analyse

"On se faisait quasiment vomir dessus pour être assis à la table du PS"

©Photo News

Récit d'une journée folle. Le patron du cdH a appelé tous azimuts lundi pour avertir qu’il voulait évincer le PS. À cause des affaires. Le téléphone sonne.

La politique belge, finalement, c’est une histoire de téléphone. Une histoire de qui a appelé qui et à quel moment et surtout pour lui dire quoi. Voilà. Et l’épisode de ce lundi, celui où le cdH s’est "déscotché" de son partenaire socialiste n’y fait pas exception. C’est le président Benoît Lutgen qui joue le grand régisseur de cette pièce-là – oui, il y a du réseau à Bastogne.

Au vrai, cela fait des mois que le Bastognard traîne son questionnement et retourne la mésentente de son parti avec les socialistes dans tous les sens. Et puis, là, il compte et il recompte les mails qui parviennent jusqu’au siège du parti, à la rue des Deux Églises, pour incendier le partenariat entre la maison orange et la maison rouge. "On n’osait même plus sortir en rue, on se faisait quasiment vomir dessus pour être assis à la table du PS", assure un baron centriste.

Bref, Lutgen fait ses comptes, les sondages sont mauvais, s’il veut tirer son épingle du jeu et sauver les meubles qu’il reste à sauver, il doit se résoudre à planter un couteau dans le dos de son partenaire socialiste.

Et ce n’est pas une chose qu’on fait de gaieté de cœur quand on est un honnête Ardennais. "L’affaire Mayeur/Peraïta est l’affaire de trop", raconte d’ailleurs Benoît Lutgen la semaine dernière à un libéral croisé dans les couloirs du Parlement. "C’est la goutte d’eau qui fait déborder notre vase, si on laisse faire cela, on va crever."

"On a testé les liens PS/cdH"

Un autre libéral (qui ne porte pas Lutgen dans son cœur et inversement) note: "On a remarqué un changement d’attitude progressif du cdH à notre encontre, ils sont devenus conciliants avec nous et durs avec les socialistes." Ainsi, Lutgen et ses troupes vont-ils jusqu’à défendre l’extension de la garde à vue à 72 heures en cas d’infraction terroriste, un projet du gouvernement fédéral que le cdH est censé haïr… "On a testé la solidité des liens PS/cdH avec ce truc", sourit encore un patron de la maison bleue.

Et les liens ont cédé. Les cordes sont tranchées entre autres par un Maxime Prévot qui – sans relâche pousse Lutgen à quitter le PS. Lutgen himself ne se fait pas prier. S’il a de bons rapports avec Elio Di Rupo, avec le dauphin Paul Magnette, en revanche, c’est nettement plus difficile.

Bref, Lutgen dégaine le GSM, une fois l’affaire entendue en interne.

Et il appelle.

Il assure avoir tenté de joindre le patron de DéFI le week-end dernier mais ne pas y être parvenu. (Notez: Maingain, dans un avion sur le retour du Canada, ne confirme ni n’infirme cette version). Ce lundi, en revanche, Lutgen prend soin de prévenir d’abord Elio Di Rupo dans la matinée. C’est la consternation qui domine chez un Di Rupo qui n’avait pas besoin de ça pour le plomber davantage. Le président annonce la nouvelle en plein bureau politique, boulevard de l’Empereur. Les socialistes sont assommés, hagards. "On se prend un coup de couteau de la part d’un parti qui perd les élections systématiquement depuis 1996", s’offusque un socialiste. "Mais cela va peut-être resserrer nos rangs." Peut-être.

Maxime Prévot se charge de prévenir son collègue de gouvernement Magnette par SMS. Et puis tout début d’après-midi, Lutgen appelle Olivier Chastel pour tenir ce langage: "Nous ne souhaitons plus gouverner avec le Parti socialiste et je vais lancer un appel aux autres partis, MR, DéFI, Ecolo, pour ouvrir des discussions." Chastel, d’habitude prolixe, en reste baba. Cela fait trois ans que le cdH ne cesse de critiquer son parti. "On aurait pu croire à un canular téléphonique", s’amuse un libéral. Mais non. Le cdH n’a formalisé aucun accord préalable avec les libéraux, assure-t-on des deux côtés. Pas d’assurance-vie pour les ex-PSC? Les libéraux assurent sur tous les tons qu’il n’y a pas eu d’entente et – faute de preuve du contraire, à ce stade – on est forcé de les croire.

Et Lutgen poursuit sa tournée en appelant la coprésidente des verts Zakia Khattabi. Elle est devant son téléviseur et attend (justement) la déclaration que va faire Lutgen depuis le siège de son parti rue des Deux Églises. Et il lui fait part de la décision de son parti d’évincer le Parti socialiste des entités fédérées.

Et puis il entre en salle de presse pour lâcher sa bombe.

Il est 13h35.

La messe est dite.

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