Publicité
Publicité
analyse

Du sang et des larmes pour 80 milliards de plus

©EPA

La voie vers un accord de refinancement de la Grèce est tracée. Après plus de 15 heures de débats, les leaders de la zone euro ont défini les conditions qui pourraient mener à un plan de financement de 82 à 86 milliards d'euros. Au prix de mesures de rigueur difficiles à porter pour le Premier ministre de gauche radicale Alexis Tsipras.

C'est peut-être la fin d'une crise majeure. Les leaders de la zone euro sont tombés d'accord sur la route à suivre en vue d'un accord de refinancement de la Grèce. Après plus de 15 heures de débats, les Dix-Neuf ont lancé le signal d'une volonté de maintenir à la Grèce dans la zone euro. C'est déjà beaucoup : au cours du week-end, les ministres des Finances avaient envoyé le signal d'une sortie possible de la Grèce de la zone euro - le terme de "sortie temporaire" de la Grèce figurait dans la contribution qu'ils avaient soumise aux chefs d'État et de gouvernement. Après de longues délibérations, les leaders ne l'ont pas gardé.

©EPA

Alexis Tsipras, qui a estimé avoir "livré jusqu'au bout un combat juste", s'en retourne à Athènes avec une montagne de travail à mettre en musique pour espérer obtenir son financement. À ce stade, et alors que la rupture de confiance a atteint des proportions d'une rare violence ces derniers jours, l'accord du jour est bien compris comme le premier pas d'un long travail de (re)construction de cette confiance: alors que les conditions ne sont pas encore réunies pour démarrer des négociations, le texte souligne que "le début des négociations ne prélude pas d'un possible accord" de finanacement. Le message des créanciers est clair: il y a encore loin de la coupe aux lèvres.

Mercredi, Athènes a demandé une facilité financière au Mécanisme européen de stabilité (MES), et les Dix-Huit ont pris note de l'estimation des besoins faite par la troïka: de 82 à 86 milliards d'euros sur trois ans. Alors qu'Athènes s'était déjà proposé de mettre en oeuvre le paquet de réformes sur lequel le peuple grec avait voté "non" lors du référendum du 5 juillet, Alexis Tsipras a accepté d'aller plus loin encore dans certaines réformes. Et il a dû céder sur des questions de principe, comme celle de l'implication du Fonds monétaire international dans ce troisième plan de financement.

La Grèce doit lancer une série d'actes législatifs très rapidement. L'augmentation de la TVA et la réforme de l'institut de statistiques (Elstat) doivent être actés pour ce mercredi, de même que l'introduction de "coupes quasi automatiques" dans les dépenses publiques en cas de déviation de l'objectif d'excédent budgétaire. Entre autres conditions, Athènes doit également lancer une "réforme ambitieuse" des pensions et une autre du marché des produit. 

La question des privatisations aura été l'un des points clés de la négociation, les autres membres de la zone euro demandant non seulement à la Grèce de renforcer le programme de privatisations, mais également de réserver les liquidités dégagées sur un fonds qui doit servir à rembourser les prêts. Le principe posait problème à Alexis Tsipras, on lui a finalement concédé qu'un quart de l'argent dégagé pourrait être consacré à des investissements. Le fonds en question devrait capter à terme jusqu'à 50 milliards d'euros - un montant considérable, alors que les institutions créancières évaluent à 7 milliards d'euros le potentiel des privatisations des grands actifs grecs. Ce "fonds indépendant" serait établi en Grèce - les ministres des Finances le voyaient au Luxembourg - mais il sera sous supervision des institutions européennes. 

Un autre point sur lequel les dirigeants de la zone euro ont buté au cours de ces heures, concerne les mesures prises par le gouvernement d'Alexis Tsipras depuis qu'il est au pouvoir sans le consentement de ses créanciers - engagements de fonctionnaires, réouverture de la radio-télévision publique ERT, etc. Athènes devra soit revenir dessus, soit adopter des mesures compensatoires pour les rendre budgétairement neutres. Cela ne concerne évidemment que les mesures qui seraient en contradiction avec les engagements pris par la Grèce et cela ne concernerait pas les mesures dites "humanitaires".

Comprendre le bras de fer entre Alexis Tsipras et l'Europe.

Dossier >

La question cruciale de la durabilité de la dette figure dans l'accord, c'est une petite victoire pour Alexis Tsipras (mais également pour Christine Lagarde, la patronne du FMI). Le texte envisage explicitement des rééchelonnements "si nécessaire" mais souligne que "des décotes nominales sur la dette ne peuvent pas être faites": il ne sera pas dit que le contribuable européen a perdu de l'argent en aidant la Grèce.

La Grèce a besoin de 7 milliards d'euros pour faire face à ses obligations de paiement pour le 20 juillet, or si les discussions suivent leur cours vers un accord de refinancement, le Mécanisme européen de stabilité ne pourra pas intervenir avant cette date. Des solutions de financement intermédiaire sont envisagées - notamment via le Mécanisme européen de stabilité financière -, elles doivent être validées par les ministres des Finances de la zone euro, qui se réunissent cet après-midi. Quant aux besoins de financement du secteur bancaire grec, la Banque centrale européenne devrait avoir suffisamment de garanties avec l'accord de ce lundi pour garantir le maintien à flots du secteur.

Reste à présent à Alexis Tsipras de faire accepter cet accord par son Parlement, et si possible par sa majorité politique.

Lire également

Publicité
Publicité
Publicité

Messages sponsorisés

Messages sponsorisés