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Vers une histoire sans fin?

Plus de 420 jours après avoir voté, PS et N-VA négocient. Avec cette impression d'un retour à la case départ. Il faut urgemment changer les choses pour éviter cette paralysie récurrente de notre pays.

"Do you ever have déjà-vu, Mrs Lancaster?" En Belgique, on a tous un Bill Murray qui sommeille en nous. Dans le film "Un jour sans fin", l’acteur américain est condamné à vivre quotidiennement la même journée, subissant les mêmes conversations, réagissant aux mêmes événements, avec les mêmes personnes. Si vous revenez de vacances ce samedi et que vous vous posez la question: "Alors ce gouvernement?" Pas de panique: rien n’a changé, ça négocie. Sauf que… Sauf que cette fois, ce sont Paul Magnette et Bart De Wever, les quarterbacks des deux plus grosses formations du pays, qui se sont lancés sur le terrain. Une percée dans ce jour sans fin? Oui et non. Oui, par la personnalité des acteurs en présence. Non, parce que l’axe PS/N-VA a été tenté à plusieurs reprises et ce, dès que les coalitions régionales ont été mises en place. Retour donc à la case départ, celle sortie des urnes il y a plus de 400 jours.

Sauf que… (encore une fois), sauf que dans cette grande boucle, nos institutions ont perdu des plumes. Alors qu’en mars, la crise sanitaire garrottait le pays, le PS a préféré un gouvernement assorti d’un système bancal de pouvoirs spéciaux et soutenu à distance par sept belles-mères particratiques. Le parlement a aussi connu son cirque législatif sur l’IVG, une minorité prenant en otage le Conseil d'État pour postposer un texte pourtant mûri de longue date. Même le Palais doit user de subtiles circonvolutions pour reprendre la main sur les négociations alors que la Constitution le lui interdit tant qu’un gouvernement est en place. Tout ceci parce que les partis sont tétanisés devant deux voies antagonistes: l’urgence de la situation et la perspective d’un retour aux urnes.

Il y a une double urgence. Celle d’une réforme de l’État. Mais aussi, dans la foulée, celle d’une réforme de notre processus électoral qui rend depuis plusieurs années notre pays ingérable.

Il y a donc une double urgence. Celle d’une réforme de l’État. Mais aussi, dans la foulée, celle d’une réforme de notre processus électoral qui rend depuis plusieurs années notre pays ingérable. Des formules existent: dans nos pages, le politologue Vincent Laborderie évoquait une formule à deux tours comme aux municipales française où, lors du second tour, les coalitions sont déjà présentées aux électeurs. Le week-end dernier, l’économiste Geert Noels et l’historien Philippe Destatte reprenaient l’exemple suisse, où le Conseil fédéral est élu par le Parlement. Nous n’oserons aborder l’idée d’un dédoublement linguistique des casquettes ministérielles prônée par Jan Jambon...

Bref, l’agenda des négociateurs du moment est bien rempli: du bourbier sanitaire et économique actuel à son avenir institutionnel. À la demande de Bill Murray, la tenancière de l’hôtel lui répond: "Je peux aller voir en cuisine…" Eh bien espérons que les marmites chauffent et que Paul Magnette et Bart De Wever nous mitonnent une recette créative. Sinon, on devra couper les fourneaux et retourner aux urnes. Une histoire sans fin qui risque de finir plus mal qu’à Hollywood.

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