Comment les Grecs ont vécu cette semaine de tous les dangers

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Depuis l’annonce du référendum, il y a une semaine, le pays est comme divisé en deux. Dans la rue, entre amis, dans les cafés ou même dans les familles, les discussions sont vives et se transforment parfois en disputes.

Samedi 27 juin. Il est presque 1h du matin en Grèce. Dans une adresse extraordinaire à la nation, Alexis Tsipras crée la surprise et annonce la tenue d’un référendum sur ce qu’il appelle "l’offre-ultimatum des créanciers". Il dénonce ce "chantage anti-démocratique" et appelle le peuple à voter contre "cette proposition inacceptable". L’annonce fait l’effet d’une bombe, mais suscite aussi une joie démesurée au sein des militants du Syriza: au pied du mur, "Alexi" n’a pas plié!

À Ilion, banlieue défavorisée d’Athènes frappée de plein fouet par la crise depuis 5 ans, au siège de l’antenne locale du parti, les militants vont faire la fête jusqu’à 3 heures du matin, tout en se préparant mentalement à une semaine très dure.

Roula, cadre commerciale au chômage, a 55 ans dont 5 de militantisme au sein du parti… Quasiment euphorique depuis l’annonce, elle résume: "Ce sera très difficile, mais cette bataille mérite d’être menée. Alexi n’a jamais été aussi beau que ce soir!" Son sourire est large et ses yeux pétillent de joie.

À côté d’elle, le jeune Panos, étudiant en sciences politiques et membre des jeunesses du parti depuis bientôt trois ans, explique: "On l’attendait depuis un moment ce retour au peuple, tout autre choix aurait été suicidaire. Les offres des créanciers sont inacceptables".

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Dans cette journée du samedi, un par un, tous les partis du pays prennent position. Si l’annonce du Premier ministre grec a pris toute l’opposition par surprise, au final, le positionnement des partis n’est pas très surprenant: ceux qui ont toujours été contre les plans d’aide voteront "non", tandis que tous les partis qui ont soutenu les plans d’aide voteront "oui"…

Le clivage semble clair comme de l’eau de roche. Encore une fois, la société grecque est divisée en deux. À Athènes, tout le monde ne parle que du référendum: dans la rue, entre amis, dans les cafés ou dans les familles, les discussions sont vives et se transforment parfois en disputes. Par contre, tout le monde semble d’accord sur un point: la proposition des créanciers est tellement dure que le "non" est assuré de l’emporter…

Dimanche 28 juin. La journée commence fort: à Thessalonique, deuxième ville du pays, le très médiatique prélat local, le Métropolite Anthimos déclare, après la messe, qu’il votera "oui" lors du référendum. Chose rarissime, son annonce est accueillie par les quolibets et les cris d’une partie des fidèles. En tous les cas, il semble que la très puissante Église orthodoxe de Grèce sera du côté du "oui": cela risque de peser lourd sur l’issue du scrutin.

Le reste de la journée est marqué par des rumeurs insistantes d’une fermeture des banques et d’un contrôle des capitaux, tous deux instaurés à partir de lundi. Dans un premier temps, le gouvernement dément mais la rumeur persiste.

Partout dans le pays, des files d’attente commencent à se former devant les distributeurs automatiques, et ces images passent en boucle sur les télévisions du pays. Un vent de peur commence à souffler sur la Grèce.

Vers 23h, la fermeture des banques pour une semaine et le contrôle des capitaux se confirment. Un sondage réalisé pour "Efimerida ton Sydakton" entre le 27 et le 30 juin démontrera qu’entre dimanche soir et lundi matin, le camp du "non" a perdu 11%… Si le "oui" l’emporte, l’annonce de fermeture des banques restera comme le moment où tout a basculé.

Lundi 29 juin. Les banques sont fermées; les files devant les distributeurs sont longues: beaucoup de Grecs courent chercher les 60 euros par compte bancaire auxquels ils ont désormais droit. Heureusement pour le tourisme, les retraits avec des cartes de banques étrangères ne sont pas limités.

Sur le front de la communication, les soutiens des deux camps se précisent: un collectif de plus de 300 universitaires se déclare en faveur du "non". Le SEV, Associations des Industriels Grecs, se positionne en faveur du "oui".

