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Eric Dor: "Les créanciers ont manqué de souplesse"

©RV DOC

Pour Eric Dor (Université catholique de Lille), les créanciers ont manqué de souplesse. Avoir bloqué sur les conditions de libération de quelques milliards nécessaires au refinancement de la Grèce en 2015 est absurde, dit-il, comparé à l’ampleur de ce qu’on risque pour les citoyens européens.

Ce n’est qu’en 2015 que la Grèce se heurte à un "repayments wall " supérieur à 20 milliards d’euros à cause de l’arrivée à échéance de prêts du FMI et de beaucoup d’obligations détenues par la BCE. Ensuite les dettes arrivant à maturité et à refinancer sont relativement réduites pendant de longues années. Et selon Eric Dor, le gouvernement grec avait déjà accepté des concessions substantielles par rapport à ses promesses électorales. " Il aurait fallu être pragmatique et accepter les propositions grecques " confie le directeur des études économiques de l’IESEG School of Management à Lille.

Bien sûr, ajoute-t-il, l’argument que ce programme avait une crédibilité et une cohérence incertaines, car il se basait trop sur des augmentations de recettes fiscales et pas assez sur des réductions de dépenses, avait une certaine pertinence pour un pays connu pour ses difficultés à collecter l’impôt.

Mais la contre-proposition des créanciers manquait également de cohérence économique et de crédibilité. Il est par exemple universellement connu que la propension marginale est consommer des bas revenus est très supérieure à ceux des hauts revenus. Préférer baisser des retraites déjà amoindries et de niveau bas, plutôt que d’augmenter les impôts sur les hauts revenus, est donc extrêmement récessif, dit-il.

"De la même manière, vouloir augmenter fortement la TVA sur la restauration pour un pays tellement dépendant du tourisme, en pleine saison, risquait de provoquer une récession du secteur. Il était donc très incertain également que les objectifs budgétaires auraient été atteints avec le plan des créanciers."

 

Que penser de la décision de la BCE? " La BCE se trouvait dans la situation qu’elle a toujours voulu éviter " dit Eric Dor. Finalement, la Banque centrale européenne a laissé dimanche le niveau de ses prêts d'urgence (ELA) en l'état. "Je pense que c'est une sage décision. La BCE a voulu rester neutre et ne pas décider à la place du politique."  La Grèce pourrait éventuellement gérer la situation avec des contrôles de capitaux. "Ceci en attendant que les négociations, qui vont devoir continuer, aboutissent à quelque chose".

Supprimer totalement les ELA ou fixer un plafond inférieur à leur niveau déjà atteint aurait été très difficile à gérer, dit-il. Cela impliquerait en effet que les banques grecques devraient rendre l'argent à la banque de Grèce. Comme elles ne pourraient pas emprunter ailleurs les ressources disponibles pour rendre cet argent, elles seraient évidemment menacées de faillite.

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