Le FMI salue les réformes grecques

Euclide Tsakalotos, le ministre grec des Finances ©EPA

Après l’adoption par Athènes de nouvelles mesures d’austérité, les créanciers de la Grèce cherchaient une solution "créative" sur la durabilité de la dette. Ils se sont quittés sans un accord.

Les créanciers internationaux de la Grèce ne sont pas parvenus à trouver d'accord sur le déblocage d'une nouvelle tranche d'aide à la Grèce, a annoncé le président de l'Eurogroupe, Jeroen Dijsselbloem.

"Nous avons eu cet après-midi une discussion approfondie sur la question de la soutenabilité", a déclaré le Néerlandais lors d'une conférence de presse renvoyant à de nouvelles discussions lors d'un prochain Eurogroupe en juin.

Selon Jeroen Dijsselbloem, le Fonds monétaire international pourrait s'impliquer dans le plan de soutien à la Grèce sous trois semaines, indiquant que le Fonds et les ministres des Finances de la zone euro étaient "très proches d'un accord" sur les termes d'un allègement de la dette grecque. Inciter le FMI à participer au plan de sauvetage est en effet un objectif de l'Eurogroupe. Mais il pourrait être difficile à atteindre: le FMI veut que la zone euro s'engage dès
aujourd'hui, plus fermement et dans le détail, à un allègement de la dette, même s'il n'aura lieu qu'en 2018, à la fin du plan. Une exigence difficile à avaler pour l'Allemagne, à quelques mois d'une échéance électorale.

Le FMI a certes loué les réformes adoptées par la Grèce. L'institution estime que "des progrès" avaient été faits sur l'allègement de la dette, même si les discussions n'ont pas débouché sur un accord. "C'est un très fort programme que les Grecs ont adopté la semaine dernière (...) C'est exactement ce que nous recherchons, car il aborde quelques questions sensibles comme le système des retraites et la réforme des impôts", a dit le chef du département Europe du FMI Poul Thomsen, devant des journalistes à Bruxelles.

Les négociateurs se sont toutefois entendus pour fixer le déficit primaire grec, hors service de la dette, à 3,5% du PIB au maximum pendant les cinq années qui suivront l'expiration du programme d'aide, fixée à 2018, a-t-il ajouté.

Une solution complète

La Grèce a fait sa part, au tour des créanciers de faire la leur. C’était le message de "l’honest broker" autoproclamé des négociations grecques qu’est le commissaire européen Pierre Moscovici. En arrivant à une réunion des ministres des Finances de la zone euro censée donner de l’air aux Grecs, il se montrait pourtant optimiste. "Je sens chez tous les acteurs sans exception la volonté de parvenir à un accord global", ajoutait le commissaire aux Affaires économiques. À savoir un accord politique menant au déboursement d’une nouvelle tranche d’aide à la Grèce, doublé d’un accord de principe sur l’allégement de la dette.

Vœu pieux? Au vu des déclarations du ministre allemand des Finances Wolfgang Schäuble et de son fidèle allié belge, Johan Van Overtveldt, on pouvait le penser.

L’allégement de dette que la Grèce attend depuis des années et que le FMI réclame à cor et à cri, la France d’Emmanuel Macron le demande pourtant elle aussi. Événement rare, le nouvel occupant de l’Élysée a appelé le Premier ministre grec quelques heures avant la réunion des ministres des Finances pour apporter son soutien à Athènes: il demande une solution complète sur la dette grecque, qui serait bénéfique tant pour la Grèce que pour la zone euro.

"Il faut faire preuve d’inventivité" pour trouver des solutions "qui conviennent à Wolfgang Schäuble".
Bruno Le Maire
Le ministre français des Finances

En arrivant à la réunion lundi après-midi, le Belge Johan Van Overtveldt a soufflé le froid sur un allégement de la dette: "Ce serait un précédent, il faut être très prudent avec les précédents", a-t-il déclaré, ajoutant que la Grèce bénéficie des taux d’intérêts sur ses emprunts les plus faibles de la zone euro. "À la fin du programme, en 2018, nous mettrons, si nécessaire, en place les mesures additionnelles que nous avons définies", a indiqué de son côté le ministre allemand. Pour son nouveau collègue français Bruno Le Maire, "il faut faire preuve d’inventivité" pour trouver des solutions "qui conviennent à Wolfgang Schäuble".

En mai 2016, l’Eurogroupe et le Fonds monétaire s’étaient entendus sur un accord pour que, au-delà de 2018, le coût annuel du remboursement de la dette grecque ne dépasse pas les 15% du produit intérieur brut (PIB) de la Grèce. Si le remboursement annuel dépassait ce seuil, l’Eurogroupe s’est simplement engagé à "envisager l’activation" d’un mécanisme d’allégement. "La question, c’est comment" on agit, le cas échéant, sur la dette, a indiqué Eric Wiebes, le secrétaire d’État néerlandais aux Finances, en arrivant à la réunion.

Plus consensuel devrait être le déblocage d’une nouvelle tranche de financement dans le cadre du troisième plan de soutien, alors que le parlement grec a adopté de nouvelles mesures d’austérité pour se conformer aux demandes des créanciers

"Moteur" franco-Allemand Schäuble et Le Maire main dans la main

Bruno Le Maire, le nouveau ministre français des Finances, a fait le déplacement à Berlin pour rencontrer son homologue Wolfgang Schäuble un geste d’autant plus appuyé que les deux hommes se retrouvaient l’après-midi à Bruxelles pour une réunion de l’Eurogroupe.

Ils ont convenu de former un tandem pour faire avancer la zone euro vers une plus grande intégration. "Nous sommes désormais décidés à faire les choses plus vite, plus loin, de manière très concrète", a indiqué Le Maire.

L’efficacité du duo reste évidemment à démontrer et elle dépendra largement de la capacité de Paris et Berlin d’entretenir une relation de confiance. "La relance du projet européen passe d’abord par les agendas nationaux", souligne une source diplomatique. Vu de Berlin (et de Bruxelles), la France a du pain sur la planche en matière de redressement des finances publiques et de compétitivité du travail. Vu de Paris (et de Bruxelles), l’Allemagne doit relancer les investissements.

86 milliards €
Portant sur 86 milliards d'euros d'aide aux finances grecques, l'actuel programme de renflouement - le troisième conclu entre Athènes et ses créanciers internationaux depuis le début de la crise de la dette grecque en 2009 - arrive à échéance en 2018.

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