interview davos

"Internet ne peut plus être un espace de propagation du radicalisme"

"‘Impôt sur le capital’, ‘impôt sur la richesse’, ce sont des slogans.Et on n’a jamais créé un emploi avec des slogans". ©Thierry du Bois

Le Premier ministre participe au sommet de Davos où il va, entre autres, rencontrer le CEO de l’Américain Google. "Les géants de l’Internet doivent participer à l’effort: le web ne peut rester un libre espace pour le recrutement des terroristes".

Promo boy. Le Premier ministre Charles Michel prend part, trois jours durant, au forum économique mondial, où il doit rencontrer une pléthore de dirigeants de grandes multinationales et d’autres chefs de gouvernement, pour y vendre les atouts de la Belgique. Cap sur Davos.

Quel message se trouve dans vos valises à l’occasion du sommet de Davos auquel vous participez pour la première fois en tant que Premier ministre?

Le message principal, c’est bien sûr l’appel aux investisseurs à venir en Belgique. On est un pays situé au cœur de l’Europe, avec des atouts et du talent. Je vais vanter toutes les qualités de la Belgique aux investisseurs potentiels, afin de soutenir l’économie belge et la création d’emplois. C’est très simple.

Et quelles sont les qualités de la Belgique que vous allez mettre en avant?

D’abord, notre remarquable localisation au cœur de l’Europe, notre réseau d’universités et de hautes écoles très performant. On a aussi une main-d’œuvre qui est reconnue pour sa productivité. Mais, surtout, on a maintenant un gouvernement qui est engagé sur la voie des réformes structurelles pour assouplir le marché du travail et soutenir la création d’activités. Enfin, on a également un régime fiscal qui est attractif pour les chercheurs et pour les brevets.

Le message de votre prédécesseur Elio Di Rupo était: la Belgique est redevenue un pays stable. Allez-vous enfoncer même clou?

La situation est aujourd’hui complètement différente: il n’y a plus personne qui doute que nous sommes un pays stable, nous avons formé un gouvernement en un temps record, avec comme priorité de mettre en œuvre des réformes d’ordre socio-économique, plus de débat institutionnel.

Je pense que les pays étrangers ont bien pu constater aujourd’hui que la Belgique est engagée sur la courageuse voie des réformes. Je reçois un feed-back très positif à l’étranger et j’ai bien l’intention d’expliquer cela encore et encore à Davos.

Mais c’est quand même une sacrée épine dans le pied que de devoir également dire que le budget de la Belgique pose encore problème et excédera les 3% du PIB de déficit et qu’en outre, on a un endettement supérieur à 100% du PIB. C’est quand même un handicap pour la crédibilité internationale du pays, ça!

Mais mon message est très clair: on essaye en Belgique d’appliquer des réformes structurelles, c’est par exemple ce que nous faisons en terme de pensions, et pour cela on doit créer de l’emploi. Parallèlement, on travaille aussi sur la réduction du déficit public via des coupes dans les dépenses publiques. On assainit les finances publiques.

Alors, c’est clair que ce n’est pas facile, on ne va pas raconter d’histoires, on va d’ailleurs avoir un contrôle budgétaire prochainement. Mais on va tenir nos engagements européens au niveau fédéral, c’est clair.

Pour ce qui concerne les Régions, on va régler cela dans le cadre du comité de concertation. On va essayer de faire cela sans tension ni polémique mais il est clair que chacun doit fournir son effort.

Il y a un mécanisme fiscal qui est sujet à caution, entre autres, de la part des partis de gauche et du centre: les intérêts notionnels. Allez-vous quand même en faire la promotion à Davos?

Oui, et ceux qui voulaient supprimer ce mécanisme, je leur dis que c’est insensé et absurde. C’est un mécanisme qui soutient le capital à risque et donc le développement de l’investissement en Belgique. Ce mécanisme amène beaucoup d’emplois directs et indirects en Belgique: des secteurs entiers comme la chimie ou la pharmacie l’utilisent. Donc, qu’il y ait une réflexion sur plus de coordination fiscale au niveau européen, ce serait une bonne chose, mais je ne vais pas aller mettre en péril un mécanisme qui est bénéfique pour la Belgique. Tant qu’il n’y a pas une volonté de tous les Etats européens de s’inscrire dans une coordination fiscale, ce serait très négatif de toucher à cela.

