interview

"Il faut responsabiliser les gens en mettant fin à l'assistanat"

Alda Greoli, la nouvelle ministre wallonne de l'Action sociale, veut pousser les chômeurs wallons à faire du bénévolat pour contribuer à la vitalité de la société. ©Aurélie Geurts

Vous êtes demandeur d'emploi et vous ne trouvez pas de travail? Alda Greoli, la nouvelle ministre wallonne de l'Action sociale, veut trouver d'autres manières de vous faire participer à la société.

Son téléphone ne cesse de vibrer. Les messages affluent. "Celui-ci vient de Maxime Prévot qui me dit qu’il a bien rangé son bureau." Dans quelques heures, Alda Greoli le remplacera comme vice-présidente cdH du nouveau gouvernement wallon. Elle jonglera entre ses fonctions de ministre en Région wallonne et à la Communauté française.

La journée a des allures de marathon. Après un aller-retour à la Foire de Libramont ce matin, elle nous retrouve au Parlement wallon. Le bâtiment est pris d’assaut par la presse. À 13 heures, les députés du MR et du cdH renverseront le PS en vue de former une nouvelle majorité gouvernementale jusqu’en 2019. Au cdH, certains parlent d’un moment historique avec l’éjection du Parti socialiste dans l’opposition. Au PS, on parle plutôt de trahison. Un terme qu’elle refuse d’employer. "Je ne peux pas admettre ce mot. Il ne s’agit pas de trahison mais de se donner les moyens de faire évoluer les choses en Wallonie, en Fédération Wallonie-Bruxelles, et je l’espère aussi, à Bruxelles. Notre partenaire ne voulait pas de cette évolution".

Un PS vampire de l’initiative privée

"L’Etat est là pour soutenir, cadrer les règles, mais il n’est pas là pour vampiriser l’initiative."

Sans hésitation, la nouvelle ministre wallonne soutient le coup de force de son président Benoît Lutgen qui a débranché la prise dans les exécutifs francophones le 19 juin. "Une nécessité! Ce que nous avons fait aura une efficacité pour l’ensemble des citoyens." Une efficacité qui passe ce vendredi par un Parti socialiste hors-jeu en Wallonie après 30 ans de pouvoir. "Ce parti vampirise l’initiative citoyenne, associative et entrepreneuriale. L’Etat est là pour soutenir, cadrer les règles mais il n’est pas là pour vampiriser l’initiative. Or, en matière économique, pour une grande partie des socialistes, (elle parle d’ADN des socialistes, NDLR), l’action publique doit primer sur l’action citoyenne ou d’entreprise. Regardez la manière dont le nombre de dirigeants socialistes, tant au niveau des communes qu’en Région ou en Communauté, estiment devoir être présents dans des conseils d’administration. Regardez comment il fallait absolument protéger la part publique des maisons de repos pour empêcher le développement de maison de repos associatives et commerciales. Pour le PS, protéger la part publique, c’est empêcher le reste."

La ministre n’est pas amnésique. Elle sait que son parti a, par sa participation au pouvoir avec le PS, joué indirectement un rôle dans cet Etat socialiste qu’elle décrit aujourd’hui. "Mais notre parti a tenté et réussi à infléchir une série de politiques ces 30 dernières années. Avec la dernière déclaration de politique gouvernementale de la Région wallonne et ses points forts comme l’assurance autonomie, nous pensions qu’on allait enfin pouvoir commencer à se désenclaver de cette volonté de mainmise étatisante. Le PS ne voulait pas. Pire, certains en ont abusé en s’octroyant des salaires à faire vomir. Regardez encore Laurent Levêque, qui réclame 400.000 euros pour sortir de sa fonction à l’ISPPC. On prend le pouvoir, on étatise et en plus on se sert au passage. Ce n’est plus possible!"

Scotché au MR

"C’est désagréable qu’on puisse penser que le cdH doit s’articuler à quelqu’un pour vivre."

Certains verront dans les propos d’Alda Greoli une touche libérale. D’autres accuseront le cdH d’emprunter un virage à droite. Déscotché du PS, voici les humanistes qui se recollent au MR jusqu’à emprunter ses accents libéraux. Oui, certains y verront un peu de cela. Pas Alda Greoli. "Je ne plaide pas pour des bénéfices plantureux dans des sociétés internationales. Mon discours dit qu’au cœur de l’action, il y a la capacité du citoyen de prendre ses responsabilités et de faire des ponts. Ce n’est pas plus libéral que socialiste. Mon discours fait le pont entre la vision étatisante du socialiste et la main invisible du libéralisme."

Ni de gauche ni de droite, Alda Greoli refuse de voir dans l’opération coup de poing de son parti, et l’alliance avec le MR, une mise en scène destinée à assurer la survie du cdH sur la scène politique. "C’est désagréable qu’on puisse penser que le cdH doit s’articuler à quelqu’un pour vivre. Je n’ai pas de réponse à mon projet de société ni au PS ni au MR. Si demain, un parti doit disparaître, ce n’est pas le plus grave. Ce qui m’intéresse, c’est de trouver un prolongement à mon projet de société dans un parti. C’est aujourd’hui possible avec l’alliance avec le MR."

