portrait

L'homme du FMI, le pire ennemi des Grecs

Poul Thomsen ne met plus les pieds en Grèce sans garde du corps. Et, vu son rôle depuis le début de la crise grecque en 2009, on comprend aisément pourquoi il en est ainsi.

C’est l’un des trois membres de la troïka (FMI, BCE, Commission européenne), un des "hommes en noir" comme les surnomment les Grecs, qui furent chargés de remettre le pays au bord de la faillite sur la voie de l’orthodoxie budgétaire. Et, surtout, il est considéré comme le principal artisan des mesures d’austérité qui furent imposées à la Grèce. Il a également participé aux opérations de sauvetage du Portugal et de l’Islande.

La soixantaine, taillé dans le roc, le regard vif et perçant, ce Danois est un adepte de la ligne dure. Technocrate jusqu’au bout des ongles, il a fait son école comme représentant du FMI en ex-Yougoslavie, en pleine guerre civile. Il a ensuite conduit des missions du Fonds en Slovénie et en Macédoine. En Roumanie, c’est lui qui a mené les négociations sur les réductions de salaire. En "récompense", il fut nommé à la direction du bureau à Moscou.

  • Né en 1955 à Aabenraa (sud-est du Danemark), Poul Thomsen est diplômé en économie de l’université de Copenhague.
  • Il décroche son premier emploi à l’université, avant d’entrer au FMI (1987).
  • De 1991 à 1995, il représente le FMI en ex-Yougoslavie, avant de devenir représentant à Moscou (1998).
  • Comme directeur adjoint du FMI en charge du département Europe, il gère le processus de réforme suite à la crise de la dette en Grèce, en Islande, au Portugal, en Ukraine et en Roumanie.

À la tête de la représentation du FMI en Grèce, il n’a pas fait dans la dentelle. C’est lui qui a annoncé, lors d’une conférence de presse, le programme de privatisation de biens publics. Avant que le Premier ministre Georges Papandréou n’ait le temps d’en informer la population. Un incident qui a obligé la Troïka à mener le reste de la mission dans la plus grande discrétion.

Omniprésent

En novembre dernier, la présidente du FMI, Christine Lagarde, l’a pris à ses côtés à Washington comme directeur adjoint en charge du département Europe. En plus du dossier grec, il est aussi chargé de l’Ukraine, avec laquelle il doit négocier un programme d’aide de 17,5 milliards de dollars, un accord délicat à trouver, qui pourrait échouer si le pays ne trouve pas de terrain d’entente avec ses créanciers privés, ni d’issue face à la Russie.

Depuis cinq ans, Poul Thomsen est en première ligne sur le front de la crise grecque. Il est, en réalité, l’architecte de la position du FMI. Et il se trouve derrière toutes les interventions de Christine Lagarde.

Poul Thomsen est aux commandes du "Groupe de Bruxelles", l’instance informelle qui rassemble les créanciers de la Grèce. Dans cette mission, il se retrouve face à un groupe des novices en négociations issus de Syriza, la formation gagnante des élections.

Omniprésent dans les négociations avec la Grèce depuis 2010, c’est lui qui élabore la stratégie de la présidente du FMI Christine Lagarde sur ce dossier brûlant. Son expérience joue un rôle clé face aux "novices" de Syriza.

Le roi des défis

Poul Thomsen travaille au FMI depuis 1982, où il a acquis une réputation d’homme de défis. Son expérience de négociations dans les pays de l’Est et en Russie en fait un "expert" des mesures d’austérité imposées en échange de prêts octroyés par l’institution internationale.

Chantre de l’austérité

Poul Thomsen est un adepte des mesures d’austérité. Ses exigences lui valent une haine franche de la part de la population des pays avec lesquels il négocie. Et de sévères critiques des économistes qui considèrent que cette austérité pénalise la consommation et la croissance.

C’est lui qui propose au gouvernement Tsipras, depuis février dernier, les mesures de restriction sur les retraites, les départs anticipés à la retraite, mais aussi une augmentation de la taxe sur l’énergie. Des propositions indigestes aux yeux de la Grèce, dont la valeur économique fut critiquée vertement par des économistes de renom comme Thomas Piketty, Joseph Stiglitz, Marcus Miller ou encore Massimo d’Alema.

Selon plusieurs diplomates proches du dossier, les négociations sont aujourd’hui bloquées en raison de l’intransigeance du FMI et de ses propositions. Et Poul Thomsen en porterait la responsabilité. "Difficile pour les Grecs d’accepter de doubler la TVA sur l’électricité alors qu’une partie de la population ne dispose plus d’énergie, indique un négociateur hellène. Et puis, comment imaginer que l’on diminue les pensions quant on sait que la retraite moyenne est de 650 euros par mois et que bon nombre de pensionnés comptent dessus pour aider leur famille?"

Cet homme de l’ombre, à qui l’on doit la signature par la Grèce des deux mémorandums d’austérité, va-t-il trop loin?

Dans une interview donnée en 2012 au plus fort de la crise au quotidien grec "Kathimerini", il reconnaissait lui-même qu’il y a des "limites" à ce qu’une société peut endurer. Sans doute estime-t-il que les Grecs ne les ont pas encore atteintes.

Lire également

Publicité
Publicité
Publicité