Grèce: amertume et concession

©AFP

Ecarté des négociations avec les créanciers, le ministre grec des Finances se rappelle à leur bon souvenir. Il évoque un report des prochains remboursements à la BCE... Alors que la Grèce vient de débloquer la procédure de cession du port du Pirée.

La dette grecque n'est pas viable et les remboursements prévus cet été à la Banque centrale européenne (BCE) devraient être reportés, a déclaré le ministre des Finances, Yanis Varoufakis.

 

• Athènes doit rembourser plus de 6 milliards d'euros à la BCE en juillet et en août. Varoufakis avait averti lundi que le pays risquait de manquer de liquidités dans les "deux semaines" si aucun accord n'est conclu avec ses créanciers pour débloquer la dernière tranche des fonds d'aide.

 

Mais Varoufakis prône sans illusion un geste de la BCE: le remboursement des dettes de la Grèce à la Banque centrale européenne devrait être étalé dans le temps mais cette solution est peu probable car elle effraie Mario Draghi, le président de la BCE, a déclaré le ministre grec des Finances.

Il a estimé que Mario Draghi ne prendrait pas le risque d'irriter l'Allemagne en s'engageant dans une telle démarche, en raison des objections de Berlin à la politique d'assouplissement quantitatif en cours.

• Peu après son entrée au gouvernement fin janvier, Yanis Varoufakis avait le premier évoqué l'hypothèse d'un échange de dettes contre de nouvelles obligations indexées sur la croissance ou perpétuelles, c'est à dire sans échéance fixée. Mais cette proposition avait été fraîchement accueillie par ses interlocuteurs de la zone euro et il l'a rapidement abandonnée.

• Aujourd'hui écarté des négociations avec l'Union européenne, la BCE et le Fonds monétaire international (FMI), le ministre des Finances a relancé l'idée jeudi, en rappelant que son pays devait rembourser 6,7 milliards d'euros à la BCE en juillet-août et en proposant que soient repoussées les échéances des 27 milliards d'euros d'obligations qui resteront ensuite dues à la banque centrale.

L'idée d'un échange entre le gouvernement grec et la BCE remplit Draghi de peur.
Yanis Varoufakis
Ministre des Finances grec

♦ Comment procéder? "Ce qu'il faut faire, (c'est que) ces 27 milliards d'obligations encore détenues par la BCE soient repoussées dans un avenir lointain", a-t-il dit au Parlement. "Comment procéder ? Par le biais d'un échange. L'idée d'un échange entre le gouvernement grec et la BCE remplit Draghi de peur. Parce que, vous le savez,  Draghi est engagé dans un combat acharné contre la Bundesbank, qui lutte contre le QE. Weidmann, en particulier, s'y oppose."

©REUTERS

Yanis Varoufakis faisait référence au programme d'achat de titres (notamment d'obligations souveraines) mis en oeuvre par la BCE pour soutenir le crédit et faire remonter l'inflation dans la zone euro, une politique d'assouplissement quantitatif ("quantitative easing", QE) à laquelle se sont opposés en vain la Bundesbank et son président, Jens Weidmann.

Pour le ministre grec, "permettre un tel échange de nos nouvelles obligations contre ces obligations (...) fournirait à Weidmann des motifs pour créer des problèmes au QE de la BCE."

Le gouvernement grec n'a jusqu'à présent que peu parlé d'un allégement de l'encours de la dette publique, privilégiant les discussions en vue d'un accord par lequel son pays s'engagerait sur un programme de réformes en échange de l'aide financière internationale. Mais ces pourparlers achoppent pour l'instant sur plusieurs questions clés, comme les retraites ou le marché du travail.

Les discussions avec les créanciers se tirent en effet en longueur. La Berd a prévenu ce jeudi d'un risque de "profonde récession" en Grèce en cas d'échec des négociations avec ses créanciers.

Concessions grecques

Le port de Pirée. ©REUTERS

La Grèce a débloqué la procédure de cession du port du Pirée, le plus grand port du pays, et demandé à trois candidats de présenter des offres contraignantes d'ici septembre pour le rachat d'une participation majoritaire dans son capital.

Athènes avait retenu l'an dernier le chinois Cosco Group et quatre autres candidats pour une participation de 67% mais la vente avait été suspendue par le gouvernement de la gauche radicale du Premier ministre Alexis Tsipras à son arrivée au pouvoir cette année.

La reprise de cette cession devrait être l'une des grandes concessions faites par Alexis Tsipras à l'Union européenne et au Fonds monétaire international (FMI) dans le cadre des négociations en cours pour obtenir une nouvelle aide financière.

Athènes propose désormais aux candidats, dans une lettre envoyée mercredi soir, de prendre une participation de 51% dans le capital du port, au lieu des 67% proposés initialement. Seuls trois des cinq candidats initiaux (Cosco, l'exploitant de terminaux de conteneurs néerlandais APM Terminals et le groupe basé aux Philippines International Container Terminal Services) sont toujours intéressés.

 

Et cela alors que l'économie grecque vient juste de retomber en récession...

 

A peine sortie de la plus longue dépression de son histoire, l'économie grecque est de nouveau aux prises avec la récession sur fond d'incertitudes politiques, rendant d'autant plus urgente la conclusion d'un accord entre le gouvernement de gauche et les créanciers du pays.

En repli de 0,2% au premier trimestre, par rapport au dern ier trimestre 2014, le PIB est en baisse pour le second trimestre consécutif après avoir affiché une contraction de 0,4% sur les trois derniers mois de l'année 2014.

→ La rechute de la fin d'année 2014 était attribuée à l'inquiétude qui s'était emparée de certains secteurs d'activité à l'approche de la période électorale entamée en décembre.
→ La mauvaise performance de début 2015 est mise sur le compte de l'incertitude liée à l'issue des négociations laborieuses entre la Grèce et ses créanciers sur les réformes et mesures budgétaires attendues d'Athènes en échange de la poursuite du financement à court terme du pays.

Cette incertitude a déjà eu pour effet de faire partir 26,8 milliards d'euros de dépôts privés des banques grecques de décembre à mars, pour atteindre 138,5 milliards d'euros, et encore, selon des chiffres officieux publiés par Bloomberg, 7 milliards d'euros en avril.

©REUTERS

 

 

Lire également

Publicité
Publicité
Publicité

Messages sponsorisés

Messages sponsorisés