Grèce: les négociations dans leur dernière ligne droite

Une première confrontation entre les propositions des uns et des autres devraient intervenir ce mercredi soir lors d'une rencontre entre le Premier ministre grec Alexis Tsipras et le président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker. ©EPA

La Grèce et ses partenaires tentaient mercredi de trouver les bases d'un accord permettant de verser rapidement au pays une tranche d'aide vitale à sa survie financière, après des mois de négociations infructueuses qui ont mis le pays au bord de la faillite.

Le Premier ministre grec Alexis Tsipras est arrivé en fin de journée à la Commission européenne à Bruxelles, pour un dîner de travail avec son président, Jean-Claude Juncker, qui l'a invité, deux jours avant que la Grèce ne doive honorer le remboursement de 300 millions d'euros au FMI, un de ses principaux créanciers.

Signe de l'importance de cette réunion, M. Tsipras est venu avec toute son équipe de négociation, notamment Euclide Tsakalotos, le coordinateur des discussions avec les créanciers (UE et FMI).

Les créanciers internationaux de la Grèce ont bouclé un projet d'accord qu'ils soumettront au gouvernement d'Alexis Tsipras. Les présidents de la Commission européenne, de la Banque centrale européenne et du Fonds monétaire international sont parvenus à s'accorder sur un texte après des discussions, lundi, avec François Hollande et Angela Merkel.

Le projet "couvre tous les aspects politiques cruciaux et reflète les discussions des dernières semaines", a déclaré le responsable. "Il en sera discuté avec Tsipras demain (mercredi)".

Selon une source européenne, ce plan des créanciers sera présentée à Alexis Tsipras cette semaine "pour idéalement parvenir à un accord vendredi". Ce jour-là, la Grèce, dont les finances sont à sec, doit rembourser une tranche de prêts de 300 millions d'euros au FMI, premier versement d'un total de 1,6 milliard d'euros dus à l'institution de Washington en juin.

→ Les Grecs aussi ont pondu un projet

Quelques heures plus tôt, le Premier ministre grec a annoncé qu'Athènes avait soumis à ses bailleurs de fonds un projet de réformes "global" et "réaliste", ajoutant qu'un accord dépendait désormais des dirigeants politiques européens.

  • Ses propos ont été interprétés comme une tentative de couper l'herbe sous le pied aux créanciers pour les empêcher de lui faire une offre "à prendre ou à laisser" et de prouver aux électeurs grecs que leur pays conservait l'initiative.

Sans en préciser le contenu, Alexis Tsipras a déclaré que les propositions de son gouvernement avaient été transmises aux créanciers lundi soir. Un responsable grec a précisé que le document leur avait été envoyé avant la réunion en fin de soirée à Berlin des dirigeants allemand et français et de ceux de la BCE et du FMI

"Nous avons soumis un projet réaliste pour sortir la Grèce de la crise. Un projet réaliste dont l'acceptation par les institutions, nos créanciers et nos partenaires en Europe marquera la fin du scénario de la division de l'Europe", a dit le chef du gouvernement à la presse à l'issue d'une réunion à Athènes. "Nous n'attendons pas d'eux qu'ils soumettent une proposition. La Grèce soumet un projet, il est désormais clair que (...) la décision appartient aux dirigeants politiques de l'Europe", a-t-il ajouté. Alexis Tsipras se rendra mercredi à Bruxelles où il rencontrera dans la soirée Jean-Claude Juncker pour lui présenter son projet, répondant ainsi à une requête du président de la Commission européenne, a déclaré un responsable du gouvernement grec.

Quand y réfléchit-on?

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Une première confrontation entre les propositions des uns et des autres interviendra ce mercredi soir lors d'une rencontre entre le Premier ministre grec Alexis Tsipras et le président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker.

Tsipras se rendra à ce rendez-vous bruxellois "avec dans ses valises la proposition grecque". Cette proposition d'accord comprend 46 pages de réformes et de mesures budgétaires auxquelles s'engagerait Athènes pour obtenir le versement de 7,2 milliards de prêts.

Mais c'est la proposition de réformes faite au gouvernement grec par les trois institutions qui servira de "base" aux discussions, et non une liste présentée par la Grèce, a indiqué mercredi le ministère des Finances allemand.

"J'ai la nette impression que la liste (préparée par la Grèce) ne sera pas la dernière solution au problème", a dit à Berlin Martin Jäger, un porte-parole du ministère. Cette liste grecque "est arrivée par surprise", a commenté Jäger, "après que nous avons attendu pendant des mois des propositions détaillées".

→ Et donc, une issue rapide?

Sans doute pas... Une porte-parole de la Commission européenne a expliqué que les négociateurs des deux parties échangeaient de multiples documents, ce qui était en soi "déjà un bon signe". Les discussions continuent et "nous ne sommes pas encore au bout", a-t-elle ajouté.

Pour le président de l'Eurogroupe Jeroen Dijsselbloem, une reprise de l'aide financière à la Grèce n'est "même pas théoriquement possible" cette semaine:

"Même si les institutions en Grèce parviennent à un accord cette semaine, il faudrait qu'il passe par l'Eurogroupe. Donc théoriquement, il n'est pas possible cette semaine" de reprendre le versement des aides à Athènes.

On ignore toujours si le document rédigé par le gouvernement grec, que certains représentants de l'UE ont dit ne pas avoir pu consulter pour l'instant, contenait des avancées sur les dossiers les plus épineux, comme les retraites, la réforme du marché du travail, les objectifs d'excédent budgétaire primaire ou encore les effectifs de la fonction publique. Des sources proches des négociations ont déclaré que le document grec n'incluait aucune concession sur les sujets majeurs. En début de journée, Pierre Moscovici, le commissaire européen aux Affaires économiques, avait évoqué de "vrais progrès" dans les discussions, notamment sur les retraites. "Mais nous n'y sommes pas encore", avait-il ajouté.

→  Quelle est la situation financière de la Grèce? 

Le temps presse pour toutes les parties puisque la Grèce doit faire face dès vendredi et au cours des prochaines semaines à des échéances financières de plus en plus difficiles à honorer.

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Athènes dispose des fonds pour effectuer le versement du 5, selon une source familière de ces transactions, mais le gouvernement de gauche radicale a laissé entendre que des gages d'accord seraient bienvenus d'ici cette date pour envisager les prochains paiements du mois.

•  Un défaut d'Athènes ne manquerait pas d'attiser les craintes d'un Grexit, une sortie pure et simple de la Grèce de la zone euro, et de déclencher de nouvelles turbulences sur les marchés financiers.

Une source gouvernementale grecque a déclaré que le remboursement d'environ 300 millions d'euros au FMI dû vendredi serait effectué en cas d'accord avec les créanciers, ce qui sous-entend à l'inverse qu'Athènes pourrait ne pas payer en l'absence de compromis.

Ce responsable a précisé que ce versement aurait lieu en cas d'accord préliminaire même si celui-ci n'était pas encore approuvé par l'Eurogroupe.

"S'il n'y a aucune perspective d'accord d'ici vendredi ou lundi, je ne sais pas quand exactement, nous ne paierons pas" (dit Nikos Filis, porte-parole de Syriza).

  • Le versement dû au 5 juin est le premier des quatre remboursements que la Grèce doit effectuer au FMI d'ici la fin du mois, pour un montant total de 1,6 milliard d'euros. Un éventuel accord permettrait en principe à Athènes de percevoir le solde d'environ 7,2 milliards d'euros des aides prévues par le plan d'aide en cours, censé s'achever le 30 juin.
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