L'Allemagne a proscrit les déficits pour 2016

Angela Merkel: le début du processus d'assainissement débutera dès 2011.

Après quelques hésitations, le gouvernement a dû se résoudre à laisser filer le déficit en 2009 et en 2010 à cause de l’ampleur de la crise. Mais dans quelques années, tout dérapage sera interdit.

Un déficit public à 5,5% du Produit intérieur brut! Théo Waigel, l’ancien ministre des Finances d’Helmut Kohl pendant plus d’une décennie, a sans doute dû se pincer en entendant la nouvelle. Waigel, qui avait négocié avec une rare intransigeance le Pacte de stabilité et de croissance devant empêcher les dérapages budgétaires dans la future zone euro, n’aurait sans doute jamais imaginé un jour voir un gouvernement allemand – qui plus est de droite – signer un budget à ce point dans le rouge…

Mais la crise est passée par là. Et pas n’importe laquelle: "la plus profonde crise financière et économique de l'après-guerre", comme l’a expliqué le ministre des Finances Wolfgang Schäuble en détaillant ses options budgétaires pour 2010. Un budget dont l'élaboration et le vote par le parlement ont été retardés en raison des élections législatives de l'automne dernier, qui ont débouché sur la formation d’une coalition entre les chrétiens-démocrates (CDU) et les libéraux (FDP).

Efforts d’assainissement

En 2009, Berlin avait presque réussi à limiter la casse, avec "seulement" 3,2% de déficit, alors que la première économie européenne accusait une incroyable récession de 5%. Quant au budget de 2008, il était encore en équilibre, conséquence de l’important effort d’assainissement mené au cours des années qui ont précédé la crise. Un lointain souvenir…

Le gouvernement mise cette année sur une reprise de 1,4%, grâce essentiellement aux exportations qui repartent en raison de la demande mondiale. Il espère aussi encourager les ménages à consommer davantage grâce à ses allégements fiscaux. À ce rythme, l'Allemagne ne retrouvera toutefois son PIB de 2008 qu'en 2013. L’équipe en place prévoit le début du processus d’assainissement en 2011 et cible un retour dans les clous du Pacte de stabilité d'ici 2013.

Des réticences

D’abord réticent, le gouvernement précédent s’était résigné à laisser filer les déficits à court terme, afin d’éviter une explosion du chômage et pour soutenir la timide reprise qui a vu le jour fin de l’année dernière. Après quelques hésitations, il avait engagé début 2009 un plan de relance massif de l'ordre de 3% du PIB en vue de soutenir à la fois l'investissement et la consommation. Quelque 50 milliards d’euros de dispositions fiscales (primes pour les familles, baisses d’impôt, primes à la casse..) et de dépenses d’infrastructures ont été engagés. Le chômage à temps partiel a également été utilisé pour éviter les licenciements. Fin 2008, c’est un plan de près de 500 milliards qui avait été mis sur pied pour stabiliser les marchés financiers. L’autre raison –sinon, la principale – de l’ampleur du déficit, c’est bien sûr la contraction des recettes et la hausse des dépenses provoquées par la crise. Le gouvernement a laissé jouer les stabilisateurs automatiques.

Conséquence de l’explosion du déficit, le ratio de la dette au PIB a connu une hausse brutale.En 2011, il sera quasiment à 80%. Mais est-ce si grave? Pour l’OCDE, pas tant que cela. Même si elle a souffert de l’effondrement des échanges internationaux, "l’Allemagne n’a pas eu à faire face à des déséquilibres majeurs des bilans des ménages ou des entreprises, ni à des bulles immobilières". Malgré leur ampleur, les déficits publics allemands sont par ailleurs moins importants que dans beaucoup d’autres grandes économies, grâce à une situation de départ plus avantageuse.

Mauvais exemple

Berlin risque d’autant moins de suivre l’exemple français – une incapacité chronique à diminuer les déficits – qu’une nouvelle et contraignante règle budgétaire est désormais inscrite dans la Constitution. Selon une loi adoptée en juin, le déficit du gouvernement fédéral ne pourra plus dépasser 0,35% du PIB à partir de 2016. Et à partir de 2020, les déficits dans les Länder seront tout simplement proscrits!

En cherchant à dépasser les contraintes du Pacte de Stabilité, Berlin s’est engagé au-delà des principes classiques de politique budgétaire. Une façon très contraignante de montrer l’exemple, mais qui, pour l’OCDE, n’est pas totalement sans risque dans la mesure où le pays doit faire face à d’autres défis, comme le vieillissement de la population ou le renouvellement de sa compétitivité.

Selon la Commission européenne, les prochains résultats budgétaires pourraient d’ailleurs se révéler moins bons que prévu compte tenu de l’absence de mesures spécifiques d’assainissement après 2010 et de la nécessité de concilier l’austérité avec la possible mise en œuvre des réductions d’impôts annoncées. Il faudra sans doute remettre l’ouvrage sur le métier..

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