"Voter ‘non’ serait une erreur historique."
Mélina
Conseillère en communication

Comme pour souder ses troupes, le camp du "non" organise sa première grande manifestation le soir même, sur la place Sydagma au centre d’Athènes. La foule est dense et les manifestants très combatifs, convaincus de la justesse de leur cause. Beaucoup, évidemment, sont des électeurs du Syriza, mais on y trouve aussi beaucoup de gens qui, au-delà de leur appartenance politique, croient à la nécessite de clamer leur refus des politiques d’austérité…

Mardi 30 Juin. Des rumeurs d’annulation du référendum accentuent l’incertitude ambiante. Le soir, c’est au tour des partisans du "oui" de manifester place Sydagma. La foule est dense comme la veille, et malgré la pluie, les manifestants resteront sur place pendant des heures.

Parmi les manifestants, il y a Mélina, 33 ans et conseillère en communication auprès du maire d’Athènes. Elle est là car "dire oui ce dimanche est nécessaire pour sauver le pays et rester dans la zone euro". Pro-européenne convaincue, elle estime que "voter non serait une erreur historique". Pourtant, comme elle l’admet avec regret, cette position ne fait pas l’unanimité dans la famille: ses deux frères, Européens convaincus eux aussi, vont voter non. "Ils considèrent que l’UE est en train de perdre son essence à cause de la fixation sur l’austérité. J’espère quand même les convaincre de voter ‘oui’ d’ici dimanche", dit-elle avec un sourire. Au même moment, interviewé sur la télé publique, Alexis Tsipras précise qu’il démissionnera en cas de victoire du "oui". Les enchères continuent de monter…

Mercredi 1er juillet. Un peu moins de 1.000 agences bancaires ouvrent leurs portes pour donner de l’argent aux retraités. Des images gênantes de personnes âgées se bousculant sous le soleil estival pour toucher un peu d’argent font le tour des médias grecs.

©Photo News

Alexis Tsipras s’adresse à la nation une nouvelle fois. Dans un discours très combatif, il appelle encore une fois à voter non. C’en est désormais fini des rumeurs d’annulation: le référendum aura bien lieu.

Jeudi 2 juillet. Des affiches de Wolfgang Schäuble sont désormais présentes aussi à travers Athènes. Le texte sur l’affiche est pour le moins provocant: "Ça fait 5 ans qu’il boit ton sang. Ce dimanche dis-lui ‘non’".

Des déclarations de Martin Schultz appelant à la chute de Tsipras et à un gouvernement de technocrates sont perçues par le camp du non comme la preuve du non-respect de la démocratie. Le camp du "oui" se fait discret sur la question.

Les cinq Premiers ministres qui ont précédé Alexis Tsipras font des déclarations solennelles en faveur du "oui". De manière improbable, les deux camps voient en cela une victoire! "Il y aura évidemment un impact sur le vote mais pas nécessairement celui qu’on croit, explique Séraphim Seferiades, professeur de sociologie politique à l’Université Panteion d’Athènes. Les Grecs ont démontré à tous les scrutins depuis le début de la crise leur aversion profonde pour l’ancien système politique qui a mené le pays à la crise. Il se peut bien que l’unanimité de l’ancien système en faveur du ‘oui’ ce dimanche crée un effet inverse en faveur du non’, surtout chez les indécis…"

Vendredi 3 juillet. Deux nouveaux sondages sont publiés dans la presse grecque. L’un donne le ‘non’ vainqueur avec 0,5% d’avance; l’autre donne le ‘oui’ en tête avec un écart de 1,4%. L’incertitude est absolue et la tension est à son comble. La journée doit se terminer avec deux manifestations au centre-ville, une pour chaque camp en présence. Ultimes démonstrations de force, ces manifestations auront lieu à quelques centaines de mètres l’une de l’autre. La peur d’incidents entre les deux camps est palpable à Athènes.

Dimanche soir, quand le résultat tombera, les vainqueurs crieront de joie, les perdants verseront des larmes. Bien malin qui peut prédire qui en sera le vainqueur. Mais une chose est sûre: lundi, le feuilleton grec continuera mais sur de nouvelles bases.

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