"Entre la démocratie et l'euro, je choisis la démocratie"

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Interview de Zoé Konstantopoulou, présidente du Parlement grec.

À 38 ans, Zoé Konstantopoulou est la plus jeune présidente de l’histoire du Parlement grec. Avocate ayant fait de brillantes études en Grèce, en France et aux Etats-Unis, elle exerce son métier pendant plusieurs années avant de retrouver sa première passion, la politique, sur l’invitation de son ami et client, Alexis Tsipras. Son éloquence et son intelligence font qu’elle s’impose avec facilité. Après la victoire du Syriza en janvier dernier et son élection au perchoir, elle dirige le Parlement d’une main de fer. Cela lui vaut les critiques virulentes de l’opposition et une visibilité médiatique encore plus grande. L’accord du 13 juillet entre la Grèce et ses créanciers européens sera pour elle le début de la rupture avec Alexis Tsipras. Elle se présente aux élections de ce dimanche avec Unité Populaire, le parti fondé par les frondeurs du Syriza.

"L’accord passé par Alexis Tsipras le 13 juillet est une double trahison de la volonté populaire."

"Unité populaire est là pour raviver la flamme de l’espoir. Ils veulent convaincre le peuple qu’il n’y a pas d’autre alternative. Nous sommes ici pour que cela n’arrive pas."

Pourquoi avez-vous quitté Syriza pour rejoindre Unité Populaire?
L’accord passé par Alexis Tsipras le 13 juillet, et validé par une procédure express par le Parlement ensuite, est une double trahison de la volonté populaire. À peine quelques jours auparavant, lors du référendum du 5 juillet, le peuple grec a réitéré sa volonté d’en finir avec l’austérité malgré les chantages et les ultimatums des créanciers à son encontre. Cela s’est fait de manière encore plus nette que lors des législatives du 25 janvier, où, déjà, le peuple avait voté pour mettre fin à l’austérité.

Unité Populaire se présente aujourd’hui avec le programme électoral qu’avait le Syriza pour les législatives de janvier, tout un symbole… Mais quelles erreurs ont été commises pour en arriver là?
On a tous fait l’erreur de trop croire en Alexis Tsipras… Le dilemme devant lequel il se trouvait le 12 juillet était très difficile mais c’était une chose pour laquelle tant le parti que son Premier ministre auraient dû être prêts. Le peuple l’était. De nombreuses voix dans le parti avaient prévenu qu’on en arriverait là. C’était prévisible et probable même. J’ai fait toute une série d’actions pour qu’on soit prêts à nous défendre.

C’est-à-dire?
La mise en place de la commission d’audit de la dette, de la commission pour revendiquer les réparations allemandes concernant la Seconde Guerre mondiale ainsi que toute une série d’autres choses qui auraient dû être nos principaux outils de négociation. Le choix d’Alexis Tsipras et de son équipe de ne pas les utiliser reste pour moi incompréhensible.

Vous faites partie de ceux, très nombreux en Grèce, qui ont dénoncé la pression des créanciers européens sur Alexis Tsipras la qualifiant même de "coup d’état".
Absolument. On a demandé au Premier ministre du pays, qui venait de recevoir à l’issue d’un référendum un mandat très clair, un accord et des mesures encore plus dures pour la société hellénique que celles que le peuple avait rejeté. Pour faire monter la pression, les gouvernements européens menaçaient le pays d’une sortie de la zone euro et d’une faillite désordonnée! Ils avaient même parlé d’un "plan d’aide" qui serait mis en place pour faire face à la grave crise humanitaire que la faillite aurait provoquée… Comment de telles menaces peuvent-elles être proférées au sein de l’Union européenne et dans le respect du cadre démocratique?

Croyez-vous aujourd’hui, et étant donné le contexte actuel, que la Grèce doit rester dans l’UE?
Absolument. Mais il faut aussi revendiquer la nécessité pour l’UE d’arrêter la perpétuelle violation de ses principes fondateurs. À chaque occasion, il est impératif de dénoncer son fonctionnement totalitaire au niveau économique. Et de rappeler que l’Union a surtout été créée pour resserrer les liens entre les peuples européens.

Dans la situation que vous décrivez, est-il réellement souhaitable pour la Grèce d’appartenir à la zone euro?
Je fais partie de ceux qui considèrent que la démocratie est plus importante que tout choix monétaire. L’accord prévoit non seulement la validation par le Parlement de textes de lois à des dates précises: il ne peut même pas les étudier ou les modifier en amont. De plus, tout nouveau projet de loi doit recevoir l’aval de nos créanciers. Le dilemme posé c’est bel et bien "La démocratie ou l’euro?". Mais la seule réponse à ce dilemme, c’est "la démocratie".

Quel est le but d’Unité Populaire lors des élections du 20 septembre?
Nous devons raviver la flamme de l’espoir. Ils veulent convaincre le peuple qu’il n’y a pas d’autre alternative. Nous sommes ici pour que cela n’arrive pas.

Après les élections, nous continuerons à forger des alliances de plus en plus larges pour ressouder autour de nous le front social et populaire qui a mené Syriza au pouvoir.

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