Vervoort obtient la confiance dans les votes, pas dans les esprits

©Tim Dirven

Le Parlement bruxellois a renouvelé son vote de confiance au gouvernement. Un membre du cdH s’est abstenu.

Tel que pressenti, le Parlement bruxellois a renouvelé sa confiance au gouvernement régional. Pour obtenir cette confiance, il lui fallait 45 votes. Il en a obtenu 52. 34 ont voté contre. Un député s’est abstenu. Il s’agit d’Ahmed El Khannouss. C’est lui que le cdH a choisi pour rappeler au ministre-président "le dégoût et la révolte du parti".

"C’est moi qui ai décidé de ne plus gouverner avec le PS car j’en avais marre de cette mauvaise gouvernance. Il y a donc un précédent. C’était le moment de le rappeler."
Ahmed El Khannouss

Le député est aussi premier échevin à Molenbeek. Tout un symbole. Passons sur l’aspect cumul des fonctions – à l’heure où il est question de bonne gouvernance…. Molenbeek, c’est la commune qui a mis le PS et ses affaires dehors. "C’est moi qui ai décidé de ne plus gouverner avec le PS car j’en avais marre de cette mauvaise gouvernance. Il y a donc un précédent. C’était le moment de le rappeler."

La "fronde" est donc venue d’un mandataire qui gouverne localement avec le MR et Ecolo. Les observateurs la voyaient plutôt émaner de Hamza Fassi Fihri, conseiller communal cdH à la Ville de Bruxelles, ancien fief d’Yvan Mayeur (PS), emporté par le scandale du Samusocial.

"La carte de Molenbeek était la meilleure à jouer. A la Ville de Bruxelles, nous savons que c’est déjà plié entre le MR et le PS", explique off-the-record ce cdH. Ceci explique donc cela… Et deux abstentions, cela aurait été trop. "Nous ne voulions pas paraître divisés."

"L’abstention d’un membre de mon groupe est là pour rappeler, chaque jour, dans chaque décision à prendre, cette double exigence: la transparence intégrale des pratiques et le respect sans faille de l’accord de gouvernement, de tout l’accord de gouvernement et de rien que l’accord de gouvernement", a déclaré à la tribune Benoît Cerexhe, chef de groupe cdH.

"On était dans la chambre et les deux partenaires se balançaient des meubles à la tête. Comment peuvent-ils encore s’entendre?"
Zoé Genot
Cheffe de groupe Ecolo

Pas question donc de sortir de cet accord de gouvernement. La question aujourd’hui, c’est: quelles politiques le gouvernement va-t-il encore pouvoir mettre en œuvre? "On vient d’assister à une véritable scène de ménage. On était dans la chambre et les deux partenaires se balançaient des meubles à la tête. Comment peuvent-ils encore s’entendre? Ils n’ont plus envie de travailler ensemble mais chacun s’accroche à son poste de ministre. Comment vont-ils pouvoir avancer dans leurs dossiers? Demain, on risque encore d’assister à ces scènes", déplore Zoé Genot, cheffe de groupe Ecolo.

"Mascarade"

"Les Bruxellois sont les otages de ces pitreries. Il aurait été préférable pour tout le monde d’avoir un gouvernement qui tombe et une nouvelle déclaration de majorité."
Vincent De Wolf
Chef de groupe MR

Vincent De Wolf, chef de groupe MR parle, lui, d’une mascarade. "Pourquoi se maintiennent-ils en place? Ont-ils un agenda caché? Ce n’est qu’une harmonie de façade. Derrière les murs, c’est la déliquescence. Comment la ministre Céline Fremault va-t-elle encore pouvoir avancer dans ses politiques de logement ou d’environnement? Les Bruxellois sont les otages de ces pitreries. Il aurait été préférable pour tout le monde d’avoir un gouvernement qui tombe et une nouvelle déclaration de majorité", dit-il.

Rudi Vervoort, le ministre-président qui est à l’origine de ce vote de confiance, affirme que sa volonté "est de repartir sur des bases saines. Pour cela, il était important de fixer un moment solennel tel que celui-ci afin de créer un avant et un après. Il y aura sans doute des stigmates de ce que l’on a vécu depuis cet été mais l’honneur de la politique sera de passer au-dessus de ce mauvais épisode", déclare-t-il.

"J’espère que ce vote clôt une période d’invectives personnel-les."
Rudi Vervoort
ministre-président bruxellois

Il ajoute: "J’espère que ce vote clôt une période d’invectives personnelles." La veille, lors d’un congrès de la Fédération bruxelloise du PS, il a lui-même comparé les trois chefs de file du cdH bruxellois aux rôles du film "Le bon (Céline Fremault), la brute (Hamza Fassi Fihri, "qui tape comme un malade") et le truand (Benoît Cerexhe, "la quintessence du jésuite qui vous vendrait un chat dans un sac")".

"Il dit qu’il ne veut plus d’injures. Mais il ne prend même pas la peine de s’excuser pour ce qu’il a dit. Il s’est attaqué aux personnes. C’est bas. Comment veut-il qu’il n’y ait pas de rancœurs après ça", confie ce cdH.

Western spaghetti

"Nous verrons si les actes que vous poserez dans le futur nourriront la confiance en espérant qu’ils soient ceux d’un arbitre plutôt que ceux d’un militant de base amateur de western spaghetti".
Benoît Cerexhe
Chef de groupe cdH

Lors de son intervention à la tribune, Benoît Cerexhe a souligné que la confiance se gagnait "par les actes posés, et ceux posés au cours des derniers jours n’y ont guère contribué, les insultes d’hier soir encore moins. Nous verrons si les actes que vous poserez dans le futur nourriront la confiance en espérant qu’ils soient ceux d’un arbitre plutôt que ceux d’un militant de base amateur de western spaghetti".

Le chef de groupe cdH a évoqué un dossier en particulier: celui des allocations familiales. Il est sur la table du gouvernement mais le cdH et le PS ont une vision différente sur le dossier. Se dirige-t-on vers un blocage? Personne ne peut l’exclure. D’autres points peuvent aussi capoter. Car si la confiance a bien été renouvelée par le vote d’hier, dans les esprits, elle est loin d’être de retour.

Lire également

Contenu sponsorisé

Partner content