portrait

Evangelos Meimarakis, celui qui se mesure à Alexis Tsipras

Et si le prochain Premier ministre grec n’était pas un jeune de gauche mais plutôt un vieux routier de la droite? Pour Evangelos (Vangelis) Meimarakis, le nouveau leader (par intérim) de Nouvelle Démocratie, le grand parti traditionnel de la droite grecque, le fait que la question se pose est déjà une grande victoire.

Tout commence le soir du 5 juillet, après l’annonce du triomphe du "Non" au référendum. Antonis Samaras, l’ex-Premier ministre et chef du parti démissionne et nomme ce grand Crétois de 1,92 mètre leader provisoire à la tête de ce dernier.

Mais "Vagelas" ("le grand Evangelos" en grec) comme l’appellent affectueusement les militants du parti a tout d’un leader et, apparemment, rien de provisoire. Grand habitué des médias au CV très étoffé – ayant déjà servi trois ans comme ministre de la Défense dans les années 2000 et comme président du Parlement grec de 2012 à 2014 – il saisit l’opportunité.

Là où son prédécesseur est à moins de 20% d’opinions favorables et a un discours qui polarise, Meimarakis choisit d’avoir un discours rassurant, unificateur, populaire et populiste.

Il accuse Alexis Tsipras d’être un "petit menteur et un petit voleur".

Dans sa bouche, le leader de la gauche Syriza Alexis Tsipras, n’est plus celui qui "veut changer l’appartenance géopolitique du pays à l’Ouest", comme l’accusait Samaras mais plutôt "un petit menteur et un petit voleur". Son style fait mouche.

Il lui faudra à peine 40 jours après sa prise de fonction pour que sa popularité dépasse celle de Tsipras dans un premier sondage. Depuis, la tendance s’est confirmée.

Évidemment, après plus de quarante ans de carrière politique au sein de Nouvelle Démocratie, "Vagelas" a lui aussi quelques cadavres dans ses placards. Alexis Tsipras l’accuse d’avoir été le chef des "Centaures", brigades de choc de la droite grecque qui ont défrayé la chronique dans les 1980 et 1990 en orchestrant des attaques violentes contre leurs équivalents de gauche et d’extrême gauche.

Droite décomplexée

Mais pour ce communicant hors pair, tout peut servir à asseoir sa popularité. Questionné par un journaliste sur le sujet il ne confirme, ni ne dément, l’information mais rebondit: "Je crois que cette rumeur est une bonne chose. L’autre jour, un homme d’une cinquantaine d’années est venu me dire: ‘Je votais Aube Dorée (le parti néonazi grec, NDLR), mais maintenant que Nouvelle Démocratie est dirigée par vous, un ancien des Centaures, je préfère voter pour vous’." La droite décomplexée dans toute sa splendeur…

Depuis le début de la campagne il essaie de convaincre les Grecs de la nécessité d’un gouvernement d’union nationale et propose même, quel que soit le vainqueur, de cogouverner avec le Syriza et ce sans mettre de conditions! Une manière de se montrer conciliant et loin de tout fanatisme marquant ainsi sa différence avec un Alexis Tsipras qui refuse, quoi qu’il arrive, de gouverner avec Nouvelle Démocratie. "Vagelas" a donc réussi en un peu plus de deux mois un tour de force incroyable: devenir l’homme politique le plus populaire du pays et ramener un parti moribond aux portes du pouvoir. Reste à savoir s’il veut réellement gagner les élections…

Sous couvert d’anonymat, certains cadres du parti évoquent l’idée d’une courte défaite lors des législatives du 20 septembre comme le scénario idéal: si tel est le cas ni lui, ni le parti n’auront à souffrir "de l’application du très mauvais accord signé par Tsipras"… Mais "Vagelas" est-il capable de perdre?

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