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interview

"Grand risque de déception sur les marchés"

Bart Van Craeynest: "Il semble compliqué de voir la Grèce marquer son accord sur ces nouvelles conditions". ©Dieter Telemans

Que penser de la liste de conditions supplémentaires que la Grèce devrait remplir pour pouvoir négocier un nouveau plan d'aide? Et des répercussions de ces difficiles négociations? Bart Van Craeynest (Econopolis) nous répond.

À moins d'une solution miracle ce soir ou cette nuit, on devrait à nouveau voir une correction sur les marchés.

 

Bart Van Craeynest, chef économiste d'Econopolis, juge "très difficile" d'encore arriver à une solution pour la Grèce, compte tenu des derniers développements. Il ne croit pas à la piste d'un Grexit temporaire. Sauf miracle, il s'attend à une correction boursière lundi matin.

•L'euro cédait du terrain en début de séance en Asie lundi dans l'attente de la fin du sommet.

Que penser de la liste de conditions supplémentaires que la Grèce devrait remplir pour pouvoir négocier un nouveau plan d'aide?
C'est très sévère. Cette liste est très large: ça va de la TVA aux pensions en passant par les privatisations. Ce qui n'est pas clair, c'est la manière dont ces mesures sont censées ramener la Grèce vers la croissance. Or, c'est le point le plus important pour la Grèce si elle veut rester dans la zone euro: pour qu'elle retrouve des perspectives budgétaires et socio-politiques normales, il faut de la croissance. Dans chaque projet d'accord, l'accent devrait être placé sur des mesures poussant la Grèce vers une croissance plus durable. Or, ce n'est pas l'essentiel des propositions sur la table: elles sont surtout concentrées sur des éléments purement fiscaux et budgétaires.

Pensez-vous qu'une solution reste possible?
C'est très difficile. Sur le plan économique, il me semble qu'on ne voit pas vraiment de solution. Ça devient politique. Il semble compliqué de voir la Grèce marquer son accord sur ces nouvelles conditions. Vendredi, le gouvernement Tsipras a obtenu le soutien de son parti et d'une part de l'opposition mais s'il retourne demain devant le parlement avec ces exigences plus sévères, ça semble difficile.

D'autant que le temps est compté, vu la situation des banques grecques.
Même en maintenant le plafond des retraits à 60 euros par jour, certaines d'entre elles ne pourront pas tenir encore une semaine. Ces derniers jours, c'était déjà très juste pour elles. Mais du côté de la Banque centrale européenne, certains affirment que même une prolongation des négociations sur un futur plan d'aide ne suffira pas pour pouvoir prendre la décision d'augmenter les liquidités d'urgence en faveur des banques grecques. Il y a alors là un risque que le Grexit se réalise automatiquement.

Quel regard portez-vous sur les dernières négociations politiques?
C'est très décevant. Il y a deux semaines, on pensait qu'à l'approche du précipice, un accord de dernière minute serait trouvé. Aujourd'hui, le gouffre est là mais, compte tenu de ce qu'on voit, il semble difficile qu'on arrive à une solution.

Que pensez-vous du durcissement du ton notamment en Allemagne et en Finlande?
Il y a peut-être une stratégie visant à laisser la décision d'un Grexit à la Grèce elle-même. Il est clair que les Allemands et les Finlandais ont été poussés à des demandes très extrêmes. Ça s'explique par leur situation politique domestique: les dirigeants comprennent que leur population ne veut plus continuer dans ce sens.

N'est-ce pas aussi la crainte qu'en cas de succès de Syriza, d'autres partis populistes de la zone euro montent en puissance?
Si on veut stopper le succès des autres partis populistes, il n'est pas certain que le Grexit soit la solution car on ignore ce qui peut se passer ensuite. Si, quelques années après sa sortie de la zone euro, le pays retrouve le chemin de la croissance, ce qui n'est pas impossible, cet exemple deviendra très dangereux pour d'autres pays de la zone euro où il y a eu peu de croissance économique ces dernières années. Ce serait un jeu très dangereux joué par les Allemands et les Finlandais.

Que pensez-vous de la piste d'une sortie temporaire de la Grèce de la zone euro?
Je n'y crois pas. Il y a deux possibilités si un Grexit temporaire est décidé. Soit les choses s'améliorent pour la Grèce: dans ce cas, ils se demanderont pourquoi il faudrait retourner vers la zone euro. Soit la situation de l'économie grecque ne s'améliorera pas et les autres pays se demanderont alors pourquoi il faudrait laisser rentrer la Grèce. Ce n'est pas un scénario sérieux. En plus, ça prolongerait l'incertitude.

Comment pourraient réagir les marchés ce lundi matin?
Tout dépend de ce qui peut encore être décidé ce soir. Mais après la réaction très positive des marchés jeudi et vendredi sur des signes de progrès vers une solution, il y a un grand risque de déception. Je trouvais que l'optimisme boursier de la fin de la semaine était exagéré. À moins d'une solution miracle ce soir ou cette nuit, on devrait à nouveau voir une correction sur les marchés.

Comprendre le bras de fer entre Alexis Tsipras et l'Europe.

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