portrait

Euclide Tsakalotos succède à Varoufakis aux Finances. Même combat, approche plus "soft".

Le calme après la tempête

"La monnaie à elle seule n’est pas la base de la politique économique". Cette déclaration faite naguère par le nouveau ministre grec des Finances pourrait être emblématique de la tonalité nouvelle qui devrait caractériser les négociations futures entre Athènes et ses créanciers.

Car tout en énonçant une vérité économique à peu près incontestable, Euclide Tsakalotos n’hésite pas, l’air de rien, à désacraliser l’euro. Ce qu’il dit, en filigrane, c’est que l’abandon par la Grèce de l’euro, ce n’est pas forcément la fin du monde. Il assène toutefois cette vérité avec un flegme tout britannique qui contraste fortement avec l’impulsivité, voire l’agressivité, de son prédécesseur, Yanis Varoufakis.

C’est qu’un passage en faculté d’économie à Oxford et des années d’enseignement dans le Kent laissent des traces. Il est même marié à une économiste écossaise, Heather D. Gibson, qu’il a rencontrée durant ses études, et avec qui il a eu trois enfants.

Tsakalotos est totalement en phase avec l’approche économique du gouvernement Tsipras, qu’il qualifie de "keynésienne".

"Venant d’Angleterre, on me plaçait sur la droite de l’échiquier (politique grec, NDLR)", confiait récemment Tsakalotos, qui se sent profondément de gauche.

Reflet de cette ambivalence, une partie de la presse grecque le surnomme l’"aristo de gauche".

Une immersion bénéfique

Une chose est sûre: sa longue immersion au Royaume-Uni a déjà servi le député Syriza dans les semaines qui ont suivi sa nomination il y a deux mois comme principal représentant du gouvernement grec à la table des négociations avec les créanciers de la Grèce. Et elle devrait encore davantage servir à arrondir les angles maintenant qu’il a pris du galon. Rappelons au passage qu’il est natif de Rotterdam, ce qui ne laisse certainement pas insensible le président de l’Eurogroupe, Jeroen Dijsselbloem.

Eurosceptique?

Cela dit, Euclide Tsakalotos (55 ans) est tout sauf un technocrate. À la différence de Varoufakis, il est élu de la coalition de gauche actuellement au pouvoir en Grèce. Il soutient tout comme Varoufakis la stratégie économique du gouvernement dirigé par Alexis Tsipras. Et Tsakalotos n’est pas le dernier à défendre Varoufakis lorsque ce dernier est fragilisé – "Les plans pour marginaliser Varoufakis visent à marginaliser le gouvernement dans son ensemble", a-t-il déclaré un jour. Ce dernier le lui rend bien: lorsqu’on lui demanda si Euclide Tsakalotos serait susceptible de lui succéder, il a répondu: "Je l’espère".

Un passage en faculté d’économie à Oxford et des années d’enseignement dans le Kent laissent forcément des traces.

Certains commentateurs perçoivent Tsakalotos comme un marxiste, d’autres le voient plutôt comme un ex-marxiste, alors que lui-même décrit Syriza comme une coalition de gauche qui s’inscrit dans la mouvance "keynésienne", du nom de l’économiste britannique John Maynard Keynes, favorable aux dépenses publiques en période de récession à des fins de relance de la machine économique.

Certains observateurs perçoivent dans le discours de Tsakalotos une tonalité eurosceptique. "Si nous devons en permanence chercher à court terme l’argent pour rembourser le FMI ou la Banque centrale européenne, nous n’aurons jamais la possibilité de procéder aux réformes structurelles nécessaires. Nous avons déjà accepté des mesures que nous ne pensions pas forcément bonnes. Mais que faire de la dette?", a-t-il récemment expliqué lors d’une interview à "Libération". Comme s’il doutait de la possibilité de trouver une solution aux maux grecs dans le cadre de la zone euro, voire dans celui de l’Union européenne. Dans un récent livre, toutefois, il explique que l’euro est une bonne chose pour la Grèce et pour l’Europe, même si, ajoute-t-il, l’union monétaire est fortement fragilisée par l’absence de véritable union politique.

Bref, les lignes rouges du gouvernement Tsipras ne se sont pas déplacées comme par magie avec la nomination de Tsakalotos. En revanche, son arrivée devrait favoriser une dissipation de la méfiance qui empoisonne les relations entre le gouvernement grec, ceux des autres pays de la zone euro et les responsables du Fonds monétaire international. Ce rétablissement d’un certain degré de confiance devrait à son tour amener quelques concessions du côté des créanciers, de même que du côté du gouvernement Tsipras, fort de la victoire du "non". Peut-être dira-t-on un jour de Tsakalotos qu’il a sauvé l’euro. Même si "la monnaie à elle seule n’est pas la base de la politique économique".

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