L'impatience de l'Europe face à la Grèce

Luis de Guindas et Yanis Varoufakis, les ministres espagnol et grec des Finances à Riga ©REUTERS

"J'espère qu'il y aura quelques avancées et nous pourrons ensuite voir ce que les prochaines semaines nous réservent", glisse Jeroen Dijsselbloem, le président de l'Eurogroupe avant une réunion des ministres des Finances de la zone euro. Mais il semble peu probable de voir cette réunion se conclure par un accord.

Réuni en Lettonie, l'Eurogroupe a averti vendredi le gouvernement grec qu'il n'obtiendrait le déblocage d'une nouvelle tranche d'aide financière qu'en échange d'un plan de réformes économiques complet et détaillé, et que le délai pour y parvenir était de plus en plus court.

A l'issue d'une réunion tendue avec le ministre grec des Finances, Yanis Varoufakis, le président de l'Eurogroupe, Jeroen Dijsselbloem, a opposé une fin de non-recevoir à une requête de son interlocuteur visant à obtenir des versements anticipés en échange de réformes partielles.

 

Jeroen Dijsselbloem a également rappelé que les 7,2 milliards d'euros représentant la dernière tranche de l'actuel plan d'assistance financière ne seraient plus disponibles après le mois de juin et que les créanciers d'Athènes ne discuteraient pas de financement à plus long terme ou d'un allègement de la dette tant que la Grèce n'aurait pas conclu un accord d'étape complet.

"Il nous faut une liste globale et détaillée de réformes", a insisté le président de l'Eurogroupe. "Un accord global est nécessaire avant que tout paiement puisse avoir lieu. Nous sommes tous conscients que le temps commence à manquer."

Le Premier ministre grec et chef de file du parti de la gauche radicale Syriza, Alexis Tsipras, a dit espérer jeudi soir, après un entretien avec la chancelière allemande Angela Merkel en marge du Conseil européen extraordinaire consacré à la crise des migrants en Méditerranée, la conclusion d'un accord d'ici la fin du mois.

NOUVEAU RENDEZ-VOUS LE 11 MAI

Mais Jeroen Dijsselbloem a fait savoir que les ministres des Finances de la zone euro feraient un nouveau point le 11 mai à

©EPA

Bruxelles, à la veille de la date butoir pour le remboursement par Athènes de 750 millions d'euros au Fonds monétaire international (FMI), l'un de ses créanciers avec la Banque centrale européenne (BCE) et la Commission européenne.

Le président de la BCE, Mario Draghi, a déclaré que la BCE continuerait d'accorder des prêts d'urgence aux banques grecques tant qu'elles seraient considérées comme solvables.

Fragilisées par une vague de retraits effectués par leurs déposants, les banques helléniques ne restent à flot que grâce aux liquidités d'urgence fournies par la banque centrale grecque, dont la BCE relève régulièrement le plafond, désormais fixé à 75,4 milliards d'euros. Mais les critiques contre ce mécanisme augmentent au sein de la BCE.

A la sortie de la réunion de Riga, le commissaire européen aux Affaires économiques et financières, Pierre Moscovici, a noté qu'en dépit de progrès ces derniers jours, les créanciers de la Grèce étaient encore très loin d'un accord avec Athènes.

"Notre message aujourd'hui est très clair: nous devons accélérer, nous devons accélérer à partir de maintenant. Il n'y a pas d'autre choix si nous voulons atteindre l'objectif que nous partageons tous, celui d'une Grèce stable et prospère arrimée à la zone euro", a-t-il déclaré.

La zone euro et la Grèce n'ont "pas le droit de ne pas trouver un accord", a affirmé vendredi le ministre grec des Finances, Yanis Varoufakis, reconnaissant toutefois les difficultés des deux parties à avancer après une réunion "intense".

"Comme Européens, nous n'avons pas le droit de ne pas arriver à un accord", a affirmé le ministre, mis sous pression par ses homologues pour accélérer les discussions en cours sur le programme de réformes qu'Athènes s'est engagée à présenter. En dépend le versement au pays d'une tranche vitale de 7,2 milliards d'euros.

Le ministre grec a reconnu que les négociations "traînent". "Mais c'est parce que nous ne voulons pas prendre des engagements que nous ne pourrions pas tenir (...) que les Grecs ne peuvent soutenir pleinement".

VAROUFAKIS PRÊT AU COMPROMIS

Yanis Varoufakis a cherché à minimiser ces divergences et s'est déclaré prêt au compromis. "Nous voulons un accord et nous
sommes disposés à faire des compromis pour y parvenir", a-t-il dit. "Le coût de l'absence de solution serait énorme pour nous
tous, pour la Grèce et la zone euro."

Il a reconnu que les négociations étaient difficiles en ajoutant: "Nous trouverons une solution."

Dans une note de blog publiée avant l'ouverture de la réunion de l'Eurogroupe, il s'était dit d'accord avec certaines conditions formulées par les créanciers d'Athènes mais avait maintenu que leur approche avait échoué et qu'ils devaient la modifier.

"Les désaccords actuels avec nos partenaires ne sont pas insurmontables", écrit-il.

"Notre gouvernement a hâte de rationaliser le système de retraite (en limitant par exemple les départs anticipés à la retraite), poursuivre la privatisation partielle d'actifs publics, s'attaquer aux prêts douteux qui obstruent les circuits du crédit de l'économie, créer une commission des impôts pleinement indépendante et pousser l'entreprenariat", poursuit Varoufakis.

Viabiliser le système grec des retraites, privatiser et rendre le fisc parfaitement indépendant sont au nombre des conditions réclamées par les créanciers d'Athènes pour débloquer la dernière tranche, de 7,2 milliards d'euros, prévue par l'actuel plan d'assistance financière.

 

 

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