interview

"On doit être irréprochable sur plan éthique. Sinon, ce n’est pas la peine"

Olivier Maingain, président de DéFI ©BELGA

Olivier Maingain s’en revient du Canada où, lundi, il a été tout surpris d’apprendre que Benoît Lutgen débranchait la prise des exécutifs régionaux. Le président de DéFI a sauté dans un avion et pose à présent ses conditions.

Quelle est la position de DéFI au lendemain de la mise à mort des gouvernements régionaux par Benoît Lutgen?

Il y a aujourd’hui un préalable, il faut que les partis qui sont à la source des scandales mettent de l’ordre en leur sein et écartent des responsabilités politiques ceux qui sont les fauteurs du désordre que l’on connaît dans la gestion publique. Ce sont eux qui ont fauté et on doit avoir des preuves de volonté d’assainissement en profondeur des mœurs politiques pour qu’on ne nous dise pas que dans quelques semaines ou mois ça recommence. Et qu’on essaye de les recaser d’une manière ou d’une autre.

Là, vous jouez les hommes et pas les changements de règle…

"On doit être irréprochable sur plan de l’éthique. Sinon, ce n’est pas la peine."

Mais c’est une exigence d’éthique: on ne peut quand même pas accepter que des gens continuent alors qu’ils font l’objet de poursuites pénales, qu’ils sont inculpés, qu’ils ont commis des actes répréhensibles sur le plan de l’éthique, pour nous ça ne va pas. On doit être irréprochable sur plan de l’éthique. Sinon, ce n’est pas la peine. C’est donc un préalable.

Mettez-vous tous les partis politiques sur le même pied?

Bien entendu: les trois partis qui cumulent les scandales doivent nettoyer. Je reconnais que là-dedans le PS est en tête mais le MR et le cdH ne sont pas en reste. Au MR, si je fais l’état des lieux, à côté du Kazakhgate, il y a le député Alain Courtois à la Ville de Bruxelles, il y aussi Christophe Pourtois. C’est insupportable. Il faut en finir.

Mais concrètement que doivent-ils faire?

Nous demandons que ces élus problématiques soient privés de leurs mandats. Quand j’entends Bouchez dire qu’au MR c’est seulement trois mandats rémunérés, il se moque du monde. C’est quoi cela? C’est montrer qu’on n’a rien compris. Ça suffit. Que les gens inquiétés par la justice soient déchus. Ensuite, s’ils sont réhabilités, ils demanderont la confiance aux électeurs. Armand De Decker n’est plus bourgmestre mais reste député régional, quel est le sens de cette décision? Pareil pour Joëlle Milquet qui est inculpée. Quand on est inculpée, on est inculpée, on se met en congé de ses mandats.

Au-delà de la gouvernance, estimez-vous qu’on va vers une crise politique?

Je ne le souhaite pas parce que pendant ce temps-là des dossiers doivent être gérés. Je prends l’exemple du survol de Bruxelles, est-ce que maintenant que Monsieur Lutgen a fait sauter les gouvernements, sa ministre Céline Fremault n’a plus la confiance et doit cesser de demander des astreintes aux compagnies aériennes? Qu’est-ce qu’on dit aux Bruxellois? C’est impensable. Donc, il faut aller vite et assurer la continuité des institutions. Tant que le gouvernement bruxellois n’est pas remplacé, il est tenu de continuer à gérer les institutions. C’est une obligation. Est-ce que le cdH est bien conscient que parce que Benoît Lutgen a un problème en Wallonie, les Bruxellois risquent d’avoir des problèmes?

Donc, tout ceci ne serait qu’un problème wallon qu’on exporte vers Bruxelles?

"Quand je vois la manière dont le cdH s’est servi en mandats à la Ville de Bruxelles, je suis scié."
olivier maingain
président de défi

Mais à Bruxelles il n’y avait aucun scandale lié à la Région! Il y a des problèmes de gouvernance à la Ville de Bruxelles avec des majorités PS/MR, c’est extraordinaire. Lutgen fait payer aux Bruxellois une crise causée par deux partis dont un n’est pas dans la majorité régionale. Mais vous savez bien que PS et MR se sont entendus, et le cdH aussi d’ailleurs, à la Ville de Bruxelles. Quand j’ai découvert grâce à la publication de votre cadastre samedi le nombre de mandats attribués au cdH, j’ai constaté que ce parti n’avait pas oublié de se servir. Même en étant dans l’opposition, Joëlle Milquet avait visiblement encore ses entrées pour bien négocier les mandats de son parti… J’en étais scié. Le cdH nous fait un numéro sur le Samusocial mais quand je vois ce qu’ils vont chercher comme mandats parallèles, je suis scié.

Diriez-vous que le comportement de Benoît Lutgen est irresponsable?

Je dis que c’est une opération avec un côté kamikaze où il n’a pas pensé aux dégâts collatéraux. Et il n’a pas pensé non plus qu’il allait réveiller l’appétit des partis flamands sur Bruxelles. Quand ils vont constater que ça foire à Bruxelles et que les francophones se disputent, ils seront là pour ramasser les morceaux. D’ailleurs, j’ai déjà entendu De Wever expliquer qu’il fallait réduire le nombre de communes, etc. Le paradoxe, c’est que le séisme part de la Wallonie mais que c’est Bruxelles qui va le payer à cause de la faiblesse de certains francophones. Quelle perspective peu réjouissante.

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