d’avoir du mal à travailler avec une administration hyper politisée", résume Michel Legrand. Même si tout fonctionnaire est censé se montrer loyal. "Un principe de loyauté qui possède ses limites. Un fonctionnaire peut se montrer correct, sans plus, ou ne pas partager toute l’information dont il dispose." Ou bien continuer à informer le camp dont il est issu. De quoi nourrir un cercle vicieux, relève Marie Göransson. Vu le climat de suspicion généralisée, les nouveaux venus auront tendance à s’entourer d’un cabinet "mammouth", de quoi encore creuser le fossé avec l’administration. C’est l’un des maux, et coûts cachés, de la politique belge.

Cela dit, attention à ne pas tout mélanger. "Il ne s’agit pas forcément d’un problème de compétence, insiste Marie Göransson. La plupart des personnes nommées ont passé des tests et ont montré patte blanche en termes de compétences managériales." Ce qui n’empêche pas, de temps à autres, la formation de soupçons, dirons-nous. "Il existe tout de même une certaine connivence, tranche Michel Legrand. Indéniable, quand on voit combien de mandataires sont issus des cabinets." Un seul exemple. À Bruxelles, le gouvernement a placé à la tête de Bruxelles Urbanisme et Patrimoine l’ex-adjointe du cabinet Vervoort. Une juriste, tellement calée en urbanisme qu’il a fallu "l’accompagner", vu sa méconnaissance de l’organisation. Vous voyez le genre.

Voilà pourquoi on vous présente une sorte de cadastre actuel du pouvoir socialiste. Dans une forme résumée – s’il avait fallu lister toutes les institutions cornaquées par le PS, le journal que vous tenez entre les mains n’aurait peut-être pas suffi.

N'hésitez pas à (re)jeter à un œil à notre cadastre des élus bruxellois publié samedi passé.

Liste non exhaustive des pions du PS

• WALLONIE

Olivier Vanderijst / Président du comité de direction de la SRIW
La Wallonie dispose de trois outils financiers. La Sogepa et la SRIW sont dirigées par Renaud Witmeur et Olivier Vanderijst, deux anciens chefs de cabinet PS. La Sowalfin est dirigée par Jean-Pierre Di Bartolomeo.

Philippe Adam / Administrateur directeur de la Spaque
Créée en 1991, la Société publique d’aide à la qualité de l’environnement (Spaque) est chargée par le gouvernement d’assainir les anciennes friches industrielles et de réhabiliter les terrains.

Marie-Kristine Vanbockestal / Administratrice générale du Forem
À la tête du Forem, le service public de Wallonie qui gère la formation et la remise en l’emploi des chômeurs, Marie-Kristine Vanbockestal a été cheffe de cabinet de Jean-Claude Marcourt.

Alain Rosenoer / Directeur général de la Société wallonne du logement
La société wallonne du logement (SWL) coordonne le développement et la gestion locative d’un parc de 101.000 logements publics ainsi que la création de logements destinés à l’acquisition.

Nathalie Ombelets / Directrice générale de la Société wallonne du crédit social
À travers l’octroi de prêt hypothécaire social, la mission de la Société wallonne du crédit social (SWCS) est de permettre l’accès à la propriété tout en évitant les risques liés au surendettement.

Jacques Dehalu / Administrateur délégué de la Sofico
La Sofico, Société wallonne de financement complémentaire des infrastructures, est chargée par le gouvernement de rénover les routes et les voies hydrauliques de Wallonie.

Isabelle Nemery / Directrice générale du Crac
On pourrait comparer le Crac au FMI des communes. Le Centre régional d´aide aux communes est chargé de conseiller les communes dans le suivi de leur plan de gestion et apporte des solutions en cas de déficit.

Pascale Delcomminette / Administratrice générale de l'Awex
L’agence wallonne à l’exportation et aux investissements étrangers (Awex) gère le commerce extérieur pour le compte de la Région wallonne. Elle est également chargée d’attirer les investisseurs étrangers.

Alice Baudine / Administratrice générale d'Aviq
La nouvelle Agence wallonne pour une vie de qualité (l’Aviq) va devoir gérer à elle seule les allocations familiales, l’accompagnement des seniors et l’intégration des personnes handicapées.

Véronique  Cabiaux / Directrice générale de l'AEI
L’Agence pour l’entreprise et l’innovation (AEI) coache les entrepreneurs dans le cadre du développement de leurs projets. Elle pilote aussi toutes les aides économiques wallonnes pour les entreprises.

Luc Partoune / Directeur général de Liege Airport
Avec plus de 660.604 tonnes de fret, Liege Airport conforte sa place de 1er aéroport cargo de Belgique. L’aéroport a aussi accueilli plus de 382.000 passagers en 2016. Il est notamment connecté à la Chine.

Eric Van Sevenant / Directeur général de la SWDE
La Société wallonne des eaux (SWDE) est la principale société publique de production et de distribution d’eau potable en Région wallonne. Elle dessert près de 2,5 millions de clients et 208 communes wallonnes.

