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Dix mots pour comprendre le sommet

©EPA

Cernons les enjeux de la crise en dix mots: humiliation, dysfonctionnement...

Assiste-t-on à un Grexit? Le mot est évidemment très présent en marge du sommet des chefs d'État et de gouvernement de la zone euro: de leurs délibérations dépend le sort de la Grèce dans l'Union monétaire. En attendant l'accouchement d'un indispensable accord, bien d'autres mots permettent de cerner les enjeux de cette crise.

1. DYSFONCTIONNEMENT
Les institutions qui représentent les créanciers de la Grèce (Commission, BCE, FMI) ont jugé que les réformes proposées par la Grèce constituaient une base suffisante pour ouvrir des négociations vers un accord. Mais au sein de l'Eurogroupe, certains pays, la Finlande et l'Allemagne notamment, ont décidé d'aller au-delà de cette recommandation technique, pour demander des mesures supplémentaires. Ce type d'opposition est très rare (mais on l'a déjà vu en 2003, lorsque l'Allemagne et la France ont réussi à contourner, avec l'aide de l'Italie, les recommandations de la Commission sur le dépassement de leurs trajectoires budgétaires). Pour un haut fonctionnaire européen, c'est un "dysfonctionnement de la procédure".

2. GREXIT
La question d'une sortie de la Grèce de la zone euro a formellement été mise sur la table par les ministres des Finances en une phrase: sans accord, "la Grèce devrait se voir offrir des négociations rapides sur une sortie temporaire de la zone euro".

3. LUXEMBOURG
L'autre question centrale de la discussion des chefs d'État et de gouvernement concerne la gestion des privatisations grecques. Lors de l'Eurogroupe, l'Allemagne a demandé qu'une société d'investissement de droit luxembourgeois gère les privatisations grecques. Il s'agit de l'Institution pour la Croissance, une entreprise qui travaille directement avec la Banque européenne d'investissement (BEI) mais qui est gérée par le gouvernement grec. Ce point est très sensible parce qu'il pose la question de la tutelle sur l'argent grec, un élément de souveraineté. Par ailleurs, le texte des ministres des Finances évoque la possibilité de monétiser 50 milliards d'euros d'actifs grecs via cette entreprise. "Nous considérons que ce n'est pas réaliste", indique un haut fonctionnaire européen.

4. ENVOLÉE
Le "non paper" des ministres des Finances montre l'envolée des besoins de financement de la Grèce. Avant le référendum du 5 juillet, Athènes avait besoin de 74 milliards d'euros. Le document sur lequel travaillent les leaders parle cette fois de "82 à 86" milliards - environ 10 milliards, donc, se sont envolés en quelques jours.

5. DELAI
Si les leaders donnent le départ d'une négociation, il faudra 2 à 4 semaines pour sceller l'éventuel accord.

6. BRIDGE
Dans l'intervalle, il faut que la Grèce puisse rembourser ses échéances de paiement à la Banque centrale européenne (BCE) et qu'elle renfloue son secteur bancaire. En tout, elle aurait besoin de 7 milliards d'euros pour le 20 juillet. Elle aura donc besoin d'un "bridge": un financement avant le bouclage d'un accord de financement de moyen-terme. Comment? La question devient pressante. Un haut responsable européen confesse: "Il n'y a à ce stade pas de solution pour ce problème. S'il y en a une, je ne la connais pas."

7. SIGNAL
Si un accord est trouvé cette nuit, il s'agira d'un signal politique important, mais en aucun cas du départ formel des négociations: c'est aux ministres des Finances de donner le top, et ils ne pourront le faire avant d'avoir le feu vert de plusieurs parlements nationaux. Avec un signal des chefs d'États et de gouvernement, le président de la Banque centrale européenne (BCE) Mario Draghi "pourrait se permettre de prendre les mesures nécessaires" pour maintenir le système bancaire grec à flots en attendant la concrétisation de l'aide, indique un diplomate.

8. RESTRUCTURATION
Sans préjuger de l'issue des discussions, il apparaît clair que si le Premier ministre grec s'en retourne à Athènes avec un accord de financement, il rapportera aussi dans ses bagages des mesures supplémentaires difficiles à vendre à son électorat. Une de ses demandes clés, outre le financement, est une restructuration de la dette grecque. Le document des ministres des Finances n'évoque cette possibilité qu'au détour de la phrase sur un éventuel Grexit: "une sortie temporaire de la zone euro, avec une possible restructuration de la dette". 

9. HUMILIATION
Outre ce point crucial, tous les éléments d'une humiliation en règle sont sur la table. On a déjà mentionné la possibilité de déposséder Athènes de ses actifs (voir "Luxembourg"), on peut aussi mentionner l'exigence qu'Athènes obtienne l'autorisation des institutions avant d'organiser  tout référendum sur une question "pertinente". 
L'humiliation passe aussi par les détails formulés: dans ce document de quatre pages, on va jusqu'à parler des jours d'ouverture des boulangeries... 

10. CONFIANCE
Ce qui précède est révélateur du grand absent autour de la table des discussions ces derniers jours: la confiance.

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