edito

La gravité de l'instant

Rédacteur en chef

A quelques jours du 21 juillet, la Belgique attend un gouvernement fédéral. Que retiendront les livres d'histoire de cette crise inédite et de sa gestion ?

Nous tairons son nom, mais un socialiste nous a dit un jour pas si lointain : mettez Paul Magnette et Bart De Wever dans un pièce que vous fermerez à double tours, ils tomberont très vite d’accord sur ce qu’il faut pour la Belgique. Un : un plan de relance socio-économique solide qui s’attaquerait aux dégâts de la crise que nous venons de subir et déterminerait intelligemment (" c’est-à-dire en fixant des priorités ") une série d’investissements structurants pour le futur. Deux : une réforme de l’État. Car la gestion du coronavirus a démontré, une nouvelle fois, et aux yeux de tous les Belges, que notre pays dans son organisation actuelle (cette fameuse lasagne) ne fonctionnait plus.

D’abord, on règlerait l’urgence. La croissance (à -8,3% pour 2020, selon les derniers chiffres). Le chômage (180.000 pertes d’emplois anticipées cette année). La solvabilité de nos entreprises (la FEB prédit qu’une sur dix déposera le bilan). La perte de revenus pour les plus faibles, le coût du vieillissement et, bien sûr, la question des soins de santé. En parallèle, on s’offrirait le temps d’une nécessaire réflexion, pour atterrir en 2024 avec compromis abouti sur les contours d’une Belgique efficace et organisée pour répondre aux défis contemporains.

Cela paraît simple. Si simple. Sommes-nous trop prosaïques ? Sommes-nous si naïfs ?

Nous sommes à la veille du 21 juillet, date symbolique que nos politiques s’étaient fixée comme deadline pour aboutir à la formation d’un gouvernement fédéral de plein exercice, et nous restons " sans réel signe de solution ", déploraient vendredi dans une énième carte blanche vingt des plus grands capitaines d’industrie flamands parlant de " dernière chance pour notre pays ".

Ils ont raison.

Suite à la levée du moratoire sur les faillites et avec le flou entourant la prolongation ou non des mesures de chômage temporaire, septembre s’annonce déjà comme un mois meurtrier. Et nous ne parlons même pas, ici, du spectre d’une deuxième vague de contamination.

Les livres d'histoire retiendront le nom de celles et ceux qui auront eu le courage d’essayer, même s’ils ont échoué.

Qu’ils s’appellent finalement Paul Magnette, Bart De Wever, Georges-Louis Bouchez, Joachim Coens, Egbert Laschaert ou Conner Rousseau, nos décideurs politiques doivent mesurer, aujourd’hui, la gravité de l’instant et prendre leurs responsabilités. Une fois pour toutes.

Les livres d’histoire retiendront de cette crise sanitaire et politique inédite ni les tweets, ni les selfies, ni les petites piques lâchées, contre les uns et contre les autres, sur les plateaux de télévision.

Ils retiendront le nom des femmes et des hommes qui auront réussi, dans l’abnégation, à s’entendre et à nous bâtir un avenir serein. Ils retiendront le nom de celles et ceux qui auront au minima eu le courage d’essayer, même s’ils ont échoué. Ils honniront ceux qui n’auront pas agi. Ils les honniront tout autant que ceux qui auraient tout entrepris pour saborder l’espoir, même infime, d’une issue.

Lire également