Yvan Mayeur, Luc Partoune et Pascale Delcomminette sur la première ligne. Laurence Bovy, Jean-Paul Philippot et Willy Demeyer sur la deuxième ligne. ©doc

• BRUXELLES

Gilles Delforge / Directeur de la Société d’aménagement urbain
Du lourd! Gilles Delforge pilote la SAU, qui abrite Yves Goldstein, en charge du projet de musée Citroën. N’oublions pas non plus Citydev, le Bureau bruxellois de planification, voire la CRMS. A leur tête, le PS.Grégor Chapelle / Directeur général d’ActirisAux commandes d’Actiris, l’organisme chargé de mettre en oeuvre la politique de l’emploi, Grégor Chapelle. Tandis qu’Olivia P’tito gère Bruxelles Formation (qui dépend de la Cocof). 

Laurence Bovy / Directrice générale de Vivaqua
Eau et électricité sont aux mains des socialistes. Laurence Bovy pilote Vivaqua, toujours présidée par Yvan Mayeur. Du côté de Sibelga, c’est Luc Hujoel à la manoeuvre.

Fabrice Cumps / Administrateur délégué de la SLRB
Fabrice Cumps, échevin à Anderlecht, est administrateur délégué (et vice-président) de la SLRB, la Société du logement de la Région de Bruxelles-Capitale, en charge du logement social.

Serge Vilain / Président du comité de direction de la SRIB
Le grand patron, chez finance.brussels (ex-SRIB, pour Société régionale d’investissement de Bruxelles), c’est Serge Vilain. Cette SA de droit public soutient la création, la réorganisation ou l’expansion d’entreprises privées dans la capitale.

Vincent Jumeau / Directeur général de Bruxelles Propreté
Depuis 2009, Vincent Jumeau est à la tête de Bruxelles Propreté. Quant à l’observatoire Bruxelles Prévention & Sécurité, on retrouve à sa tête Jamil Araoud, passé par chez Vervoort, champion du recasage.

Laurette Onkelinx / Président de Visit.Brussels
Si la direction de l’agence bruxelloise du tourisme, l’ASBL Visit Brussels, est assurée par Patrick Bontinck, issu de l’horeca, sa présidence est entre les mains de Laurette Onkelinx, grande patronne du PS bruxellois.

Mohammed Jabour / Président du CA du Port de Bruxelles
Opérateur accueillant quelque 200 entreprises sur son domaine de 105 hectares et gestionnaire du canal, le Port de Bruxelles est présidé par Mohammed Jabour, par ailleurs échevin à Saint-Josse.

• FÉDÉRATION WALLONIE-BRUXELLES

Julien Compère / Administrateur délégué du CHU de Liège
Le centre hospitalier universitaire de Liège, hôpital faisant partie des OIP de la fédération (895 lits, trois sites) est dirigé par un socialiste de cœur, Julien Compère (nommé par le gouvernement de la FWB). Il a été chef de cabinet de Jean-Claude Marcourt.

Jean-Pierre  Hubin / Administrateur général de l’enseignement
L’enseignement, c’est le plus gros département de la FWB. 80% du budget. Qui en a les manettes? Son grand patron, Jean-Pierre Hubin, est estampillé PS, comme les directrices du personnel de l’enseignement subventionné et directrice générale de l’enseignement obligatoire. Du côté des deux pouvoirs organisateurs de l’enseignement officiel (CECP, CEPEONS), on trouve aussi des socialistes: Fanny Constant et Roberto Gallucio.

Jean-Paul Philippot / Administrateur général de la RTBF
Qui dirige la RTBF, mais est aussi présent dans les CA (souvent comme président) ou directions de 8 filières de la RTBF? Jean-Paul Philippot, étiqueté PS (il a notamment été chef cab’ de Charles Picqué).

Willy Demeyer / Président du CA de l’Opéra royal de Wallonie
Impossible de compter le nombre d’institutions culturelles dirigées par des "pions" du PS. Un vrai "noyautage" du secteur culturel, disent certains. On retrouve des PS à la présidence des CA des d’institutions percevant les plus gros subsides (Opéra royal de Wallonie, Théâtre national, Festival de Liège, Théâtre de Liège, Botanique, Mons Arts de la scène,…).

Bernard De Vos / Délégué général aux droits de l’enfant
Prenez les dix OIP de la Fédération. Six d’entre eux sont dirigés par des socialistes, dont Bernard De Vos aux Droits de l’enfant, Dominique Vosters au CSA, Pascale Delcominette pour WBI. L’ONE est dirigée par un cdH, mais la présidente du CA et les deux fonctionnaires généraux sont étiquetés socialistes. (Lire aussi le communiqué de Bernard De Vos en réaction à notre article)

Julien Nicaise / Administrateur délégué de l’ARES
Outre l’ARES, qui chapeaute les universités, les deux universités publiques (Mons et Liège) sont pilotées par des PS, ou étiquetés comme tels: Calogero Conti, Michel Coulon, Camille Dieu, Guiseppe Pagano à Mons, Albert Corhay, Monique Marcourt (l’épouse de Jean-Claude), Laurent Despy à Liège.

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