Avec le tax-shift qui se profile, vous aller devoir taxer la richesse et le capital d’une manière ou d’une autre: vous allez aussi en parler à Davos?

En 2015, on fait 100% de la remise en ordre de nos finances publiques sur la réduction des dépenses publiques. Ensuite, c’est vrai qu’on veut diminuer les charges sur le travail pour doper l’emploi. Dans ce cadre-là, on va regarder la distinction entre la spéculation et l’investissement. La spéculation, ce n’est pas sain pour l’économie réelle, on va travailler là-dessus. Alors quand j’entends ‘impôt sur le capital’, ‘impôt sur la richesse’, je dis: ce sont des slogans. Et avec des slogans, on n’a jamais créé un emploi.

Vous allez rencontrer le CEO de AB InBev, Carlos Brito. Ab InBev a fait la "une" il y a quelques semaines avec des rulings fiscaux controversés. Qu’allez-vous dire à Carlos Brito?

Que le débat sur le renforcement de la coordination fiscale est sur la table des leaders européens. Le manque de coordination à ce niveau-là ouvre des brèches et permet aux multinationales de s’y engouffrer et de profiter de conditions avantageuses à certains endroits. La Commission Juncker a la volonté politique de traiter ce problème de la coordination fiscale. Je n’ai absolument aucun tabou dans les contacts que je vais avoir à Davos avec les chefs d’entreprise.

Vous dites "pas de tabou". Vous allez rencontrer les patrons de Google, allez-vous leur signifier que Google doit faire plus dans la lutte contre le terrorisme?

Evidemment! C’est un des points clés de mon passage à Davos. En quelques années, Internet s’est développé comme un espace public qui est trop peu encadré et surveillé, en tout cas dans la dimension terrorisme et radicalisme. On va vraiment défendre ce point de vue-là auprès des quelques grands acteurs du monde de l’Internet.

Qu’ils participent à l’effort pour rendre Internet plus respectueux des valeurs fondamentales. Internet ne peut plus être un espace de propagation du radicalisme.

Et qu’est ce que ça pourrait être concrètement?

On a, il y a quelques années, déjà pu avancer sur la lutte contre la pédopornographie sur internet, on doit avancer sur le radicalisme de la même manière. Les nouvelles formes de terrorisme utilisent l’Internet, on doit bien comprendre aujourd’hui qu’une cellule terroriste peut se mettre en place via Internet, même plus besoin de se rencontrer en rue, les acteurs économiques doivent bien s’en rendre compte. Maintenant, en matière de cybersécurité, on ne va pas tout faire du jour au lendemain, c’est clair que ça va prendre un peu de temps. Mais on ne peut plus tergiverser.

Quels autres responsables comptez-vous voir lors du sommet?

Je vais particulièrement m’attarder sur le secteur automobile, un secteur qui est très important pour la Belgique. Je vais donc rencontrer les patrons de Audi et de Volvo. Il est important que je les voie pour discuter avec eux des besoins stratégiques de ces groupes, et plaider pour qu’ils investissent toujours plus dans notre pays. C’est clair aussi que, avec notre engagement gouvernemental à réduire le handicap salarial, c’est un point très important, un signal qui est donné au niveau des coûts du travail.

La nouvelle Audi A1 va continuer à être construite en Belgique, par exemple, c’est une bonne nouvelle. Je vais donc aller défendre les avantages de la Belgique.

Le ministre-président flamand et vous-même serez à Davos, pas le ministre-président wallon Paul Magnette. Qu’en pensez-vous?

Je ne vais pas m’exprimer sur les choix des uns et des autres, moi je serai à Davos pour défendre l’ensemble du pays.

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