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L'Allemagne fait durer le suspense

Journaliste

Le plan d’aide à la Grèce à l’épreuve des États.

La Grèce a opéré, en quelques jours, un virage à 180 degrés. En juillet, le pays au bord de la faillite freinait des quatre fers face aux conditions que ses créanciers voulaient lui imposer pour se redresser. Grisé par sa récente victoire électorale, Syriza bombait le torse. Son ministre des Finances Yanis Varoufakis, plus économiste rebelle que grand argentier, alternait pieds de nez et provocations. La situation semblait inextricable. Les Grecs eux-mêmes furent invités aux négociations lors d’un référendum assorti d’une question alambiquée.

Et puis, soudain, un accord fut conclu à Bruxelles entre les chefs d’État et de gouvernement. Alexis Tsipras venait de capituler pour éloigner le danger d’un "bank run" et une irréversible descente aux enfers de son pays.

Depuis lors, les négociateurs ont travaillé dur. L’entente est revenue. Yanis Varoufakis a été congédié. Le ciel s’est éclairci. En deux semaines, un mémorandum sur les réformes et le montant de l’aide a été finalisé. Il sera soumis à l’Eurogroupe vendredi.

Tout le monde, dans les deux camps, semble être revenu à la réalité. Tout le monde? Pas exactement.

La recette va-t-elle marcher? Ce plan est-il meilleur que les deux précédents? Il est trop tôt pour le dire. Mais ce qui est certain, c’est que chacun est retombé les deux pieds sur terre. Les créanciers ont revu leurs exigences à la baisse. Les Grecs ont accepté de mettre en œuvre des réformes difficiles.

Ces efforts, la Grèce les fera au prix de nouvelles souffrances. Car la spirale austérité-récession n’est pas encore enrayée. Pour cela, il faudra attendre 2017, année pour laquelle l’Europe prévoit un retour de la Grèce à la croissance.

Tout le monde, dans les deux camps, est revenu à la réalité. Tout le monde? Pas exactement. Hier, un homme faisait entendre ses doutes et ses "questions". Un seul en Europe. Le ministre allemand des Finances, Wolfgang Schäuble. Alors qu’un peuple s’apprête à reprendre de l’austérité et des larmes pour trois ans, le chantre du "Grexit" décide de faire durer le suspens. Va-t-il, ou non, torpiller l’accord lors de l’Eurogroupe? Risquera-t-il de prolonger l’instabilité et les douleurs de la Grèce? Il reste à espérer que, d’ici là, il se laisse inspirer par un sursaut de dignité.

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