Responsabiliser les allocataires sociaux

Voilà pour ce nouvel acte de la vie politique wallonne. Le divorce assumé, comme la seconde noce avec le MR, Alda Greoli attend maintenant insuffler des accents différents dans la politique wallonne.

"On ne va pas laisser les gens dans la débrouille mais il faut les responsabiliser en mettant fin à l’assistanat."

Le cdH promet, par exemple, la fin de l’assistanat aveugle. "Un décideur politique a deux moyens de voir le citoyen. Soit il le voit debout, responsable et émancipé. C’est un citoyen avec lequel vous parlez d’égal à égal. Soit il le voit d’une autre manière, comme quelqu’un qui a besoin d’être aidé, et donc d’être assisté. Ce regard doit cesser. On ne va certainement pas laisser les gens dans la débrouille mais il faut les responsabiliser en mettant fin à l’assistanat."

Alda Greoli refuse de parler d’une révolution. Les CPAS auront toujours un rôle crucial à jouer. Mais leur rôle pourrait évoluer. "Lorsqu’une personne reçoit une aide du CPAS, cette aide peut s’accompagner d’autres services. Il s’agit, par exemple, de voir avec les citoyens quels sont leurs projets de vie, comment ils peuvent évoluer et quelles sont les formations utiles. C’est signer un chèque de partenariat avec la personne. Dans certains cas, il faudra des conditions, dans d’autres, de l’accompagnement. La question n’est pas d’aller sanctionner les gens. Si le contrat est défini correctement, la sanction est rarement nécessaire."

Cette refonte du contrat entre l’Etat et le citoyen passera aussi par une nouvelle prise en main des demandeurs d’emploi. À côté des incitants financiers que l’équipe de Willy Borsus va mettre en place afin de pousser les chômeurs à se former dans les filières des métiers en pénurie, le nouveau gouvernement va encourager ceux qui ne trouvent pas un travail à contribuer par d’autres moyens à la vitalité de la société. "Une personne active dans une association, comme responsable ou animateur, a 5 ans d’espérance de vie en bonne santé en plus qu’une personne qui n’est pas active dans une association. Derrière cela, il y a la vision d’une insertion sociale. Quand une personne se retrouve dans une situation de précarité, son cercle social se rétrécit. Cela augmente les risques de fragilité. Un chômeur doit se donner la possibilité d’être inséré dans une vie sociale au travers une activité bénévole ou de service dans une commune, ou encore à travers une activité d’apprentissage. Il faut sortir les chômeurs de l’isolement social. L’insertion sociale doit être pensée aux côtés de l’emploi. Pendant tout un temps, il a été interdit aux chômeurs de faire du bénévolat parce qu’ils devaient être disponibles sur le marché de l’emploi. Je suis persuadé que la dynamique de service est un facteur d’insertion."

"Un chômeur doit se donner la possibilité d’être inséré dans une vie sociale au travers une activité bénévole ou de service dans une commune."

Si le discours tranche avec ce qu’on a pu entendre précédemment, Alda Greoli reste prudente sur la mise en œuvre. Pas question, par exemple, d’en faire une condition aux allocations de chômage. "Non, ce ne sera pas une condition mais une invitation."

Le sens de l’Etat dans l’administration

Le remodelage de la Wallonie à la sauce MR-cdH ne s’arrête pas là.  Outre les relations avec les citoyens, la notion d’Etat et l’insertion des chômeurs, Alda Greoli va avoir comme mission de "dépolitiser" une administration majoritairement entre les mains des socialistes. Mais pas de chasse aux sorcières, prévient-elle. "Des hauts fonctionnaires ont le sens de l’Etat. Malheureusement, ce n’est pas toujours le cas! Ce n’est peut-être pas le cas de tous. Quel que soit le ministre, je demande à un fonctionnaire qu’il ait d’abord le sens de l’Etat et le service de l’intérêt général avant celui du parti pour lequel il milite. J’estime que les fonctionnaires devraient se mettre en retrait d’une dynamique de militance au profit de l’intérêt général."

La N-VA reste bannie

"Les fonctionnaires devraient se mettre en retrait d’une dynamique de militance."

Les choses réglées en Wallonie, l’acte de mariage entre le MR et cdH jette forcément les prémisses d’un préaccord électoral entre les deux partis pour garder la main sur la Wallonie après le scrutin de 2019. Un préaccord à ce jour inexistant même si la déclaration de politique régionale ouvre la voie.  Une étape intermédiaire qui pourrait relancer le cdH  au Fédéral. Mais sans la N-VA! "Le président a été clair en 2014, pas avec la N-VA. Et ce n’est pas seulement une question de travail mais c’est aussi une question d’orientation et de vision de l’Etat. Je n’ai pas entendu le président changer de ligne et personnellement c’est très clair! Je n’ai jamais été pour des partis extrémistes et de repli identitaire."

Comme le reste de ses propos, sa position est tranchée. Sans appel! Voilà qui est clair et qui ouvre le jeu à toutes les combinaisons politiques après les législatives de 2019. Même avec les socialistes? Il faudra voir!


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