analyse

S'il est viré, le PS ne pourra guère profiter de l'opposition

Paul Magnette et certains de ses ministres, Christophe Lacroix par exemple, n'auraient-ils pas crispé le "partenaire" s'interrogent certains camarades... ©BELGA

C’est la crise dans la crise pour le PS. Sonné par les affaires, il se fait larguer par son partenaire. Seule éclaircie potentielle à l’horizon: les communales.

Difficile de le nier. Le coup est dur. Voilà le partenaire de toujours – le cdH n’était-il pas "scotché" au PS?, déploraient depuis belle lurette les déçus de ce mariage rouge-orange – qui claque la porte et annonce urbi et orbi ne plus vouloir gouverner avec les socialistes. Et ce quasiment sans coup de semonce.

Une "trahison", a réagi le boulevard de l’Empereur, haut lieu du commandement socialiste à Bruxelles, trois heures après que Benoît Lutgen a ébranlé tous les équilibres en place dans le petit monde politique francophone. Pour Elio Di Rupo, pas de doute, il n’y a dans tout ceci qu’une "manœuvre politicienne", invitant "tout un chacun à ne pas être dupe". "A l’heure où le PS se positionne clairement en faveur du décumul, le cdH a manifestement pris peur." Et, au lieu de prendre le taureau par les cornes comme l’a fait le PS, le cdH "a manifestement choisi de déserter". Courage, fuyons, en somme.

N’empêche, le coup est dur. Parce que si MR, DéFI et Ecolo saisissent la main tendue par les humanistes, eh bien, le PS se retrouve tout nu, dehors. "Il n’est pas certain que des majorités sans le PS se construisent, temporise Jean-Benoit Pilet, professeur de sciences politiques à l’ULB. On ne peut pas dire que la réaction des autres partis est résolument enthousiaste." Mais, mettons. Un peu de politique-fiction: le parti socialiste est bouté dehors. En Wallonie. à Bruxelles. Et à la Fédération Wallonie-Bruxelles. Est-ce une catastrophe ou, au contraire, l’occasion de se ressaisir? Parce que le parti est déjà dans les cordes, miné par les affaires à répétition, avec à sa tête un président affaibli et pas toujours audible.

"La fin du monde!"

"Pour le PS, c’est la fin du monde! glisse cet observateur. C’est un parti de pouvoir. Qui pouvait toujours espérer se refaire une santé d’ici 2019, avec un MR relativement isolé du côté francophone." Et si une nouvelle majorité sans le PS se met en place en 2019 aux étages régionaux et communautaire, il sera relativement aisé pour ses membres de la reconduire, la "transgression" étant déjà actée.

Ne minimisons pas, confirme Jean-Benoit Pilet. "C’est une crise très importante pour ce parti, dont le cœur bat davantage au sein des organes de l’État que dans la société civile." Une crise comparable à celle de l’ancien CVP en 1999. "Deux possibilités: soit il parvient à revenir le plus vite possible au pouvoir, comme l’a fait le CD&V en 2004, soit il doit se renouveler de fond en comble. Un processus long, difficile, sacrifiant presque toute une génération."

La partie sera d’autant plus ardue à jouer, souligne Pascal Delwit, que le PS ne pourra en aucun cas faire valoir son jeu d’opposition d’ici la fin de la législature. "Jusqu’en 2019, il ne bénéficiera pas de la liberté de parole et d’action d’un parti d’opposition", insiste le politologue (ULB). Parce qu’on ne peut incarner le pouvoir et, le jour d’après, porter beau, en arborant fièrement la cape de l’opposition. Di Rupo en a fait l’amère expérience durant son long hiver politique de 2014. "Cela ajoute de la crise à la crise."

La seule perspective d’embellie, pour les rouges, ce sont les communales de 2018. Qui offrent cette potentielle planche de salut. "Les citoyens y votent aussi en suivant des considérations locales, indique Pascal Delwit. Un phénomène important dans l’histoire du PS. Si le scrutin local est bon, ou pas aussi mauvais que redouté, cela peut être un élément de rebond." Suffisant? "En tant que tel, non, mais cela peut en être une pièce. À charge des dirigeants du PS de remettre le parti sur les rails."

Si la répudiation, par le cdH, est indiscutablement un sale coup, elle peut servir d’opportunité de redéploiement. "D’autant plus que toute l’énergie pourra être consacrée à redevenir un acteur collectif, à recoller avec le terrain, puisque de toute façon, le PS sera inaudible comme force d’opposition."

Magnette critiqué

Une question, encore, pour la route. Pour ce faire, Elio Di Rupo sera-t-il l’homme de la situation? Sachant que sa position est déjà délicate – vacillante, diront certains? "Il a encore une toute petite carte à jouer, en tentant d’empêcher la formation de majorités sans le PS", doute Jean-Benoit Pilet.

Et si ça casse? Difficile à prédire, juge Pascal Delwit, d’autant plus qu’aucun "sauveur providentiel" ne s’annonce vraiment à l’horizon. "Tout dépendra de la façon dont il prend les choses en main." Et sur ce terrain, s’il compte des détracteurs, l’empereur socialiste dispose encore de partisans. "Lors du bureau de parti de ce matin, à aucun moment, Elio Di Rupo n’a été critiqué", pose ce socialiste wallon. Ce qui ne serait pas le cas de… Paul Magnette. "Bien sûr, personne n’est dans le déni, tout le monde sait bien que le PS paie le lourd tribut des affaires, des Moreau, Mayeur, Peraïta et autres André Gilles. Mais certains camarades ont mis en cause l’attitude de Paul Magnette, et la façon dont certaines sorties ont pu crisper le partenaire humaniste. Qu’il s’agisse des siennes, ou de celles de ministres, comme Christophe Lacroix. Aujourd’hui, Elio Di Rupo a montré qu’il était encore le patron. Et qu’il en avait déjà vu d’autres."

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